Une odeur de sainteté

Une odeur de sainteté qui nous ballade vers les portes de l'enfer
De
Franck Maubert
Mercure de France
Parution le 17 août 2023
120 pages
14,80 €
Notre recommandation
3/5

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Thème

Jeanne Doucet est ce qu'on appelle un nez. Obsédée depuis sa plus jeune enfance par les odeurs qui l'entourent, elle a fait de ce sens son métier. Aujourd'hui, elle est missionnée par l'Eglise pour une étrange affaire : respirer et analyser le cœur enchâssé d'Emérence, femme du XIXème siècle en passe d'être béatifiée par le Saint Père. L'odeur qui monte de ce cœur réduit à la taille d'une noix va bouleverser non seulement ses capacités olfactives mais bien sa vie tout entière. Un chemin de croix s'ouvre alors devant Jeanne à la recherche de cette sainte perdue.

Points forts

L'odorat étant certainement un des sens le plus mystérieux, l'évoquer en description est une gageure dont l'auteur se sort extrêmement bien. On se surprend à rechercher dans sa propre mémoire olfactive les odeurs décrites au fil de l'histoire.

Ce récit est une sorte de road movie durant lequel l'héroïne, récemment divorcée, doit faire face à ses propres angoisses. L'auteur fait osciller constamment et de façon croissante Jeanne entre vie réelle et hallucinations.

Les personnages qui croisent la route de Jeanne sont tous énigmatiques et participent à la construction de scènes presque oniriques.

Quelques réserves

Que ce soit le professeur Bonnencontre, le diacre Capposi, l'ambiguë hôtesse Keiko ou Hurteau croisé au bord de la route, tous semblent cacher des secrets qui ne sont finalement jamais révélés.

Encore un mot...

J'aurais aimé plus de développement quant au devenir de Jeanne suite à cette rencontre mystique avec Emérence. Au-delà de la perception olfactive et finalement extra-sensorielle de lieux hantés, on ne perçoit pas forcément quel est le lien entre Jeanne et cette femme. Les descriptions bucoliques sombrent vite dans la noirceur et l'angoisse : outre quelques personnages, les lieux qu'elle visite sont comme vidés de toute présence humaine. On sort de ce livre comme d'un rêve mué en cauchemar mais dont les images s'estompent avec le jour.

Une phrase

  • « Le monde des odeurs m'attirait à un point tel qu'il s'est imposé comme une vocation, ce goût pour les parfums est devenu une passion, ma passion, j'en ai fait mon métier. » P.13
  • «J'inscris sur la feuille quadrillée mon tout premier sentiment : un cœur plein de nuit. Je pourrais m'y arrêter mais je poursuis : odeur somnolente, complexe de chaleur et de mousse, suavité et douceur. Oubli, espérance antique. Et toujours, comme sous une dictée automatique, je tisse un ramage de baumes, de préparations d'apothicaires : aloès, traces de substances diverses, alun, fruits, pomme probablement, absinthe, menthes, myrrhe, sauge, benjoin peut-être, minéral éventé, roches brûlées. Ma langue se tarit dans la confusion. Je conclus simplement : une senteur ténue mais voluptueuse caractérise ce petit cœur. » P.24

L'auteur

Franck Maubert est né en 1955 à Provins, essayiste et romancier, il débute sa carrière en tant que critique d'art et journaliste pour de nombreux titres et émissions. Il abandonne finalement son activité journalistique pour se consacrer pleinement à l'écriture. Auteur d'essais sur l'art et le processus de création, il écrit également des romans. Il reçoit notamment le Prix Renaudot pour Le dernier modèle en 2012.

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