La vie joue avec moi

L’amour peut-il survivre à l’abandon ? Un roman magistral sur les rapports mère-fille déchirés par l’Histoire.
De
David Grossman
Traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche -
Editions du Seuil, publié octobre 2020 -
328 pages - 22€
Notre recommandation
Excellent

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Thème

Israël, Vera, veuve et mère de Nina, a fui la Yougoslavie. Nina en veut à sa mère de l’avoir abandonnée quand elle avait 6 ans. A l’époque Vera habitait la Croatie et son mari et elle se sont trouvés confrontés au régime de Tito, elle a été envoyée  dans un camp de redressement : Goli-Otok.  En Israël, Vera épouse Touvia, le père de Raphaël. Raphaël et Nina tomberont amoureux et auront une fille, Guili, qui est la narratrice. Celle-ci ne pardonne pas à sa mère de les avoir abandonnés quand elle n’avait que 3 ans et demi.

Après la fête des 90 ans de Vera, celle-ci, Nina, Raphaël et Guili décident de partir sur les traces du passé de Vera et de faire un film. C’est là que Vera dira enfin la vérité à Nina. De même Nina admettra que détruite par l’absence de sa mère elle n’a pas su aimer sa propre fille qu’elle a abandonnée pour une vie d’errance. Les tortures, les humiliations subies à Goli-Otok remontent dans la mémoire de Vera pendant ce périple, mais aussi l’amour fusionnel qui l’unissait à son mari.

Points forts

- Le portrait de Vera est celui d’une femme chaleureuse, tout le monde l’aime, elle est forte. Son amour pour son mari est total et elle reste fidèle à ses idéaux. L’auteur s’est inspiré de la vie d’une femme célèbre et admirée en Yougoslavie.

- Les relations amour-haine sont psychologiquement crédibles.

- Les dilemmes créés par l’Histoire nous interpellent.

- Un crescendo émotionnel.

Points faibles

Je n’en vois pas.

En deux mots

Comment l’Histoire a détruit une fille abandonnée par sa mère qui plus tard ne saura pas aimer sa propre fille.

Les relations mère-fille de celles qui, n’ayant pas trouvé dans leur petite enfance l’amour dont elles avaient besoin, ont cru remplacer par la haine l’affection dont elles ont manqué.

Une phrase

- “ Mais Raphael, et peut-être la fillette à sa façon –qui sait, qui sait ce que l’univers a chuchoté à ses instincts animaux-, réagissaient comme s’ils se contraignaient à boire jusqu’à la lie la déréliction à laquelle Nina les avait condamnés”.(page 53)

- “C’est simple : il y avait une dictature. Et, comme dans des centaines de dictatures à travers l’Histoire, on a jeté au Goulag cette femme, Vera Nowak, et, en chemin, on a bousillé la vie de sa fille…… “. (page 213)

L'auteur

David Grossman est né en 1954 à Jérusalem. Il a étudié la Philosophie et le théâtre à l’université de Jérusalem. C’est un auteur israélien traduit en plus de 30 langues. Il a écrit des romans, dont les trois suivants, tous publiés Au Seuil : Une femme fuyant l’annonce, prix Médicis étranger 2011; Tombé hors du temps, 2012; Un cheval entre dans un bar, prix international Man Booker 2014. Il est aussi lauréat du prix Israël de Littérature en 2018 .

Le clin d'œil d'un libraire

LIBRAIRIE AUGUSTE BLAIZOT. QUAND LE LIVRE DEVIENT UNE ŒUVRE D’ART

Faire du lèche vitrine rue du Faubourg Saint Honoré à Paris n’est plus  un luxe mais cela reste un privilège surtout lorsqu’on a la chance d’entrer au 164 chez Claude Blaizot dans la librairie éponyme de père en arrière petit- fils depuis 1870, ou au 178, chez notre ami Jean Izarn qui a repris la fameuse librairie Chrétien ou encore dans la librairie Picard au 128. Blaizot est, on peut le dire, un monument historique, le temple du livre rare, sinon unique, le royaume du livre précieux dans tous les sens du terme. « Chez Blaizot, nous sommes tout autre chose que des commerçants.  Nous sommes des artisans-libraires ». Sous leur enseigne sont réunis depuis des générations tous les métiers du livre d’art : éditeur, typographe, illustrateur, relieur, collectionneur bien sûr et avant tout découvreur.

Les éditions les plus rares sont à découvrir chez Blaizot, uniques sont certains exemplaires anciens, très limités sont les tirages. Mais le prix n’attend pas le nombre des années. Surprenant : un Houellebecq relié tiré sur Velin d’Arches à 120 exemplaires vaut ici 3 000 euros, un Le Clézio plus de 2 000 ! « Notre coup de cœur : Petits et grands verres, écrit et illustré par Laboureur, édité en 1927 (Au Sans Pareil éd. Tirage, 270 ex. !) ». Le prix ? Celui d’un Château Petrus 1947…

Que l’on se console : une simple visite vaut le « coup » d’œil : décor art déco 1920 dans son jus, vitrail du maître verrier Grüber, poème de Pierre Lecuire, « l’architecte du livre », selon Claude Blaizot (« il voit des âmes au plafond… »). Partage d’émotions garanti avec le maître des lieux : «Là où on peut donner le plus de soi, c’est dans l’édition, et le tourment le plus dur du libraire, c’est justement de se séparer d’un ouvrage qu’on a près de soi ».

Librairie Auguste Blaizot, livres précieux : 164, Faubourg St Honoré 75008 PARIS  Tel. 01 43 59 36 58

Texte et interview par Rodolphe de Saint-Hilaire pour la rédaction de Culture Tops.

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