La tentative d’élucidation d’un meurtre commis soixante-quinze ans plus tôt. Un roman-enquête à la Simenon à ne pas manquer

La tentative d’élucidation d’un meurtre commis soixante-quinze ans plus tôt. Un roman-enquête à la Simenon à ne pas manquer
De
Philippe Jaenada
Flammarion
Parution en août 2026
524 pages
23 euros
Notre recommandation
5/5

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Lu
par

Thème

Une jeune bretonne, Louise Cansot, quitte son Tréguier natal à la fin des années trente, à peine sortie de l’adolescence, pour, comme beaucoup d’autres provinciales pauvres, « monter à Paris » tenter sa chance. L’espoir d’une vie meilleure se heurte rapidement à une réalité sociale sombre.

Sa fraîcheur et sa beauté lui ouvrent cependant les portes du monde fantasque et interlope des peintres de Montparnasse dont elle devient l’un des modèles préférés.

Sa vie prend alors un certain relief, même si les modestes émoluments qu’on lui octroie ne lui permettent pas de s’extraire d’un marasme contraint, l’obligeant entre autres sacrifices à se séparer de sa petite fille confiée à une nourrice en grande banlieue.

La guerre surgit, les peintres protecteurs quittent Paris, l’argent manque et Louise plonge, tiraillée entre désespoir et solitude, jusqu’à survivre péniblement auprès de fréquentations douteuses l’entraînant dans un alcoolisme dévastateur.

On la retrouvera, le long d’un quai de Seine, assassinée.

L’enquête menée à l’époque, avec les moyens de l’époque, ne permettra pas d'interpeller le coupable.

Trois quarts de siècle plus tard, Philippe Jaenada se saisit du dossier, décortique les divers rapports de police, analyse avec une minutie pointilleuse les rencontres de Jeanne avec de nombreux personnages plus ou moins louches et s’aide des nouvelles techniques de recherche informatique pour rédiger peu à peu un organigramme venant cerner un individu possiblement responsable du meurtre…

Points forts

Philippe Jaenada est un habitué des affaires judiciaires non élucidées pour dénouer à distance les fils d’un écheveau complexe et il nous propose à nouveau ici un roman-enquête d’une vivacité littéraire plaisante et d’une concision quasi-chirurgicale.

Le travail qu’a dû nécessiter cet ouvrage relève d’une force et d’une patience qui ne peuvent que provoquer l’admiration.

Chaque avis est documenté, progressivement enrichi à l’aune de la découverte de nouveaux éléments dénichés dans les archives de la police ou de la justice, ou encore après la lecture des journaux de cette époque.

En un mot, la démarche inquisitrice est audacieuse et intelligente, n’excluant pas de la part de l’auteur une certaine dose d’humour et d’autodérision, son écriture enthousiaste s’appuyant avec ferveur et respect sur la cinquantaine de romans de Simenon.

Jaenada devient Maigret, Philippe se fait aider de Jules, le réel et le fictionnel s’ébrouent dans une proximité complice qui désarme et amuse.

Du grand art !

Quelques réserves

P. Jaenada a un style rédactionnel qui, sans doute, n’appartient qu’à lui.

Entre foisonnement de propositions et digressions successives glissées entre de multiples parenthèses accumulées jusqu’à constituer une écriture arborescente, la densité et la richesse du texte peuvent s’en trouver alourdies, quoique…

Encore un mot...

Au-delà de l’intrigue et du drame de cette affaire Cansot, ce roman nous ramène à une histoire française à la fois récente et assez misérable.

Entre des conditions de vie douloureuses et les énormes difficultés d’une nation sous l’impact de la guerre, la lutte pour exister prend l’allure d’un combat de chaque instant.

De ce marécage social émergent des comportements pour le moins répréhensibles…

Déconsidération de la femme (Louise Cansot est assassinée en 1949, soit quatre ans après l’obtention du droit de vote pour les femmes sous l’impulsion du général De Gaulle), pauvreté chronique corrélée immédiatement d’une détresse alcoolisée, débauche et prostitution mêlées, l’atmosphère du moment est teintée d’une certaine noirceur !

Philippe Jaenada dépeint cette ambiance délétère avec brio, impliquant le lecteur avec efficacité et réalisme…

L'auteur

Philippe Jaenada est né en 1964 à Saint-Germain-en -Laye. Après des études scientifiques qui ne le destinaient pas à une carrière littéraire, il écrit en 1990 une nouvelle qui sera suivie de la publication d’une quinzaine de romans chez différents éditeurs dont  Le Chameau sauvage (Julliard, 1997) qui obtiendra le prix de Flore et La serpe (Julliard, 2017) couronné du Femina.

L’inconnue du quai de Javel est d’ores et déjà sur la liste de divers grands prix de la rentrée littéraire 2026 et il y fort à parier que l’un d’entre eux viendra compléter son palmarès…

À lire sur le Site : 

 

Au printemps des monstres

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