La solitude des professeurs est infinie
Un témoignage magnifique, précieux sur la passion qui anime les « profs » et leurs difficultés bien réelles
De
Yannick Haenel
Gallimard
Parution en août 2026
320 pages
21,5 €
Parution en août 2026
320 pages
21,5 €
Notre recommandation
4/5
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Thème
- Avec La solitude des professeurs est infinie, Yannick Haenel revient sur une expérience qui a profondément marqué sa vie : ses neuf années d’enseignement comme professeur de lettres à Mantes-la-Jolie.
- Son double romanesque, Jean Deichel, jeune professeur de français, arrive dans un collège de banlieue parisienne avec la foi des débutants et l’enthousiasme de celui qui croit encore que les livres peuvent changer une vie. Il découvre rapidement une autre réalité : les élèves, la salle des professeurs, la hiérarchie, la fatigue, la violence, les transports interminables, le management, la hiérarchie et la solitude.
- Mais réduire ce roman à un livre sur l’Éducation nationale serait une erreur. Haenel raconte moins le métier de professeur que l'expérience d'un homme confronté à la difficulté de transmettre, et surtout à la difficulté d'exister dans un monde qui semble chaque jour un peu plus hostile.
- Car Jean Deichel est aussi un poète. À côté du collège, il y a les livres, les paysages, les voyages, les rêveries, Pompéi, Tarquinia, les jardins, la lumière. Deux mondes s'affrontent : celui de l'institution et celui de la littérature.
Points forts
- La puissance de la langue de Yannick Haenel : il ne se contente pas de raconter : il transforme l'expérience en matière littéraire. Le quotidien le plus banal devient parfois halluciné, presque mystique. La classe peut être un lieu de violence, mais aussi le lieu improbable d'une grâce : celle d'un cours qui fonctionne, d'un élève qui comprend, d'une parole qui passe.
- Cette contradiction donne sa force au roman. L'enseignement est présenté à la fois comme une épreuve et comme une aventure intérieure. Le roman dépasse le simple témoignage sur une profession pour raconter « une authentique passion ».
- Trente ans après les faits, Jean raconte ce qu'il a vécu. La mémoire transforme les événements, les éclaire autrement. Le roman devient alors une tentative de retrouver ce qui semblait perdu. Haenel explique lui-même que le récit permet de faire revenir ce qui ne semblait plus accessible. Cette dimension du temps – par rapport à sa propre expérience - lui procure une mise en perspective sur un sujet aussi brûlant d’actualité ; cette distance lui permet de parler de cette « tranche de vie » avec beaucoup de sensibilité, d’affection et d’émotion.
- On est surpris de constater que les principales difficultés qu’il affronte ne proviennent pas d’en bas, les élèves, mais d’en haut, le rectorat. L’institution apparaît comme une machine à broyer incompétente et inhumaine. Une sorte de multinationale avec tous ses défauts et ses incohérences.
Quelques réserves
- Haenel aime l'emphase, les images, les visions, les grandes formules. Certains passages peuvent donner le sentiment que la littérature prend le dessus sur la réalité sociale qu'elle propose de raconter.
- Mais c'est aussi ce qui fait débat : Haenel cherche-t-il à décrire objectivement l'école ou à raconter ce qu'elle a produit en lui ? Dans tous les cas, l'excès devient partie intégrante du projet.
Encore un mot...
- Ayant un fils professeur, de sciences économiques et sociales en région parisienne, j’étais particulièrement intéressé par la lecture du livre : j’y ai complètement retrouvé ce que mon fils me raconte :
- Malgré la fatigue, malgré la violence, malgré la solitude, quelque chose demeure : le désir de transmettre. Comme un engagement, une mission.
- La solitude du professeur n'est pas seulement celle de l'homme isolé devant sa classe. C'est aussi celle de celui qui, chaque jour, tente de faire passer quelque chose d'un être à un autre sans jamais savoir si le message arrivera.
- La solitude des professeurs est infinie, est un livre magnifique, profondément habité par une question : à quoi sert de transmettre, si ce n'est à maintenir ouverte la possibilité d'un autre monde, meilleur ?
Une phrase
- “ Vous l’avez compris, j’ai tout de suite adoré faire cours. L’enseignement, j’y croyais. Je me levais le matin pour ça : je pensais aux élèves tout le temps. Je me consacrais à des choses qui pourraient paraître dérisoires, mais dont le soin renouvelé ressemble à de l’amour : comment faire aimer à des jeunes gens la grammaire, quel exemple leur donner pour qu’ils n’oublient pas l’usage du passé simple, à quel moment du cours leur demander d’écrire ou d’ouvrir leur manuel.” Page 70
L'auteur
- Yannick Haenel est né à Rennes en 1967, et a passé une partie de sa jeunesse en Afrique avant d'étudier au Prytanée militaire de La Flèche.
- Agrégé de lettres modernes, il a lui-même enseigné le français pendant de nombreuses années, notamment dans des collèges de la banlieue parisienne.
- Écrivain, essayiste et éditeur, il est notamment l'auteur de Cercle, prix Décembre en 2007, Jan Karski, prix Interallié en 2009, Tiens ferme ta couronne, prix Médicis en 2017, Le Trésorier-payeur en 2022 et Bleu Bacon en 2024. Il est également chroniqueur à Charlie Hebdo et coanime la revue Ligne de risque. Depuis 2024, il dirige chez Gallimard la revue et la collection Aventures.
- Avec ce nouveau roman, il revient donc, de nombreuses années plus tard, à une expérience ancienne, mais visiblement jamais achevée.
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