Florida

De mini-miss à mini-monstre, un conte au parti pris trop narcissique
De
Olivier Bourdeaut
Finitude, 4 mars 2021 -
256 pages -
19€
Notre recommandation
3/5

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Lu / Vu par

Thème

De mini-miss à mini-monstre, un conte de haine et de vengeance avec en toile de fond la Floride où le culte du corps est une valeur extrême.

Points forts

- Une écriture au scalpel qui s'accorde au fond de l'histoire d'une violence et d'une cruauté paroxystique. 

- La capacité de l'auteur d'investir son personnage féminin, au point de nous donner l'impression de lire des confessions.

- La maîtrise de la description du triangle familial et du fantasme de dévoration justifiant la férocité de l'héroïne.

Quelques réserves

Le parti pris très narcissique, effleurant à peine certaines dérives du rêve américain, réduit le propos qui aurait permis un point de vue plus universel.

Encore un mot...

L'héroïne, Elisabeth, raconte à la première personne sa vie depuis ses sept ans. Le récit est cruel et le lecteur, pris à témoin, ne peut se dégager de cette intrusion dans ce qui s'apparente à un journal intime. Il nous faut aller au bout de cette histoire de souffrance, menés que nous sommes par la force et la maîtrise de l'écriture.

L'humour, le jeu avec les mots, le choix des phrases courtes donnent un rythme au texte tel une danse sacrificielle. Il n'y aura pas de résilience dans ce combat  entre Elisabeth et ses parents, il n'y aura que des vaincus.

Une phrase

“ Car oui, en cherchant le regard de ma mère dans le rétroviseur, je ne le trouve pas, en revanche au fond de moi, je trouve des sentiments moches. Je sais que je ne devrais pas, mais ils sont là. Ce n'est pas noble, c'est ignoble...pendant les trois heures de route, pendant tout le retour, je regarde ce foutu rétroviseur, j'y cherche des yeux, j'y cherche de l'amour. Les yeux sont là, concentrés, fixes et plissés, mais pour l'amour je peux toujours rêver, il est resté sur l'estrade, au milieu des cotillons et des serpentins. La fête est finie, la défaite  m'en a privée. 

Avant, je montais sur le podium pour montrer la miss, conserver et gagner de l'amour. Désormais, je peux y monter pour montrer mes muscles, ma haine de moi, des autres. J'ai maintenant un agenda précis: six mois jusqu'à la grande compétition, le Concours. Me voilà libérée de tout, je peux me consacrer à ma mission... simplement mes muscles et moi, mon reflet et moi, mes efforts et moi...et je vous assure, il faut une sacrée force de caractère pour passer autant de temps avec quelqu'un qu'on méprise tant.”

L'auteur

Olivier Bourdeaut est un auteur récent dont le premier livre en 2016, En attendant Bojangles, a reçu un accueil triomphal aussi bien de la critique que  du public. En 2018, Pactum Salis a eu moins de succès. Qu'en sera-t-il de Florida?

Olivier Bourdeaut, originaire de Nantes, ne peut laisser indifférent tant une rage d'écrire habite ses textes. Appréciant la solitude qu'il vit parfois en dehors des frontières hexagonales, l'auteur s'écarte des circuits balisés du milieu littéraire et reste fidèle à sa maison d'édition bordelaise, Finitude.

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