La première phrase du premier livre

Si l’écrivain a retrouvé son talent et gardé la vie, l’homme a perdu son âme. Dommage !
De
Philippe Besson
Julliard
Parution le 3 septembre 2026
240 pages
21 €
Notre recommandation
2/5

Infos & réservation

Thème

 La première phrase est une sorte de machine à remonter le temps ou si l’on préfère un livre de mémoire mais les mémoires du tout début, avant l’écriture même des premiers romans de cet auteur. Comme le titre l’indique, Philippe Besson se livre à une introspection, se penche comme d’autres avant lui sur son passé, sur les courtes années de sa prime jeunesse. Bien sûr, tous les marqueurs de l’Après-guerre y passent, notamment les émissions à la télévision comme les Radioscopies de Jacques Chancel, les titres  des grands journaux, les feuilletons politiques, les slogans publicitaires du type « Vous vous changez, changez de Kelton ! », les jingles à la Dop Dop Dop, bref toutes ces Madeleines de Proust qui ont façonné les générations des Trente Glorieuses. D’ailleurs l’éditeur présente à juste titre ce faux premier roman de Philippe Besson comme l’autobiographie d’une génération

Points forts

  • L’émotion. Certains  passages recèlent une charge émotionnelle très communicative. Besson adolescent se trouve écartelé entre ses pulsions qui le maintiennent à part, et le désir d’être comme tout le monde et de partager simplement une franche camaraderie. La perte de son premier amour détruit par le sida, la naissance contrariée d’un second, les subterfuges pour garder le contrôle et afficher un calme de façade devant ses parents ne peuvent pas nous laisser indifférent. Avec cette tentation perpétuelle pour les gens de son propre sexe, il finit par se prendre pour Sophie Marceau, l’égérie unisexe modèle : « J’étais Sophie Marceau puisque je partageais l’intégralité de ses sentiments ».
    On navigue longtemps dans une sorte d'ambiguïté. Et puis insidieusement le récit bascule et s’installe dans le registre de l’intimité et des relations sentimentales. Le point de départ c’est la cour de récré et la rencontre avec le beau Thomas. Les nouveaux amis ont été « harponnés » par le sexe ; les sentiments se sont insinués aveuglants « L’amour est comme une sangsue, une sangsue merveilleuse ».  C’était bien dit, jusqu’ici, avec ce qu’il faut de pudeur.

  • Ses relations à l’art et à la littérature. Pêle-mêle, La découverte par l’auteur du peintre Edward Hopper et celle des dix volumes de Marcel Proust (Du côté de chez Swann) la description de la cathédrale de Rouen vue par Monet, la disparition de Rock Hudson, le gay planqué, et son irresponsabilité dénoncée, dénotent une sensibilité à fleur de peau chez Philippe Besson.

Quelques réserves

  • Dérapage. Soudain la petite musique des années 70 s’estompe. Pleine de nostalgie, elle n’était pas désagréable. Mais au détour de l’évocation d’un souvenir, Philippe Besson affiche la couleur  ou plutôt ses convictions politiques, de gauche, cela va sans dire. Pourquoi pas, mais ici  cela sent les revendications et l’aigreur, voire le règlement de compte. Plutôt qu’un long discours rien ne vaut une phrase pour éclairer ce sujet (infra) particulièrement sensible en ce moment.

  • L’écriture. C’est ici surtout que le bât blesse : maladresses, lourdeurs et platitudes émaillent ces souvenirs d’ado. Notamment lorsque la politique fait irruption  devant l’écran de L’Heure de Vérité, à l’évocation des « sidaïques » vilipendés par Jean Marie Le Pen. Le reportage politique n’est pas le point fort de ce Besson là !

Encore un mot...

« J’écris pour rendre la vie aux autres » a déclaré Philippe Besson lors d’une émission sur France 5 (C’est à vous) en janvier dernier. J’ai perdu beaucoup d’amis à la fin des années 80 ; 22, 23, 24 ans.  Aucun n’a atteint les 25 ans. Je vais bien. »

Une phrase

  • -  [ Une phrase longue !:] 

    « J’avais été sérieusement exaspéré par des centaines de milliers de Français défilant dans les rues de Versailles (Versailles ! C’était une telle caricature) pour défendre « l’école libre » (L’école publique était-elle prisonnière ? de quoi ?). J’avais découvert dans les journaux télévisés qui relayaient complaisamment les manifestations, la France de droite, du « C’était mieux avant », la France des églises et des confessionnaux, la France des serre-têtes, des cols Claudine, des jupes à carreaux, la France des Marie-Clothilde et des Jean-Eudes, des enfants blonds avec la raie sur le côté. J’avais détesté leur morgue, leurs manières de propriétaires dont nous aurions été les manants, leur certitude d’avoir la morale à eux, quand nous aurions été des dégénérés, leur mépris de classe déguisé sous des airs bonasses, sous l’apparence trompeuse de la générosité… » J’arrête là, abasourdi. Pour conclure, on a envie de reprendre les mots même de l’auteur qui les a assénés à son  compagnon, à la fin de sa saillie : « C’est à vomir, impardonnable. » P.125

  • [Un bout de phrase (la dernière phrase du livre)]

     « Sur mon carnet, ouvert devant moi, j’avais écrit : j’ai 16 ans, je suis né avec le siècle : ce serait la première  phrase  du premier livre ». [A peine content de lui, Philippe Besson ! Mais on n’en fera pas une légende.] 

L'auteur

Philippe Besson, né le 29/01/1967 à Barbezieux-Saint-Hilaire, romancier et scénariste, est l’auteur d’une vingtaine de romans dont Son frère (adapté au cinéma par Patrice Chéreau), l’Arrière-saison (prix RTL -Lire), Arrête avec tes mensonges (prix Maison de la presse), traduit dans 7 pays, un immense succès, En l’absence des hommes, Une Pension en Italie, L’arrière- saison, Un Soir d’été. Diplômé de Neoma (Sup de Co Rouen), il a commencé sa carrière comme DRH au Bazar de l’Hôtel de ville (!) puis aux côtés de  Laurence Parisot à l’IFOP. 

Très proche d’Emmanuel Macron (il a écrit un livre sur sa campagne aux présidentielles de 2007  Un personnage de roman), qui l’a fait nommer chevalier de la Légion d’honneur ! (après  avoir échoué à le nommer consul général à Los Angeles)

Il écrit pour des  productions TV, pour Josée Dayan notamment ; il est aussi chevalier des Arts et lettres depuis 2015 ; écrivain engagé il a été atteint d’un cancer (en rémission).

A lire sur le Site : 

 

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