Rocky, dernier rivage

Tant qu' il y aura une île. Survivre, malgré tout...
De
Thomas Gunzig
Au Diable Vauvert
Parution le 31 août 2023
368 pages
20 €
Notre recommandation
4/5

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Lu / Vu par

Thème

Nous sommes juste après la catastrophe. Car cela devait arriver. A force de jouer avec le feu, le climat et une poignée de sales virus respiratoires, l' humanité a sombré définitivement. A l' exception de quelques spécimens : une famille très riche, Papa, Maman et leurs deux adolescents (un garçon et une fille) qui ont trouvé refuge dans une île perdue au bout du monde. L' endroit est sûr, n' offre aucun aspect stratégique et ne peut donc susciter ni convoitise ni danger. 

Fred, le père,  est un homme avisé qui a pris les devants, pour " mettre sa famille à l' abri". Il a donc fait construire - ah, le fameux principe de précaution- sur l' île, une maison de cinq cents mètres carrés, nouvel avatar de la caverne d' Ali Baba pour milliardaire prévoyant . A l' intérieur, des dizaines de milliers de plats préparés (spécial gourmet), des conserves, des légumes et une cave de vins fins. 

Mais aussi des stocks de films, musiques, séries télé... Côté standing : un couple d' immigrés chilien sert d' employés de maison. 

Bref, " là tout n' est qu' ordre et beauté, luxe , calme et volupté. "

Pourtant, peu à peu, le cliché se voile, imperceptiblement, les objets et les choses se dérèglent, dans la vie du couple, dans leur relation avec les enfants. Comme chez Baudelaire, l'ennui et la cruauté imposent leur tempo. Solitude pesante, spleen existentiel, à quoi  bon vivre encore, puisque désormais l' homme ne sera plus jamais un animal social? 

Chaque personnage s'abîme , s' accroche à quelques expédients, (alcool, anxiolytique, ou l'abrutissement télévisuel) comme le noyé à sa  bouée. Et puis craque. 

Déjà, le drame se profile. 

Points forts

  • La description au vitriol d' une caste de milliardaire qui croit que tout s'achète et découvre soudain, que le roi est nu, seul sur son île et impuissant. 
  •  Des chapitres courts, bien agencés , axés tour à tour, sur chaque personnage, qui distillent  le suspense : jusqu'où ira cette lente descente aux enfers ? 
  •  Une réflexion profonde sur l' importance vitale des récits, des histoires dans la trame de nos vies.

 Comment rester humain,  lorsque tous ces matériaux ont disparu?

Quelques réserves

Des personnages parfois un peu stéréotypés, ainsi Jeanne,  l' adolescente, mal dans sa peau, qui vit sa vie par procuration, à travers une série télé " culte" et devient (à son réveil) l' instrument du destin...

Encore un mot...

Finalement le monde des survivalistes ne renferme pas que des personnages de "doux illuminés." Le mérite, entre autres, de Thomas Gunzig est de nous décrire avec férocité une famille normale, avec ses frustrations, ses  désirs inavouables , sa dose d' amour et de haine.

Une phrase

 “ Elle observa son père qui essayait d' interpréter le clignotement des différentes petites lumières se trouvant sur le panneau de contrôle, elle le vit hausser les épaules puis appuyer sur l' interrupteur de mise hors tension. Toutes les petites lumières s' éteignirent. Il attendit un instant et il ralluma. Ils remontèrent dans la salle de sport où son père relança le système. A l' écran, le même message apparut encore une fois: " last login."
- Ok. Je vais brancher le système sur le serveur de secours.”
( page 144)

L'auteur

Thomas Gunzig est un écrivain belge francophone.

Libraire pendant 10 ans, puis professeur de littérature et chroniqueur à la RTBF, il est lauréat du prestigieux prix Victor Rossel 2001 pour son premier roman Mort d' un parfait bilingue (Au diable vauvert). Il écrit également pour le théâtre et le cinéma (Le Tout Nouveau Testament réalisé en 2015 par Jaco Van Dormael) .

Rocky, dernier rivage est son dixième roman.

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