Une mère en fuite
Parution en octobre 2025
192 pages
18 Euros ; 12,99 Euros en téléchargement
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Thème
Ce livre est un récit intime, frôlant parfois l’autofiction, où Michka Assayas remonte la piste de sa mère, silhouette fascinante toujours un peu hors d’atteinte. En relisant les pages de son journal, en feuilletant ses souvenirs et en fouillant la mémoire familiale, il tente de recomposer la vie de cette femme née en Hongrie, réfugiée après la guerre puis devenue styliste pour Hermès.
Points forts
- La couverture frappe par sa douceur : les couleurs légèrement délavées et la lumière tamisée évoquent d’emblée une nostalgie tranquille, celle des réminiscences que l’on croyait enfouies. Cette image ne dit pas tout, mais elle ouvre une porte, fragile, vers le territoire de la mémoire. Et cette première impression n’est pas trompeuse, car son phrasé obéit à la même logique de délicatesse et de retenue.
- Un style plaisant à lire, notamment, porté par des descriptions presque « à l’ancienne » qui donnent au récit une couleur singulière. Les parenthèses, un outil typographique peu utilisé en littérature, sont légion ici et finissent parfois par fatiguer, mais elles participent aussi à cette voix qui cherche sa route. L’humour affleure régulièrement, léger, parfois ironique. Assayas s’aventure volontiers dans des phrases longues qui déroulent leur propre respiration. Il cite Proust à plusieurs reprises, comme un écho discret, peut-être une manière d’inscrire sa quête dans l’ombre d’un maître de la mémoire.
- Un personnage hors du commun : l’histoire de cette mère, aristocrate dans cette Europe centrale d’avant-guerre puis réfugiée, croisant au passage quelques figures célèbres, élevant le snobisme comme art de vivre, exprime un romanesque troublant. Cette femme, divorcée, parfois dure, souvent retranchée en elle-même, fantasque, imaginative à l’excès, même si elle a donné de l’amour à ses enfants a créé un vide que le feuilletoniste interroge. On y sent la vie qui s’esquive, les éclats de lumière et les zones d’ombre, comme si son destin avançait toujours un pas devant ceux qui tentent de la saisir.
Quelques réserves
L’absence de véritable intrigue. Michka Assayas avance par fragments, ce qui laisse parfois le lecteur sur sa faim. Sans provocation de ma part, le personnage de la mère habite chaque page à tel point que cette omniprésence finit par contredire le titre. L’auteur ouvre de nombreuses pistes sans vraiment les développer. Celle, par exemple, des liens entre la Hongrie et le troisième Reich aurait pu nourrir à elle seule un récit entier. Avec une telle aisance d’écriture et un personnage aussi charismatique, il avait entre les mains tous les éléments pour signer un chef d’œuvre.
Encore un mot...
Le titre trompe un peu : la mère ne fuit pas, elle se dérobe. Le texte manque alors d’un fil conducteur clair. On referme ces pages en se demandant ce que l’écrivain voulait vraiment saisir, souvenirs ou vérité intime, et cette incertitude donne parfois le sentiment d’un récit écrit sans boussole.
Une phrase
“ Dans un magazine de bande dessinée italien, Linus, je découvre les aventures de Valentina. [...] Valentina a des cheveux noirs coupés au carré, une frange qui tombe sur ses grands yeux, des lèvres épaisses, et elle est toujours, non pas nue, mais plus belle que nue : parée de voiles tout près du corps, mini robes transparentes, bas et porte-jarretelles en dentelle, collants fins et ajourés, comme des toiles d’araignée, elle porte des bottes noires vernies à hauts talons, des bijoux de métal.” Page 5
L'auteur
Michka Assayas, écrivain et journaliste français né en 1958 et ancien élève de l’École normale supérieure, s’est fait connaître par ses travaux sur la musique et la culture. On lui doit notamment le monumental Dictionnaire du rock, trois volumes et plus de deux mille pages, publié en 2000 chez Robert Laffont. Une somme devenue référence, qui témoigne de son savoir, de sa curiosité et d’une passion menée avec une rigueur peu commune.
Michka Assayas programme et anime depuis 2015 l’émission musicale quotidienne sur France-Inter : Very Good Trip.
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