C’était ça ou mourir

L’incroyable épopée de Jonas Dorléon sur le chemin de l’exil
De
Thélyson Orélien
Grasset
Parution en août 2026
267 Pages
21,5 €
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Thème

C’était ça ou mourir est un roman de l’Exil. Confronté à la violence des gangs qui gangrènent son pays, Jonas Dorléon, professeur d’histoire-géographie en Haïti décide de fuir pour vivre. Il quitte tout, sa famille, son pays, son identité et entreprend un voyage de 12 000 km à travers l’Amérique avec le Canada pour destination finale. Ce roman nous fait partager à hauteur d’homme le parcours terrible et semé d'embûches d’un homme cultivé, amoureux des mots et de la poésie que le voyage va métamorphoser en migrant. Sa foi tenace dans la vie et sa volonté de se tenir debout et d’avancer, même meurtri par la succession des épreuves endurées, vont lui permettre de résister à la déshumanisation à l’oeuvre sur un tel chemin et de parvenir à se hisser de nouveau dans le monde des vivants.

Points forts

Le traitement picaresque de ce roman où les aventures de Jonas Dorléon sont souvent évoquées avec humour permettent d’aborder le sujet grave et sensible de l’exil et des migrants sans que le roman ne soit jamais ni pesant ni misérabiliste. Jonas Dorléon dispose d’une arme redoutable, le rire. Ce rire, il l’oppose à la peur, à l’envie de pleurer, à l’absurdité des situations, à la violence des hommes et des éléments. Il est son viatique, il l’accompagne dans toutes les épreuves.

Le héros lui doit son salut. Ce rire omniprésent émerge finalement tel un médium entre le romancier et son lecteur, un artifice peut-être en contrepoint de l’indicible des situations. Ce roman est une ode à la culture et à la poésie. Dans la vie qu’il a laissée derrière lui, Jonas Dorléon était professeur. Sa maîtrise du langage et sa capacité à analyser ce qui lui arrive lui permettent de mettre des mots sur les épreuves qu’il traverse, de faire face à l'ignorance et à la bêtise, d’entrer en contact avec ses compagnons d’infortune et de continuer à avancer aussi. Dans le sac qu’il porte, un recueil de poèmes de René Depestre, signe que le héros croit encore à la beauté, à la culture qui sauve. Ce vieux sac plastique, dont Jonas Dorléon ne se sépare jamais, figure tel un personnage à part entière. Il est un condensé de sa vie, un trait d’union entre le monde ancien qu’il a quitté et le nouveau monde auquel il aspire, fort de ce qui lui reste, la dignité, la mémoire et la culture.

Ce roman est servi par un style puissant et fort, une musicalité qui court tout au long du récit, des phrases courtes qui claquent, des images qui imprègnent, des métaphores souvent poétiques et des répétitions comme autant de scansions au service d’un récit qui est celui de Jonas Dorléon sur le chemin de l’exil, mais aussi celui de tous ceux dont il porte la voix. La composition et la structure du texte décomposé en courts chapitres qui sont autant de mises en scène de situations telles les stations d’un chemin de croix, servent aussi le propos du romancier de transmettre et faire connaître ces chemins de vie aux confins de l’humanité.

Ce roman est fort enfin pour tout ce qu’il n’est pas. Il n’est pas un réquisitoire contre des coupables tout désignés et à l’origine de tant de misère. Il n’est pas non plus un condensé de haine de tous les damnés de la terre ni une exposition voyeuriste de la violence incarnée. Il est « juste » la mise en scène du récit d’un homme habité par la passion de la vie et l’espoir toujours vif d’une vie meilleure au prix de sacrifices et d’épreuves terribles face auxquels il combat avec tout ce qu’il conserve d’humanité.

Quelques réserves

On pourrait éventuellement marquer quelques réserves sur une éventuelle surabondance des figures de style qui courent tout au long de ce récit même si elles contribuent de façon très forte à sa puissance évocatrice.

Encore un mot...

Ce premier roman est un cas d’école. Son succès est devenu viral à la fin de l’été avec des traductions initiées dans une trentaine de pays et une moisson très abondante de prix littéraires tant au Canada qu’en France, où il figure déjà dans la quasi totalité des sélections des grands prix de l’automne. Tout était donc bien orienté pour ce roman jusqu’ à l'allégation par un compte inconnu sur X qu’il aurait été entièrement écrit par une IA!

Passé au détecteur d’IA via le logiciel Pangram, le roman ressortirait en « faux positif ». Cette information (fake?) survenue juste avant que je ne rédige cette chronique, m’a fait l’effet d’un coup de massue. J’ai relu le livre en essayant de prendre de la distance avec un oeil plus critique et infiniment moins de plaisir de lecture. J’ai finalement décidé de faire confiance à l’auteur et de rédiger ces quelques lignes indépendamment de cette polémique qui enfle.

En discutant avec une libraire d’une grande librairie parisienne, j’ai appris que la Bible aurait été passée au même détecteur d’IA et qu’elle serait ressortie aussi en « faux positif »!!

Une phrase

  • « Je n’étais pas encore un migrant. J’étais une attente, une apnée, un homme suspendu entre deux mondes comme un linge oublié sur la corde du temps. Pas encore parti, mais déjà plus chez moi. » P. 64

  • « Parce que c’est ça le vrai voyage d’un migrant : ce n’est pas le trajet, c’est le retranchement, la dépossession, la lente érosion de soi. Chaque étape t’enlève quelque chose. Une chemise. Une photo. Un numéro. Une habitude. Une illusion. Et ce qui reste au bout du compte - ce qui tient dans ce sac - c’est toi. Mis à nu. Replié. Ramené à l'essentiel. » P. 104

L'auteur

Thélyson Orélien est né en 1988 en HaïtI qu’il a quitté pour le Canada à la  suite du terrible tremblement de terre qui a ravagé son pays en 2010. Sa mère était institutrice et fut son institutrice. Son père était comptable et était aussi théologien. Il l’a initié très jeune à la lecture quotidienne de la Bible.

Thélyson Orélien est journaliste, critique et poète.  C’était ça ou mourir  est son premier roman.

Ajouter un commentaire

Votre adresse email est uniquement visible par Culture-Tops pour vous répondre en privé si vous le souhaitez.

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Ils viennent de sortir