16 juin 40

Un traitement déconcertant
De
Bruno Jarrosson
Mise en scène
Yves Carlevaris
Avec
Yves Carlevaris (Philippe Pétain), Alain Pochet (Albert Lebrun), Jean-Claude Robbe (Georges Mandel), Didier Vinson (Paul Reynaud)
Notre recommandation
2/5

Infos & réservation

Manufacture des Abbesses
7 rue Veron
75018
Paris
0142334203
Jusqu’au 26 octobre

Thème

Le 16 juin 1940 est une de ces journées terribles où le sort d’un pays bascule. Pour le gouvernement français réfugié à Bordeaux, il s’agit de décider s’il faut continuer, avec les Anglais, la guerre contre l’Allemagne depuis Alger, en s’appuyant sur l’empire colonial et la marine, ou négocier les conditions d’un armistice.  Tout se joue entre une poignée d’hommes : le président du Conseil, Paul Reynaud, et son ministre de l’Intérieur, Georges Mandel, sont favorables à la poursuite des hostilités ; le vice-président du Conseil, le maréchal Philippe Pétain, mène les partisans d’un accord avec Hitler. Ces trois-là font le siège de l’indécis président de la République, Albert Lebrun, qui seul peut trancher. Huis-clos, sujet fascinant…

Points forts

Tout l’intérêt de la pièce tient dans le personnage de Pétain, bien campé en chef de la conjuration des traîtres, et dans sa confrontation avec l’impétueux et clairvoyant Mandel. Jarrosson décortique l’impressionnante mécanique psychologique par laquelle le vieux héros de Verdun abuse ses adversaires. On connait la fin, pour le moins un coup de théâtre : Reynaud tente le tout pour le tout en démissionnant, comptant que Lebrun lui demandera de former un nouveau gouvernement sans le Maréchal, mais c’est celui-ci qui l’emporte avec l’appui des ministres défaitistes !

Quelques réserves

Dans cette atmosphère de fin du monde où les nerfs sont à vif, pourquoi diable l’auteur truffe-t-il ses dialogues de bons mots et de traits d’esprit ? De Gaulle était un maître en la matière – j’avais oublié son « Il est plus facile de sortir de Polytechnique que de sortir de l’ordinaire », repris, entre autres, dans la pièce – mais tout n’est pas de la même eau. A Mandel qui annonce : « Pétain veut l’armistice. Il met dans la balance son prestige, ses étoiles et son bâton de maréchal », faut-il que Lebrun réplique : « C’est le retour de bâton » ? Et ainsi de suite…

Encore un mot...

Déconcerté par ce procédé de rupture de la tension, je n’ai pas réussi à rentrer dans la pièce. Moins grognon sans doute, l’auditoire a chaudement applaudi, laissant fuser quelques “bravo” et des “formidable”. A vous de juger…

Une phrase

Reynaud, apostrophant Pétain : « Vous lâcherez tout, et le reste, pour vous installer au sommet. Vous êtes un ambitieux. »

L'auteur

Le profil de Bruno Jarrosson est pour le moins original dans le milieu du théâtre : ingénieur Supélec, consultant en stratégie, chroniqueur, essayiste (il vient de publier « De Sun Tzu à Steve Jobs, une histoire de la stratégie » chez Dunod), il enseigne la philosophie des sciences et la théorie des organisations. Comme pour sa pièce précédente, « 6 avril 1917, le Chemin des Dames », il développe dans ce « 16 juin 1940 » ses réflexions sur le concept de décision, qu’il analyse par le biais de l’histoire politico-militaire.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Toujours à l'affiche

Théâtre
Kids
De
Fabrice Melquiot