Les bateaux d'argile
Traduit du grec par Nicolas Pallier
Parution en septembre 2026
144 pages
20 €
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Thème
Des rives d'un lac formé sur les restes d'une mine à ciel ouvert, une vieille femme observe la valse des plongeurs. Cet étrange ballet ravive ses souvenirs, de ce que sa vie doit à ce lieu, de la vie qu'il a pris à son mari, Nikolis. Mineur au fond, dans cette mine probablement d'amiante, il a vécu les conditions rudes de son exploitation à l'époque du protectorat britannique dans les années 1960. Il a inhalé les poussières jusqu'à ne plus pouvoir respirer. Et cette vieille femme raconte le calvaire, la nécessité des soins, la nécessité de prendre le relai dans des chantiers de voirie pour apporter le nécessaire à la survie de la famille. Des eaux rouges du lac de la mine abandonnée ressortiront aussi le souvenir de ces philippines disparues et des efforts bien tardifs pour les retrouver.
Points forts
Ce roman se parcourt sous la voix parfois obsédante de la conteuse, qui avec ses mots simples, ses tics de langages comme des obsessions indélébiles, vous immergent dans le quotidien de ces ouvriers mineurs, de la vie de leur famille, dans la relation de plus en plus tendue avec les autorités britanniques.
Le récit est ponctué de courts chapitres qui évoquent l'histoire de l'ile, la difficile émergence d'un sentiments national et le poids des promesses non tenues.
Quelques réserves
L'histoire, enfermée dans les souvenirs et les obsessions de la conteuse, semble se dérouler sans but. Sans que ce soit une réserve, les phrases très longues de ce monologue intérieur séduiront les uns et lasseront peut être les autres.
Encore un mot...
Après Ledra Palace, paru en version française en mai 2025, les espoirs de découvrir une aussi jolie pépite étaient forts. Les bateaux d'argile, de ce point de vue, est une déception. Mais l'impression peut être relativisée et l'histoire considérée avec plus d'intérêt en ayant en tête que Constantia Sotiriou donne la parole, dans ce petit roman, à sa grand-mère pour une histoire qui pourrait bien être celle de ses grands-parents. Avec une musicalité des mots et des répétitions comme des refrains qui font le charme de l'écriture de l'auteur, c'est donc un pan de la petite histoire de Chypre qui se dévoile. Au tournant des années 1960, deux "faits divers" que l'on qualifierait aujourd'hui, l'un de scandale sanitaire étouffé, l'autre d'enquête policière bâclée par des relents xénophobes.
Une phrase
"La renverser, la faire sortir de terre, l'amener à la lumière, que les ouvriers ne soient plus enfermés dans les profondeurs, que ce ne soit plus une mine souterraine, mais en surface, avec des engins qui creusent la terre, qui cherchent les métaux de haut en bas, et non l'inverse comme on faisait jusqu'alors, qu'on en finisse avec ce mode de travail archaïque, voilà ce qu'a décidé un jour la Compagnie, voilà quelle décision elle a prise pour la mine, celle de la faire sortir, de l'ouvrir, que le travail se fasse à la lumière du jour, que les ouvriers soient dehors, qu'ils travaillent à ciel ouvert et n'aient plus à descendre, et que la poussière se disperse à la surface, que la silice n'envahisse plus les galeries, qu'elle n'envahisse plus les poumons des ouvriers, il avait fallu que tant de gens tombent malades, il avait fallu que la moitié du village succombe de la poussière, il avait fallu que la pyrite remplisse tant de poumons, que les gens n'aient plus d'air dans la poitrine, qu'ils ne puissent plus marcher, qu'ils ne puissent plus respirer…" P77
L'auteur
Constantia Sotiriou est chypriote, née à Nicosie en 1975. Auteur et poétesse, à la formation d'historienne, elle s'intéresse aux thèmes des divisions ethniques et aux conséquences psychologiques des conflits, nourrie de son expérience de Chypre, qu'elle met en scène dans plusieurs romans. Ledra Palace a été publié en grec en 1998. Il a fait l'objet d'une édition anglaise en 2022 sous le titre de Brandy Sour - le cocktail emblématique de l'hôtel. Il a reçu le prix d'Etat, l'équivalent chypriote du Goncourt, cette même année.
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