Le Bel été

Le Bel Été, Le Diable sur la colline, Femmes entre elles : trois formidables nouvelles qui s’enchaînent pour illustrer que la vie de chacun est ce qu’il en fait
De
Cesare Pavese
Gallimard, collection L’Imaginaire
Parution en novembre 2021
482 pages
14,90 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

Le Bel Été, écrit en 1949, couronne l’œuvre littéraire de Cesare Pavese. Traduit en français par Michel Arnaud, puis révisé par Claude Romano et réédité par Gallimard à l’automne dernier, met en scène une jeune fille de seize ans, Ginia qui, avec ses amies du même âge, fait la connaissance d’une femme de vingt ans : la belle Amelia qui mène une vie très différente de la leur. L’été que Ginia avait tant attendu ne sera pas une fête mais une plongée dans la violence d’un quotidien qui fera d’elle une femme. Vieillir sera-t-il un triste constat ou, comme Ginia l’espérait, une révélation ?

Points forts

Deux mondes sont soudain face à face : celui de l’innocence et celui du mûrissement de l’âme et du corps, opposant deux âges. Les dialogues y  construisent les murs réciproques de chacun, leurs certitudes et leur attente de voir le désir et l’amour se confondre. Entre la façon d’être des hommes et celle des femmes, Cesare Pavese passe de l’un à l’autre avec une souplesse dans sa pensée comme dans son style. Quand vient l’heure où les jours et les nuits se succèdent avec la brusquerie de montagnes russes, tous ses personnages s’y jettent comme ils le peuvent. La cruauté des aveux matinaux des deux sexes tourne une page : l’indifférence après l’amour y fait son entrée, comme si le cœur avait cessé de battre.

Quelques réserves

Après Le Bel été de Ginia, c’est au tour de deux jeunes étudiants à Turin, Oreste qui veut devenir médecin et Pieretto, étudiant en droit, de rencontrer le richissime Poli. S’y ajoutent le narrateur et Rosalba, maîtresse de Poli, hautaine femme du monde qui a deux fois l’âge de son amant. Que viennent-ils faire dans cette suite du Bel été qu’est Le Diable sur la colline ? Écrit en 181 pages un autre volet s’ouvre à deux jeunes hommes qui voient se dresser devant eux la fortune et ses avantages. Pieretto la définit en dix mots : « les bornes sont données par le milieu où l’on vit. » (page 150). Le distingué Poli a en effet une vie qui n’a rien à voir avec la leur : les drogues, la liberté, les femmes du monde, les propriétés superbes et les voitures de luxe l’entourent « la richesse, c’est la puissance. Voilà tout » en conclut Pieretto. 

Une suite qui étonne d’autant plus qu’elle fait du Bel été le début d’une saga en trois tomes. Après Le Diable sur la colline,  Femmes entre elles en sera l’ultime volet.

Encore un mot...

Un challenge audacieux qui, soixante-dix-huit ans après la disparition de l’auteur, pourrait inspirer Netflix et conquérir ses 222 millions d’abonnés dans le monde.

Une phrase

- « Amelia, elle, au moins, on savait qu’elle menait une autre vie …On ne la voyait que de temps en temps les soirs de cet été-là : elle ne faisait de confidences à personne mais blaguait avec tout le monde, parce qu’elle avait dix-neuf ou vingt ans. Ginia aurait bien voulu être faite comme elle, parce qu’avec des jambes comme celles d’Amelia, les bas fins vous allaient drôlement bien. » (p.18, Le Bel été)

- « La véritable intimité, c’est de savoir ce que désire l’autre et que quand les mêmes choses vous plaisent, une personne ne vous intimide plus. » (p. 26, Le Bel été)

- « Par moments, dans la rue, Ginia s’immobilisait parce que, soudain, elle sentait le parfum des soirs d’été, devinant dans l’air les couleurs et les bruits de l’été et l’ombre des platanes. Elle y pensait au milieu de la boue et de la neige, et elle s’arrêtait à un coin de rue, la gorge serrée par le désir …Je suis une vieille, voilà ce que c’est. Tout ce qu’il y avait de beau est passé. » (p. 126, Le Bel été)

- « C’est merveilleux de se réveiller et de ne pas se faire d’illusions …On se sent libre et responsable : nous avons en nous une force terrible : la liberté. On peut atteindre l’innocence, on est prêt à souffrir. (p. 157, Le Diable sur les collines)

- “ Plus je me persuade que parler ne sert à rien, plus je parle. Surtout avec les femmes.”  (p.316, Femmes entre elles)

L'auteur

 La carrière littéraire de Cesare Pavese (1908-1950) sera à son sommet en 1949 lors de la parution du Bel été qui sera couronné par le prix Strega, l'équivalent de notre Goncourt. Passionné par les écrivains anglais et américains tels que Walt Whitman, Dos Passos, Faulkner, Joyce et Dickens, il les traduira en italien. Il est l’auteur de onze livres parmi lesquels La Trilogie des machines en 1929 (publié en France au Mille et une nuits, 1993), La Plage en 1942, Vacance d’août en 1946, La Lune et les Feux en 1950, Le Métier de vivre, posthume en 1952. Pavese se suicide à l’âge de 41 ans, le 27 août 1950, dans une chambre d’hôtel de Turin, après avoir écrit le poème La Mort viendra et elle aura tes yeux, texte que l’on retrouve à son chevet.

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