Frère unique

Un cri de révolte contre la mort tragique de son frère, mais aussi une célébration de la vie rayonnante grâce à lui
De
Olivier Frébourg
Mercure de France
Parution le 5 octobre 2023
208 pages
19 euros 80
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Thierry Frébourg meurt brutalement le 13 mars 2021, à soixante ans, à cause d’une erreur médicale au CHU de Rouen, là même où il a exercé ses fonctions de généticien pendant près de trente ans. Cette mort survenue en quelques heures d’une manière si absurde, dans des circonstances si invraisemblables, choque sa famille, abandonnée en plus à elle-même, l’hôpital s’enfermant dans un silence coupable. Suivront les fausses explications, les mensonges éhontés, les excuses impardonnables. Olivier Frébourg ne peut se résoudre ni au silence, ni au pardon. Il décide de prendre sa plume pour raconter ce drame absolu qu’il relie à l’effondrement de l’hôpital public. Il mène une enquête rigoureuse, qui obligera le CHU à reconnaître son entière responsabilité lors de cet accident médical. 

Mais il raconte surtout le paradis de l’enfance partagé avec son frère à la Martinique. Ils sont aussi heureux que leurs parents, « ces deux sourires qui se tiennent la main ». Ils sont complémentaires, « il était le soleil, j’étais la lune ». Leurs liens originels resteront sincères, profonds, indéfectibles. Olivier adore et admire Thierry, ce frère protecteur, qui lui a toujours ouvert ses bras. Sa disparition lui est insupportable, sa douleur n’est quelque peu apaisée que par la lecture, la peinture ou la musique. C’est ainsi qu’il évoque la mythologie, Victor Hugo, Ernest Hemingway, Pierre Loti ou les tableaux de Poussin.

Points forts

  • Après la fureur face à l’enchaînement désastreux des actes qui ont provoqué la terrible agonie, puis la mort de son frère, Olivier Frébourg partage avec sa famille un immense chagrin. Pourtant le récit reste lumineux à l’image de ce héros solaire, dévoué corps et âme à ses malades et au bonheur des siens.
  • L’hôpital ne sort pas grandi de ces pages. Ce service public, dont la France était si fière, s’est effondré : manque de personnel, infirmières livrées à elles-mêmes, absence des chefs de service, décisions hâtives ou trop lentes, et pour couronner le tout, inhumanité des comportements.
  • Des formules-chocs frappent le lecteur : « Mon frère si compétent est mort de l’incompétence » ou bien : « Mon frère est mort sur ordonnance. »
  • La dignité et la grandeur d’âme de son épouse sont admirables, d’autant plus qu’elle a dû retourner au CHU pour continuer à y pratiquer son métier avec courage et abnégation.
  • Des thèmes universels traités avec tendresse et subtilité : l’amour, la famille comme point d’ancrage inébranlable ; les sentiments si étroits qui unissaient ces deux frères sont décrits dans leurs nuances les plus ténues.

Quelques réserves

Je n’en vois pas dans cet hommage aussi vibrant que pudique.

Encore un mot...

Cette mort tragique ne provoque pas un désir de vengeance stérile, mais au contraire elle ravive des souvenirs magnifiques de l’âge d’or de leur enfance entre terre et mer. Le chant célèbre Adieu foulard, adieu Madras prend tout son sens et serre le cœur tout en auréolant la figure de ce « frère unique » d’un éclat prestigieux.

Une phrase

  • « Mon frère Thierry était un héros classique. Il est mort d’une tragédie moderne. Je vais vous raconter mon frère et cette tragédie. Un professeur de médecine emmené à la mort par la main de son propre hôpital, c’est une parabole de l’effondrement de notre maison commune, l’hôpital public. » p.13
  • « Mon frère et moi avions pourtant connu le paradis et partagé un pacte secret : celui de l’enfance. » p.18

L'auteur

Né en 1965, Olivier Frébourg est journaliste, écrivain et éditeur. Il a créé en 2003 Les éditions des Equateurs. Il a publié notamment Souviens-toi de Lisbonne (1998), Un homme à la mer (2004), Gaston et Gustave (2011), La grande nageuse (2014), Où vont les fils (2019) et Un si beau siècle ((2021). 

 

Commentaires

Béatrice Simio
mar 28/05/2024 - 17:25

Merci pour cette chronique qui exprime brillamment ce que j'ai ressenti à la lecture de ce livre.
Et comme vous j'ai relevé cette phrase merveilleuse, que je ne cesse de répéter quand je parle du livre : mes parents ce sont 2 sourires qui se tiennent la main.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Ils viennent de sortir