Autoportrait aux fantômes

Hommage à quelques illustres inconnus, introduction à une oeuvre
De
Didier Blonde
Gallimard
Janvier 2022
135 pages
12 €
Notre recommandation
3/5

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Lu / Vu par

Thème

Livres, poèmes, films regorgent de figures inspirantes et fugitives, ici égéries d'écrivains, là femmes figurantes, dont l'histoire n'a pas toujours retenu les noms. 

Didier Blonde, familier de la traque de  lieux et de personnages évanescents enfouis dans la littérature et le cinéma, se prend au jeu de la quête de ces inconnues-connues, comme une mise en abime de l'image de l’écrivain, témoin de son époque, brillant un instant, vite dans les brumes de l'oubli,  menacé de disparition sous les grandes vagues des modes et de l'histoire. 

Cet Autoportrait aux fantômes chemine dans les coulisses de la mémoire de grands écrivains comme Baudelaire, Flaubert ou Marcel Proust, et plus encore, dans celles du cinéma, muet puis parlant, aux génériques indifférents à ces doublures et figurantes dont il va tenter de restaurer l'identité et l'histoire injustement oubliées.

Points forts

Ce court roman est presqu'un essai dans la mesure où il fouille des archives muettes, cherchant à mettre un nom sur ces fantômes, brèves apparitions dans la vie des uns, sur les pellicules des autres, et pourtant présentes dans les poèmes comme dans nos mémoires. 

Ombres des grands auteurs, clichés surannés, cinéma muet, films disparus, adresses où se sont déroulées des scènes de films, telles sont les déambulations que propose Didier Blonde, autant de courtes enquêtes dont un certain nombre de textes ont été publiés dans des revues littéraires avant de composer les chapitres de ce petit livre. 

Quelques réserves

Peu de réserves sur ce sujet singulier, traité avec une écriture vivante et simple.

Encore un mot...

Saviez vous que dans la scène du crime de Psychose d'Alfred Hitchkock, l'actrice principale ne voulant pas être filmée nue, est doublée par trois femmes ? L'une pour le réglage de la lumière, l'autre pour les images de son corps sous la douche, et la troisième pour la scène des coups de couteaux, que l'on croit donnés par Anthony Perkins - le coupable "psychopathe" - mais en réalité, joué par une femme encore. Aucune des trois ne sera citée au générique. Anecdotique ? Non, tout l'esprit de ce petit roman est dans ces enquêtes menées par Didier Blonde pour ces renaissances de personnages ou de lieux souvent oubliés.

Une carte du ciel de ces "étoiles filantes", des destins tragiques, des lieux disparus, le très beau portrait d'un père survivant d'un camp de travail en Pologne, veilleur sur les fantômes de ces années de désespérance… Ces images diaphanes, ces ombres fugitives composent la trame et la chaîne de ce court roman. Un excellent médium pour découvrir l'œuvre littéraire, historique et fictionnelle de Didier Blonde.

Une phrase

- "Il suffit d'être patient, obstiné, de regarder le monde fixement et longuement pour qu'il se métamorphose. C'est dans cette zone incertaine, à ce point de contact entre le réel et l'imaginaire, que je me sens chez moi. Il me fait les deux. Ou l'entre-deux. Ce royaume intermédiaire. Ubiquiste et anachronique. Je suis ici et ailleurs. Maintenant et hier. En même Temps." P 21

- [A propos de Fantômas]
"Ce que l'on ne sait pas toujours, c'est que l'enquête interminable trouve bien à la fin du trente-deuxième et dernier volume de la série sa conclusion où la solution de l'énigme est dévoilée. Au moment de disparaître définitivement dans le naufrage du paquebot Le Gigantic, avec tout le personnel du roman à son bord, Juve apprend, de la bouche même du criminel, qu'il est son frère jumeau. Son double. Il aura passé douze mille pages à se traquer, lui-même, dans un miroir." P 64

L'auteur

Didier Blonde est écrivain. Auteur d'une vingtaine de romans, il a également écrit de nombreuses contributions dans des revues littéraires sur des personnages, des lieux emblématiques de la littérature ou du cinéma, des fictions diffusées sur France Inter, notamment sur des personnages historiques aux personnalités ubiquitaires et le cinéma muet. Son roman L'Inconnue de la Seine, a reçu le Prix Roland de Jouvenel de l'Académie Française en 2013 et le Prix Renaudot de l'essai 2015 lui a été décerné pour son livre Leïlah Mahi 1932. Tous deux édités chez Gallimard.

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