Thêatre-Spectacles

Evguénie Sokolov

Pets à son art
De Serge Gainsbourg
Charlotte Lévy-Markovitch
Mise en scène : Charlotte Lévy-Markovitch
Avec Jean-Quentin Châtelain

Infos & réservation

Théâtre du Petit St-Martin
17 rue René Boulanger
75010 Paris
Tél. : 01 42 08 00 32
http://www.petitstmartin.com
A partir du 17 janvier du mardi au samedi à 19h

Lu / Vu par

Charles-Edouard Aubry
Publié le 17 fév . 2020

Recommandation

3,0BonBon

Thème

• Evguénie Sokolov, peintre génial et solitaire, est atteint d’une irrépressible pétomanie, qui va être à l’origine d’une œuvre très particulière. Handicapé par d’incessantes et irréfragables flatulences, il n’a de cesse de sublimer ce handicap en le transformant en combustible créatif.

• Dans ce récit en forme de confession, Evguénie raconte son incroyable histoire depuis sa naissance, la découverte de son infirmité jusqu’à son parcours artistique, qui sublime ces vents créateurs.

Points forts

• Tiré d’un court roman de Serge Gainsbourg paru en 1980 (chez Gallimard), la pièce est une adaptation très réussie, à porter au crédit de Charlotte Lévy-Markovitch. Le texte est aussi fluide que s’il avait été écrit pour un seul-en scène. Il rend magnifiquement la verve lexicale de l’auteur, sa capacité à nommer le « pet » de cent façons différentes de manière toujours poétique. Et dire que l’ouvrage avait fait scandale à l’époque. Il est vrai qu’on a depuis fait bien pire et moins réussi en matière d’outrance et de vulgarité.

• Les chansons de Serge Gainsbourg font partie du patrimoine culturel français mais tout le monde ne sait pas qu’à son répertoire figurent Des vents des pets des poums, Titicaca, Eau et gaz à tous les étages et même Evguénie Sokolov (sur le disque Mauvaises nouvelles des étoiles en 1981).
• Le livre, son unique roman, moins connu que ses chansons, n’a pourtant rien à leur envier. On y retrouve la même richesse jouissive de la langue, le choix des mots et l’originalité du propos. Habitué au format court, refrain / couplet / refrain, Gainsbourg parvient à tenir sur la longueur la même qualité d’écriture et une construction littéraire rigoureuse.

• Enfin, Gainsbourg a ici trouvé son interprète en la personne de Jean-Quentin Châtelain, qui rentre progressivement dans le texte, pour en rendre la verve littéraire et l’esprit provocateur de Gainsbourg. Il fait siennes les obsessions et les angoisses de l’auteur et restitue aussi bien le comique que le tragique d’un récit, qui oscille sans cesse entre la farce et le conte.

Points faibles

• Pourquoi le comédien - la responsabilité incombe ici au metteur en scène – s’est-il cru obligé de prendre ce ton affecté qui lui donne un air de Bukowski bourré chez Pivot ou de Gainsbarre en roue libre sur un plateau télé ? 

• Alors que le comédien incarne par ailleurs si bien le héros “gainsbourguien“, il se trouve affublé de cette posture inappropriée. A moins que ce soit la recherche d’une certaine forme de disgrâce, comme un ultime pied de nez fidèle à l’esprit de l’œuvre ?

En deux mots ...

• Toute l’ambiguïté, la complexité et la richesse de Serge Gainsbourg tiennent dans cette pièce, réflexion subtile qui dénonce les dérives du monde de l’art contemporain, ses outrances, ses mondanités, ses marchands et leur arrivisme, ou farce provocatrice qui se moque de sa propre laideur et de son désir inassouvi de devenir un grand peintre...

Un extrait

(du livre et de la chanson, dans laquelle on entend des pets)

“Mets ton masque à gaz, Sokolov !
Que tes fermentations anaérobiques
Fassent éclater les tubas de ta renommée,
Et que tes vents irrépressibles
Transforment abscisses et ordonnées
Et de sublimes anamorphoses.”

L'auteur

• Que dire de plus sur Serge Gainsbourg ? Peut-être tracer un parallèle entre “sa-vie-son-œuvre“ et celle d’Evguénie Sokolov. Sans vouloir forcément un faire un roman à clé, il raconte un destin contrarié, des handicaps dont il faut tirer profit coûte que coûte et une exposition de soi pour faire de sa vie une œuvre d’art.

• Aussi éclairant et fascinant que le tarentula, unique roman de Bob Dylan, prix Nobel de littérature, ou les deux romans de Leonard Cohen, jeux de dames et les perdants magnifiques, œuvres de jeunesse scandaleuses et pur joyaux de la pop culture.

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