Un certain M. Piekielny

Ce serait dommage qu'il n'ait pas un Grand Prix
De
François-Henri Désérable
Editions Gallimard - 259 pages
Notre recommandation
4/5

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Thème

En attendant un train à Vilnius, l’auteur-narrateur découvre par hasard, au détour d’une rue, une plaque sur la façade d’un immeuble, à la mémoire de Romain Gary, qui y a vécu pendant son enfance. Remonte alors en lui le souvenir précieux de La Promesse de l’aube, son roman préféré, à qui il doit un oral du bac miraculeux ! Un passage du chapitre VII lui revient sur « un certain M. Piekielny ». Ce voisin, plus que discret, demande à Roman Kacew (le vrai nom de Gary), s’il devient célèbre, comme le prophétise si ardemment sa mère, de citer son nom aux grands hommes qu’il sera amené à rencontrer. Gary s’est acquitté de cette promesse insensée devant Charles de Gaulle, la reine d’Angleterre ou J.F.Kennedy ! Notre narrateur décide alors d’enquêter sur ce mystérieux Piekielny, mais ses recherches ne donnent rien : a-t-il d’ailleurs réellement existé ? En revanche, il découvre le drame absolu vécu par les juifs dans cette  « Jérusalem de Lituanie » pendant la IIème guerre mondiale.

Tout en s’intéressant à son auteur favori, à ses multiples activités, de la Résistance à la diplomatie, en passant par la littérature et le cinéma, à ses amours, à ses affabulations, à ses deux prix Goncourt, il mêle sa propre vie à celle du romancier qu’il admire, en soulignant la ressemblance de sa mère si exigeante avec la fameuse Mina Kacew à la volonté indomptable.

Points forts

- François-Henri Désérable nous propose un roman plein de fantaisie grâce à son imagination créatrice, sa liberté de ton et son humour malicieux.

- Les passages autobiographiques réels ou imaginaires sont sans doute les plus amusants: il se moque de lui-même et multiplie les jeux de mots pour le plus grand plaisir du lecteur.

- Variant les registres, l’auteur peut se montrer plus sérieux, quand il aborde le thème de la guerre; l’aspect historique de la tragédie de la communauté juive de Wilno ne manque pas d’intérêt.

- Ce livre est avant tout un hommage à la littérature de la part d’un joueur de hockey sur glace, qui ne lisait rien et qui a choisi de devenir écrivain, au grand dam de sa mère ! La découverte de Belle du Seigneur à dix-huit ans lui vaut « cinq jours de pure exaltation » ; il relit indéfiniment La Promesse de l’aube et passe sa vie au milieu des livres.

- Ce roman suit une sorte de crescendo: au fur et à mesure de la lecture, des interrogations sur le rôle de l’écrivain par rapport à la vérité et à la fiction atteignent une dimension plus profonde dans la troisième partie.

Quelques réserves

Oser se comparer à Romain Gary par le rapprochement des mères peut paraître prétentieux …

Encore un mot...

A partir d’un sujet plutôt mince, François-Henri Désérable emmène le lecteur là où il veut, à travers des digressions aussi brillantes que cocasses. Il passe avec une aisance rare de la légèreté à la gravité. Plein d’esprit et de vivacité, ce jeune auteur talentueux manie l’humour et l’ironie sans jamais tomber dans la caricature ou le sarcasme.

Une phrase

« C’est en écrivant ce livre que j’ai compris pourquoi la Promesse … m’avait à ce point fasciné : ma mère était de la dynastie des Mina, il fallait que le front de son fils fût ceint de lauriers pour qu’elle pût enfin s’en coiffer à son tour. Mais là où Romain s’était mis à écrire pour la sienne, c’est à la fois grâce à la mienne et contre elle que je suis devenu écrivain : ce qui aujourd’hui m’emporte et m’exalte et me tient lieu de vie, c’est à elle, sans doute, que je le dois. »

L'auteur

Né en 1987, François-Henri Désérable a publié chez Gallimard deux romans remarqués: Tu montreras ma tête au peuple (2013) et Evariste (2015). 

Un certain M.Piekielny s’est retrouvé sur la plupart des listes pour les grands prix littéraires de cet automne.

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