Rois d'Alexandrie

Paradis perdu. Génération perdue?
De
José Carlos Llop
Editions Actes Sud - 240 pages
Notre recommandation
3/5

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Lu / Vu par Culture-Tops

Thème

Même si le narrateur se dit « devenu un lotophage aux yeux blancs et à la mémoire transparente, vide » (P.174) , c’est bien de ses souvenirs qu’il alimente sa recherche du temps perdu. Entre Majorque et Barcelone, dans les années 70, il fait partie de ce « nous » euphorique qui vit à la marge, sans contraintes ni entraves, dans des paradis souvent artificiels. Une plongée dans la vie affective, artistique et culturelle de ses vingt ans, où se mêlent expériences personnelles extrêmes et références musicales, littéraires, picturales et cinématographiques Il faut attendre la fin du roman pour savoir que les Rois d’Alexandrie n’ont régné que de façon éphémère, mais dès les premières pages, on comprend qu’il s’agit d’un hymne au paradis perdu, empreint de nostalgie puisque le « nous » tout puissant laissera la place à des « je » traqués ou meurtris.

Points forts

- Une immersion dans la vie des hippies.

- Un témoignage sur l’Espagne des dernières années du franquisme, et d’après.

- De très belles pages sur Barcelone.

- Le concert des Rolling Stones en juin 1976 à Barcelone est un morceau d’anthologie.

 

Quelques réserves

- On se perd parfois dans des phrases qui n’en finissent pas.

- On peut avoir l’impression d’un catalogue de titres.

 

Encore un mot...

Une quête des origines nourrie d’une expérience personnelle mais aussi de références universelles. L’érudition de José Carlos Llop est éclectique et construit le mythe d’une génération perdue. Comme chez Modiano- plusieurs fois cité- les thèmes de l’identité, du temps qui passe, de la mémoire et de l’oubli sont liés à la topographie de la ville, ici essentiellement Barcelone. 

On peut se laisser porter, voire hypnotiser,  par les volutes des phrases sans fin que Llop affectionne; on peut aussi être un peu asphyxié par les très (trop) nombreux titres cités dans tous les domaines. La fluidité du récit et le caractère poétique de l’évocation s’en trouvent  entachés. 

Subsiste cependant l’émotion, notamment à la fin, quand la réflexion sur la fuite du temps atteint son paroxysme.  

Une phrase

Ou plutôt deux:

- « C’était le temps où rien n’était à personne et tout était à tout le monde : les maisons abandonnées ou les livres ou les disques dans les magasins. C’était le temps où nous louions pour deux pesetas des appartements sur les toits en terrasse -la ville se déployant devant nos yeux et dans le fond la mer et les palmiers- et ces terrasses nous transportaient à Cadix ou à Tanger, les draps étendus au soleil, si blancs. »

- « Alors la musique serait une autre forme de la mémoire, pour que je ne me perde pas dans le brouillard que j’étais devenu, pour que je sache qui et où j’avais été et, de la sorte, que je m’en tienne à qui j’étais, sans prêter attention aux lumières d’une quelconque maison dans la forêt embrumée, ces lumières derrière lesquelles se cachent  les sorcières qui ont trompé tant des miens, les conduisant à leur perte en leur faisant croire ce qu’ils n’étaient pas et en les empêchant d’être ce qu’ils ne seraient plus jamais. » 

L'auteur

Né en 1956 à Palma de Majorque où il vit, José Carlos Llop a publié des nouvelles (pour lesquelles il fut primé en Espagne en 1999), neuf recueils de poésie, un Journal en cinq tomes, et plusieurs romans. Solstice , paru chez Jacqueline Chambon, a reçu en 2017 le prix Laure-Bataillon récompensant la meilleure oeuvre de fiction traduite en français, dans l’année. 

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