L’Ours et le Philosophe

De l’amitié à la fâcherie, en passant par la dispute, entre Diderot et Falconet. Un récit d’une érudition joyeuse
De
Frédéric Vitoux
Grasset
Parution le 2 février 2022
381 pages
22,90 €
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4/5

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Thème

Grâce aux recommandations pressantes de Diderot auprès de la Grande Catherine, Falconet sera choisi pour sculpter la statue de Pierre le Grand. L’Ours grognon, maladroit et misanthrope passera douze ans à Saint-Pétersbourg pour réaliser cette immense statue équestre, tout en décidant de partir juste avant son inauguration ! De même qu’il refusera d’accueillir le Philosophe, son bienfaiteur, lorsque ce dernier répondra enfin aux invitations insistantes de l’Impératrice, qui avait acheté sa bibliothèque. Diderot, peu amateur de voyages, repoussait sans cesse ce séjour en Russie.

Il en reviendra d’ailleurs plutôt déçu parce qu’il n’a pas pu connaître ce pays et qu’il a subi des vexations, voire des trahisons de sa grande amie. L’Ours et le Philosophe, aux tempéraments opposés, ont échangé des lettres vives et passionnées, pendant deux ans, à propos de la postérité, dont Falconet se moque, alors que Diderot fonde tout sur elle. Cette correspondance a inspiré le récit de leur amitié à leur « fâcherie », en passant par cette dispute intellectuelle, à Frédéric Vitoux « heureux avec ces deux hommes ».

Points forts

  • Le titre ressemble à celui d’une fable de La Fontaine, il joue sur « cette opposition  entre les deux hommes, entre l’ours sceptique qu’est Falconet et l’homme de lettres et de savoir enthousiaste qu’est Diderot. »
  • Frédéric Vitoux  redonne vie à ce siècle des Lumières qu’il connaît si bien, à travers l’entreprise audacieuse et semée d’embûches de l’Encyclopédie, à la tête de laquelle Diderot se retrouvera seul.
  • Comme Montaigne, l’académicien « aime l’allure poétique à sauts et à gambades », il s’égare et vagabonde délicieusement dans des digressions diverses et variées, qui nous valent des passages à propos de sa chère île Saint Louis, de la librairie où il rencontra Nicole, sa femme, de ses amis Bernard Franck et Serge Rezvani ou d’un match de boxe d’anthologie entre Cassius Clay et Foreman, ou encore de La Règle du Jeu de Renoir, de la bibliothèque de son grand-père et même deTex Avery et bien sûr de son auteur de prédilection Céline.

Quelques réserves

Ce récit, libéré de toute contrainte et envahi par tant de digressions, peut déconcerter le lecteur. Son genre n’est pas défini : on hésite entre essai, biographie ou roman …

Encore un mot...

Pourquoi s’intéresser à cette « dispute » entre Diderot et Falconet sur la postérité à une époque qui bafoue la culture du passé ? La réponse est donnée par une citation de Jorge Luis Borgès : «  J’écris pour moi, pour mes amis et pour adoucir le cours du temps. » (p.199)  Je pense que Frédéric Vitoux, lui aussi, apporte de la douceur à notre présent, en éclairant nos esprits et en élevant nos âmes grâce à son érudition joyeuse.

Une phrase

« Ah ! la divagation ! Écrit-on jamais pour autre chose que pour cela ? Pour se distraire et se laisser distraire ? Autrement dit pour s’enrichir de ses excursions, de ce qui vous fait littéralement sortir en courant d’une voie déjà tracée et donc peu instructive ? Ai-je abusé dans mes livres de cette liberté-là ? C’est une autre histoire. » p.255

L'auteur

Né en 1944, Frédéric Vitoux, de l’Académie française, se trouve à la tête d’une œuvre considérable. Il a écrit de nombreux essais, des biographies et des romans, dont on ne citera que les derniers parus : Au rendez-vous des mariniers (Fayard, 2016), L’Express de Bénarès (Fayard, 2018) et Longtemps, j’ai donné raison à Ginger Rogers ( Grasset, 2020).

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