Les Gréveuses
Publication le 1er octobre 2025
288 pages
22 Euros ; 15,99 Euros en téléchargement
Infos & réservation
Thème
Les Gréveuses donne à voir le combat de femmes de chambre employées dans un grand hôtel parisien, reléguées aux marges par la précarité, la sous-traitance et la lente érosion de leur dignité. Usées par des salaires dérisoires et des cadences qui brisent les corps, elles choisissent un jour de ne plus se taire. La grève devient alors un espace de parole et de résistance. Le roman épouse leurs trajectoires entremêlées, leurs peurs, leurs élans et la force fragile de leurs solidarités.
Points forts
- Résonance sociale : en filigrane du récit, le roman dialogue avec des luttes bien réelles, rappelant celles menées par des femmes de ménage de l’hôtel Ibis de Batignolles de 2019 à 2021. Sans jamais verser dans le manifeste, Les Gréveuses éclaire ces existences invisibles, ces corps épuisés mais indispensables au confort des autres. Le texte interroge ainsi, avec une justesse implacable, les rouages d’un capitalisme contemporain qui délègue, fragmente et écrase, tout en laissant croire à l’ordre et au luxe.
Quelques réserves
- Un style qui accroche : les registres linguistiques oscillant de l’argotique au littéraire nuisent à la qualité de l’ouvrage. Si je comprends et approuve que les dialogues se doivent de restituer le langage parlé, pourquoi le poursuivre au cours de la narration ?
- Des figures qui se confondent : malgré la pluralité des voix, les personnages peinent parfois à s’imposer par des traits véritablement distinctifs. Leurs contours restent flous, leurs singularités s’effacent au profit du mouvement collectif. L’auteur semble privilégier la dynamique de l’intrigue plutôt que l’approfondissement psychologique. Ce choix laisse le lecteur en attente de figures plus nettement incarnées, capables de s’ancrer durablement dans la mémoire.
- Une ampleur parfois excessive : le roman prend le temps de s’installer, d’accumuler les scènes, les voix et les situations. Cette générosité narrative finit toutefois par alourdir l’ensemble. Certains passages semblent se répéter ou s’étirer au-delà du nécessaire, au risque d’émousser la tension du récit. Une plus grande concision aurait sans doute renforcé l’impact de cette histoire, sans en amoindrir la portée sociale ni l’intensité émotionnelle.
- Une dispersion thématique : à mesure que le récit progresse, certains propos secondaires se développent parfois au détriment du cœur du sujet. Les questions du viol ou des errances de jeunes issus de l’immigration, livrés à eux-mêmes et happés par des trajectoires sombres, s’imposent avec force mais semblent détourner l’attention de la mobilisation initiale. Ces motifs, puissants en eux-mêmes, donnent l’impression d’un roman qui s’ouvre à trop de fronts à la fois. À vouloir embrasser plusieurs urgences sociales, le récit se disperse et affaiblit par moments la cohérence de son propos central.
Encore un mot...
C’est d’autant plus dommage que le sujet est fort, nécessaire et profondément actuel. Les revendications de ces femmes, leur courage discret, leur capacité à tenir ensemble face à l’injustice portaient en eux la matière d’un roman d’une grande puissance. On referme le livre avec le sentiment qu’il touche juste, souvent, mais qu’il aurait pu aller encore plus loin en resserrant son écriture et en faisant confiance à la force nue de son enjeu originel.
Une phrase
“ La vérité, c’est que les lois sont respectées par les naïfs ou ceux qui ont les moyens de les respecter. La vraie vie, elle, est régie par les règles qu’on s’impose.” P.171
L'auteur
Romuald Gadegbeku est journaliste indépendant, né en 1990 à Ris-Orangis. Il écrit régulièrement pour des médias reconnus tels que Society, So Foot ou Le Temps, et a été distingué en 2020 par la bourse Lagardère pour la presse écrite. Les Gréveuses est son premier roman.
Ajouter un commentaire