Fauves
Publication le 7 Janvier 2026
474 pages
23,90 euros
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Thème
Dans les années 1980, Tony, dix-sept ans, fuit son père, alcoolique et maltraitant, après l’avoir frappé lors d’une violente dispute. Terrorisé par les conséquences possibles du coup qu’il a asséné à ce père redouté (il craint autant sa mort que son rétablissement et ses représailles qu’il imagine terribles et destructrices) cherchant une échappatoire à tout prix, il parvient à se faire embaucher dans un cirque itinérant dirigé par des Tziganes.
Ce nouveau départ lui ouvre les portes de mondes inconnus, celui des chevaux, des lions, des tigres, et celui d’une équipe circassienne. Alors qu’il pensait trouver un refuge dans cette famille qui vit à la fois en perpétuel mouvement autour du monde mais aussi en vase clos, il découvre un univers marqué lui aussi par la violence…celle des fauves, imprévisibles et dangereux, mais aussi celle des êtres humains, et plus particulièrement celle du directeur du cirque, Chavo. Tony se retrouve ainsi de nouveau confronté à ses démons et à lui-même.
Points forts
- Le roman est très vivant, pétri de mots crus ou cinglants et de beaucoup de dialogues, souvent brefs et acérés. La violence ressort de l’écriture et nous plonge au cœur de la souffrance des personnages, de leur stress, de leurs peurs, de leurs aspérités. Ce style “sans filtre” pourrait être comparé au langage de Sabrina, l’une des figures les plus marquantes du livre qui, profondément blessée, “n’essaie pas d’adoucir ses mots, ne cherche pas à atténuer leur férocité”, et qui fixe celui qui est en face d’elle avec “une cruauté qu’elle assume, une cruauté qui est son dernier rempart, son ultime manière de tenir debout”, alors que son interlocuteur “réalise qu’aucune bagarre, aucune beigne, même la plus douloureuse, ne l’a brisé comme Sabrina vient de le faire” (p. 393). Ce parti pris d’écriture donne à lire un texte dérangeant, dans la bon sens du terme, et des sensations de lecture intenses.
- Le choix de l’intrigue est particulièrement judicieux, à la fois classique quant à l'enchaînement des scènes et original quant au milieu qui est choisi pour faire vivre les personnages. L’histoire de ce jeune homme complètement perdu, qui échappe enfin à la tyrannie familiale pour finalement retomber littéralement dans la fosse aux lions, est une trouvaille ingénieuse. Elle nous rappelle que chacun d’entre nous peut connaître, malgré une détermination farouche à fuir ce qui nous brise, la douloureuse désillusion de retrouver les mêmes souffrances dans une solution qui semblait radicale à nos problèmes, comme si l’on ne pouvait parfois que revenir inéluctablement à ce qui nous est familier. Le roman sonne comme une sorte de mise en garde, comme un conte sombre ou une tragédie grecque. Cette mise en scène de la fatalité dans ce décor de cirque est une réussite.
Quelques réserves
L’écriture très particulière, faite de phrases courtes et de dialogues percutants, pourra enthousiasmer les uns comme décevoir, peut-être, l’attente des autres, qui auraient préféré lire un texte plus posé et nuancé.
Il faut par ailleurs se “tenir” à ce roman de près de cinq-cents pages, dont la lecture pourra sembler un peu fastidieuse. Toutefois, la vivacité du texte parvient à faire oublier ses quelques longueurs.
Encore un mot...
Un long roman, dans un univers original, qui parvient à être cinglant et efficace.
Une phrase
“Le tigre s’offre un tour de piste supplémentaire, suscitant quelques rires. Cela arrive fréquemment. Chavo les punit rarement pour cela, il comprend leur besoin de se dépenser. Tony quitte la voiture-cage pour regagner son poste à l’extérieur de l’arène, près du tuyau d’eau, quand un cri de femme résonne sous le chapiteau. Matelo, planté près de la grille de sortie, a lâché sa fourche. Il titube, chancelle, tente de se retenir aux barreaux mais finit par s'affaisser tel une poupée de chiffon sous les exclamations paniquées du public. Il s'écroule sans bruit, dans une posture incongrue, les genoux cognant au sol, les bras mous, inutiles, le long de son corps, la tête heurtant violemment le sable. Jaipur, qui n’est qu’à quelques pas de lui, freine sa course. Il abaisse son arrière-train. Ses moustaches frémissent. Il fixe Matelo, inanimé, à terre. Que se joue-t-il dans l’esprit du fauve dans cette seconde d’indécision ? D’un côté, le tunnel qui mène à la cage, au repos bien mérité, à un repas copieux comme récompense de son travail. De l’autre, l’appel de la chasse, le goût de la chair et du sang, la fièvre”. pp. 243-244
L'auteur
Mélissa Da Costa, née en 1990, est une romancière française à succès. Elle a étudié l’économie puis travaillé en tant que chargée de communication avant de vivre de sa plume. Elle commence à écrire très jeune mais demeure inconnue du grand public, jusqu’à ce qu’elle dépose en 2018 l’un de ses manuscrits sur une plateforme d’autoédition. Elle est alors repérée par la maison Carnets Nord qui publie l’ouvrage sous le titre Tout le bleu du ciel (Carnets Nord, 2019). Depuis, elle poursuit régulièrement l’écriture de romans, notamment Les Lendemains (Albin Michel, 2020), Je revenais des autres (Albin Michel, 2021), Les Douleurs fantômes (Albin Michel, 2022), La doublure (Albin Michel, 2022), Les femmes du bout du monde (Albin Michel, 2023).
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