L'inventeur

Lyrique et vraie, la vie enfiévrée d’un inventeur oublié
De
Miguel Bonnefoy
Editions Rivages
Août 2022
199 pages
19,5 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

Augustin Mouchot, né en 1825, est mort en 1912, misérable, malade et seul. Pourtant, il reçut la médaille d'or de l'exposition universelle de Paris en 1878 pour une invention qui fit grand bruit, puis tomba dans l'oubli. Extraordinaire précurseur - l'un des premiers hommes à croire et à démontrer le formidable potentiel de l'énergie solaire - Augustin Mouchot revit sous la plume de Miguel Bonnefoy, dans ce portrait romancé de l'inventeur oublié. Toutes les maladies de la terre semblaient s'être retrouvées en lui afin de le terrasser, portant, il conçut et fabriqua le premier générateur solaire au monde.

Cette particulière promesse pour les pays d'Afrique, comme source inépuisable d'énergie mécanique (par production de vapeur) et moyen de cuisson de la nourriture, fut pourtant abandonnée au profit du charbon, ressource, perçue à l'époque comme aussi inépuisable que facile à extraire. Ainsi disparaissent les intuitions les plus géniales, ainsi disparut de nos mémoires un précurseur qu'il faudrait aujourd'hui célébrer. Cette injustice trouve une réponse dans la plume inspirée de l'écrivain qui nous le rend à la vie le temps d'un récit enfiévré et précis.

Points forts

Voici un roman qui raconte un parcours de vie authentique, s'appuie sur des sources historiques techniquement attestées, et curieusement bien maigres sur le plan biographique. 

Outre le récit en surplomb qui observe et raconte, du dedans et du dehors, "Mouchot" dans les grands moments de sa vie, l'écriture est raffinée, colorée, alternant les temps d'autodérision, de passion scientifique, d'aventures rocambolesques et de fresque sociale. 

Tout à fait accessible, "soutenue", ce qui est rare, poétique aussi, joliment évocatrice des sentiments et des lieux décrits, la plume de Bonnefoy n'est nullement technique, ce qui doit rassurer le futur lecteur éventuellement inquiet !!

Cette véritable aventure scientifique exhumée de notre histoire "récente", le génie, les folies, les lubies de son concepteur, ses alliances et ses détracteurs nous plongent dans l'intimité d'un homme que tout portait à disparaître sans laisser de trace. Incroyablement obstiné et "génial", il fut reçu par Napoléon III et fait chevalier de la légion d'honneur pour le caractère exceptionnel de son invention, baptisée Octave.

Quelques réserves

En toute objectivité, il ne faudrait en voir aucune. A titre plus personnel, j'ai trouvé le récit de sa déchéance physique et la construction d'une personnalité  de "perdant" un peu excessivement marqués. Elles témoignent cependant  de l'énergie qu'un solitaire, malmené par la vie, peut mobiliser pour aller au bout de son idéal.

Encore un mot...

L'inventeur est un excellent roman, facile à lire, et fondamentalement instructif. Il nous plonge dans le cœur d'une époque et dans le cœur d'un homme modeste qui crut ardemment pouvoir offrir au monde un moyen inépuisable de production d'énergie. C'est un des mérites de Michel Bonnefoy que de nous faire revivre le parcours de ce visionnaire dont la vie fut à la fois un combat contre l'avalanche des maladies dont il fut le sujet, celui de la poursuite d'une idée folle pour l'époque et celle d'un combat inégal entre l'expérimentation de sources d'énergies renouvelables et le développement d'un modèle de société, économique, industriel et social fondé sur les énergies fossiles. David, dans son combat contre Goliath, s'appelait Augustin. Inondé de soleil, ce fut pourtant un galet de charbon lancé par Goliath qui eut raison de sa formidable énergie.

Une phrase

  • "A onze ans, il se mura dans une retraite profonde. Trop réservé, il passait pour arrogant. Comme il était terne et taciturne, personne n'aurait rien su dire à son sujet et ses camarades de classe, jusqu'à la fin de sa vie, furent bien embêtés de rapporter quoique ce soit de sa jeunesse. La joie festive de l'adolescence et les désirs impétueux, le jeu des mystères et les tentations de l'aventure, tout ce qui, pour les autres, était l'exaltation sauvage des premières passions, trouvèrent chez Mouchot une résistance spartiate." P 20
  • "Au bout de quinze minutes, des premières gouttelettes commencèrent à condenser sur la paroi de la chaudière. Une gerbe de bulles monta timidement, comme un bouquet d'étoiles transparentes. La vapeur dégagée passa par le tube à alambic, puis par la chambre à eau, entra dans le cylindre et activa, par la seule force du soleil, la pompe Greindt. Quand le bras mécanique de la machine à vapeur fit son premier mouvement, l'assistance exulta. 
    Les gens se redressèrent d'un bond comme s'ils venaient d'apercevoir un mort se réveiller. Tout s'était éclairci en une seule minute : cet homme venait de mettre en marche un moteur uniquement par la force du soleil." P 80
  • "Bientôt, ils ne suivirent plus tout à fait l'itinéraire qu'ils avaient tracé, mais se laissèrent guider par la boussole du soleil. Ils évitaient les villages et dormaient dans les hameaux alentour. Obstiné, tirant sa charrette d'appareils solaires, Mouchot allait vers la lumière aveuglément, mû par l'illusion apaisante de refaire le monde à la seule force de son rêve." P 150

L'auteur

Miguel Bonnefoy est un "jeune écrivain" - 35 ans en 2022 - qui allie les cultures françaises, vénézuéliennes et chiliennes. Son premier roman est publié en 2009, et il reçoit dès 2013 le prix du jeune écrivain pour Icare et autres nouvelles (Bucher/Chastel) ; il est finaliste du Goncourt du premier roman en 2015 pour Le Voyage d'Octavio (Rivages), finaliste du prix Landerneau des lecteur, en 2017 pour Sucre noir (Rivages), et lauréat du prix des libraires en 2021 pour Héritage (Rivages), paru un an plus tôt. L'inventeur a été retenu dans la sélection du prix Femina 2022 et du prix Patrimoine 2022.

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