Partira

Un classique palpitant et poignant de la littérature pour ados
De
Raoul de Navery
Éditions Elor ou Éditions Astoure
Notre recommandation
4/5

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Lu / Vu par Culture-Tops

Thème

Premier tome d’une trilogie d’aventure écrite, donc,  au XIXe siècle, Patira est un roman historique palpitant et poignant, qui se déroule en Bretagne au XVIIIe siècle.

Les deux héros de l’histoire, Blanche de Coëtquen et Patira, sont deux êtres exceptionnels. Elle est la belle, généreuse et pieuse fille de pêcheur que le Marquis Tanguy de Coëtquen a épousé par amour. Il est l’enfant de personne, adopté puis abandonné par des saltimbanques, un pauvre orphelin maltraité par son maître forgeron, le cruel et brutal Jean l’Enclume.

Haïe par ses deux beaux-frères qui la méprisent, Blanche, enceinte de son premier enfant, est kidnappée par eux et enfermée dans un donjon. Pour tout le monde, et pour son mari désespéré, elle est censée être morte et enterrée. Ce n’est que grâce au courage extraordinaire, à la bonté et à l’ingénuité de Patira que la pauvre jeune femme peut espérer être libérée et sauver son enfant. Mais, seul contre tous, le jeune orphelin pourra-t-il renverser le sombre cours du destin ?

Points forts

1- Une aventure vraiment palpitante. Plus l’histoire avance et plus les événements se précipitent. Suspense et rebondissements se succèdent, qui nous font tourner les pages avec impatience pour en apprendre plus.

2- À la beauté et à la grandeur de certains personnages très attachants, correspond la cruauté diabolique des méchants. Entre ces deux extrêmes, des personnages nuancés, mélange complexe de médiocrité, de désirs sombres et d’éclairs de bonté sont très convaincants.

3- Le style classique mais vivant et direct est très agréable à lire. Les chapitres sont assez courts, ce qui encourage un bon rythme de lecture.

4- Une ambiance prenante, imprégnée de légendes, et de belles descriptions de la Bretagne. Les pays de Rance y sont merveilleusement évoqués : le château de Coëtquen, la ville de Dinan et l’abbaye de Léhon forment le décor mémorable de ce roman à l’atmosphère mystérieuse.

5- Un livre qui nous transporte, loin de notre réalité sombre et complexe, dans un monde à la fois familier et disparu, où les êtres humains sont les mêmes, mais où les valeurs et priorités de la société sont autres. La religion et le sens du devoir y jouent un rôle aussi prépondérant que positif, sans que jamais l’histoire ne sombre dans la mièvrerie.

Quelques réserves

1- L’aspect religieux du livre, sa foi fervente, en fait un document émouvant, issu d’un autre temps où la Bretagne était profondément chrétienne, mais il peut aussi irriter ceux qui n’adhèrent pas du tout au catholicisme. Je ne le recommanderais donc pas à quelqu’un qui serait allergique à la religion et ne parviendrait pas à considérer ce livre dans son contexte d’origine.

2- Le style du dix-neuvième siècle, bien que sans fioriture ni digression, peut paraître difficile à des lecteurs novices, mais l’attrait de l’histoire et son suspense devraient les encourager à persévérer dans leur lecture.

Encore un mot...

Un livre réellement palpitant et touchant, avec des rebondissements inattendus et un suspense soutenu. Une histoire pleine de grands et beaux sentiments, de renoncements héroïques, mais aussi de passions terribles, de pactes diaboliques et d’actes monstrueux. Un roman qui m’a enchantée lorsque j’avais douze ans et qui ne m’a pas du tout déçue à la relecture presque quarante ans plus tard.

À recommander à de jeunes lecteurs (à partir de douze ans) qui aiment se plonger dans des romans d’aventure et de chevalerie, ainsi qu’à des adultes nostalgiques ou qui apprécient les romans historiques.

NB : La trilogie est publiée par deux petits éditeurs.

1- Aux Éditions Elor, les trois tomes sont en vente séparément pour 15 euros chacun (www.livre-achat.com). Les deux tomes suivants s’intitulent : Le Trésor de l’abbaye et Jean Canada.

2- Aux Éditions Astoure les trois tomes sont en vente en un volume qui coûte 25 euros (www.astoure.com).

Une phrase

Ou plutôt plusieurs courts extraits: 

- « Ce nom résumait toute la destinée de l’enfant : Patira. Né sans nul doute de parents malheureux, adopté ou volé par une troupe de saltimbanques, le pauvre petit être dut, dès l’âge de trois ans, torturer ses membres débiles, en plier les jointures jusqu’à les briser, apprendre à sourire quand une terreur folle faisait courir des frissons dans tout son être. S’il tentait de se révolter, on le battait sans merci. On le battait toujours, partout, sans raison, sans cause, parce qu’il ne tenait à personne, que personne ne tenait à lui, qu’il faut un souffre-douleur dans chaque milieu de ce genre, parce qu’il était Patira, enfin. » »

-« Tanguy considérait la noblesse comme une responsabilité plutôt que comme un privilège. Il n’eût jamais cédé aucune des prérogatives que lui concédaient ses titres, mais c’était moins par vanité que par tradition chevaleresque. »

- « [La grotte] était naturellement creusée dans ces grandes roches veinées, teintées de bleu, qui forment avec le granit l’ossature de la Bretagne… La découverte d’ornements d’une taille gigantesque avait contribué à rendre la grotte un objet de terreur. Les vieilles gens affirmaient que les poulpiquets avaient établi leur repaire dans ces longs couloirs dont nul n’avait eu le courage de visiter le fond. On croyait profondément qu’ils s’y livraient pendant la nuit à la fabrication de la monnaie d’or dont la possession tenta plus d’un avare. Mais on ajoutait que tout ceux qui, ayant renié leur âme, avaient tenté de s’approprier une somme quelconque de cet or maudit avaient trouvé la mort sur le théâtre même de leur sacrilège, car on affirmait qu’avant d’obtenir l’or des poulpiquets, il fallait renoncer à son baptême. »

- « Nul, s’il n’a reçu le jour dans cette rude patrie appelée la Bretagne, ne peut comprendre la puissance filiale de l’amour que lui portent ses fils.

Elle a tout reçu en don, cette terre sacrée : l’héritage de foi des saints qui l’évangélisèrent, la magnificence des aspects, la terreur des forêts sacrées, les horreurs grandioses de l’Océan qui bat sa ceinture de roches, la grâce de ses collines boisées que le brouillard estompe dans les lointains et confond avec son ciel gris, souvent nuageux et mélancolique comme le génie de ses habitants. »

L'auteur

Née en Bretagne, à Ploërmel, en 1839, Eugénie-Caroline Saffray dite Raoul de Navery, est une romancière française, auteure de nombreux romans à succès, empreints de valeurs morales et religieuses. Elle reçut de sa mère une éducation stricte et sévère et alla à l'école chez les Dames du Sacré-Cœur à Vannes, qui encouragèrent son penchant pour la littérature. Mariée à l'âge de seize ans à un médecin, elle devint veuve quatre ans plus tard et commença alors à écrire.

Elle écrivit ses premiers textes sous le nom de Marie David, mais à partir de 1860 elle utilisa le pseudonyme masculin de Raoul de Navery, empruntant son prénom à son grand-père maternel.

Elle mourut en Seine-et-Marne en 1885.

Sa trilogie la plus connue, dont Patira est le premier tome, est régulièrement rééditée en raison de ses qualités littéraires et humaines qui réussissent à transcender les époques. 

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