Explosives

Un manifeste féministe qui frappe sans nuances, sur le fond et sur la forme
De
Hélène Coutard
Grasset
Parution le 7 janvier 2026
240 pages
19 Euros ; 13,99 Euros en téléchargement
Notre recommandation
2/5

Infos & réservation

Thème

Explosives s’attache au destin de Clara, étudiante en retrait, silhouette discrète que l’on croit docile, mais déjà traversée de failles brûlantes. Refusant d’endosser le rôle que lui assigne un ordre patriarcal étouffant, elle laisse sa colère fissurer le silence. C’est ainsi qu’elle rejoint un groupe féministe radical mené par Ari, attirée par la promesse d’une force nouvelle, d’une communauté soudée et d’un sens à donner à sa rage.

Points forts

  • La cause féministe ne se contente pas ici d’un rôle de décor. Elle irrigue le texte et en nourrit les tensions. Explosives ne cherche pas à édulcorer la colère. Le roman s’aventure au contraire dans les zones où le combat se durcit et où la légitimité de la révolte se heurte à ses propres dérives.
  • Le début frappe d’emblée par sa singularité. Le premier chapitre, resserré et presque autonome, se lit comme une nouvelle à part entière, avec sa tension propre et sa chute nette. Il évoque une entrée en matière à la façon de Les gens de Bilbao naissent où ils veulent de Maria Larrea : un fragment de vie suffit à installer une voix.

Quelques réserves

  • Le style, résolument énergique, épouse cette montée en tension. L’écriture, parfois heurtée, traversée d’une urgence qui correspond à l’état intérieur des personnages, aboutit à une impression d’inachèvement. À vouloir frapper fort, le texte se montre par moments moins attentif à la nuance, comme si la brutalité du propos prenait le pas sur le travail de la phrase. Or, la colère n’exclut pas la précision, et l’on se surprend à penser qu’il n’est pas toujours nécessaire d’être grossier pour être entendu. Par exemple, « Tu sais que si un jour t’as une entreprise et que tu veux lever des fonds, [...] tu recevras en moyenne 2,5 fois moins de tunes qu’un mec avec une idée d’appli de merde ? » Une langue plus tenue aurait parfois permis de gagner en profondeur sans en atténuer l’impact.
  • Le roman idéologique : les idées prennent le pas sur la chair. Le récit semble alors guidé par la démonstration plus que par la complexité des destins individuels. Les protagonistes existent moins pour eux-mêmes que pour les concepts qu’ils incarnent. Cette primauté du message tend à les désincarner, d’autant plus que les figures féminines qui traversent le livre se ressemblent. On peine parfois à les distinguer autrement que par leur fonction dans le propos, comme si la fiction s’effaçait au profit d’un manifeste.
  • Des clichés au masculin : tout concourt à les désigner comme des êtres foncièrement nuisibles, voués à l’exclusion, voire à l’élimination symbolique. On y croise des pères coercitifs, des policiers courtisant des victimes au lieu de recueillir leur déposition, des habitués de boîtes de nuit qui droguent des adolescentes pour les abuser. Même lorsqu’ils citent Annie Ernaux, c’est pour mieux masquer une domination intacte. Cette vision univoque affaiblit le propos en le réduisant à une opposition trop nette, presque caricaturale. En cherchant à dénoncer la réalité indéniable des violences faites aux femmes, le texte glisse vers une généralisation simplificatrice. Que 98 % des violeurs soient des hommes ne signifie nullement que 98 % des hommes sont des violeurs.
  • Un postulat dangereux : en dénonçant, à juste titre, la violence exercée par certains hommes, l’auteure choisit de mettre en scène des personnages qui entendent y répondre par une agressivité symétrique, revendiquée comme légitime. Or, à force d’emprunter les mêmes armes que les bourreaux, les victimes risquent de se transformer à leur tour en figures de domination. Cette logique du miroir interroge, sans que l’ouvrage ne prenne réellement le temps de la questionner. Le récit ne donne jamais chair à une autre voie possible. Aucun personnage ne porte une alternative - juridique, éducative ou réparatrice. En faisant de l’escalade radicale l’unique horizon possible, le récit referme le débat là où il aurait gagné à l’ouvrir, et laisse le lecteur face à une impasse plus qu’à une réflexion.

Encore un mot...

Il me semble que le bien ne se loge jamais dans les conceptions extrêmes. Remplacer un patriarcat par un matriarcat ne résout rien ; cela ne fait que déplacer les lignes de la domination sans en interroger les fondements. En enfermant le rapport entre les sexes dans une logique de guerre permanente, le roman réduit le champ des possibles et exclut toute autre voie que l’affrontement, là où une responsabilité collective et l’éducation des plus jeunes pourraient être envisagées.

Une phrase

« Il lui semblait que, dans une société qui avait saoulé tout le monde avec ses étiquettes et ses attentes, ses injonctions et ses jugements, entre la prison d’être une femme ou les exigences stupides d’être un homme, ce publiciste de la race, qu’y avait-il d’étonnant à ce que plus personne ne veuille s’y soumettre, ni à l’un ni à l’autre ? » P.13

L'auteur

Hélène Coutard, née en 1991, est journaliste en presse écrite depuis une dizaine d’années. Son travail s’inscrit d’abord dans le champ de l’enquête et du récit du réel, avec Les Fugitivespartir ou mourir en Arabie Saoudite (Seuil, 2021), consacré aux trajectoires de femmes en fuite, puis La disparition de Chandra Levy (10-18, 2024), plongée minutieuse dans une affaire criminelle emblématique.

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