4.48 Psychose

Quand les mots cherchent encore une issue
De
Sarah Kane
Durée : 1h20
Mise en scène
Jacques Osinski
Avec
Sandrine Bonnaire, avec la participation de Frédéric Leidgens
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Théâtre de l’Atelier
1 place Charles Dulin
75018
Paris
01 46 06 49 24

Thème

  • 4.48 Psychose, ultime texte de Sarah Kane, avec Sandrine Bonnaire seule en scène est une plongée vertigineuse dans les méandres d’une conscience qui lutte pour exister.
  • Il n’y a pas véritablement d’histoire dans 4.48 Psychose. Ou plutôt, il n’y en a qu’une : celle d’une conscience aux prises avec elle-même, avec la dépression, la solitude, la difficulté d’habiter le monde et la tentation du suicide.
  • Sarah Kane écrit ici une pièce sans personnages identifiés, sans didascalies, sans indications scéniques. Des voix apparaissent, se répondent, se contredisent. Une personne parle, peut-être plusieurs. Le texte avance comme une pensée à vif, entre fragments, chiffres, répétitions, cris et silences. Le titre fait référence à cette heure — 4 h 48 — où, dans l’écriture de Kane, la conscience semble atteindre un point d’extrême lucidité. 
  • 4.48 Psychose sera « excellent » pour ceux dont l’exigence rejoint celle de l’autrice et « difficile » à suivre pour ceux qui cherchent une forme plus classique et légère.

Points forts

  • Jacques Osinski adopte un parti pris : ne pas transformer 4.48 Psychose en simple texte littéraire ou poème récité. Le metteur en scène revendique au contraire une œuvre véritablement théâtrale, dans laquelle il faut « affronter » concrètement l’enfermement et la psychose. 
  • La scénographie vidéo de Yann Chapotel et les lumières de Catherine Verheyde participent à cette exploration des frontières entre intérieur et extérieur, présence et disparition. La vidéo permet notamment de faire surgir cette figure du médecin, à la fois interlocuteur, recours et source de trahison, et magnifiquement interprété par Frédéric Leidgens.
  • Enfin, la nouvelle traduction de Vanasay Khamphommala offre l'occasion de redécouvrir un texte qui, vingt-cinq ans après sa création, peut être regardé indépendamment du destin tragique de son autrice. 
  • Sandrine Bonnaire, seule en scène, devient la chambre d’écho de toutes ces voix intérieures. Un choix qui donne au texte une dimension particulièrement physique : il ne s’agit pas seulement de dire la folie, mais de tenter de l’incarner.
  • Jacques Osinski choisit de faire de cette partition une « symphonie solo », confiée à Sandrine Bonnaire, tandis que l’image d’un médecin, incarné à l’écran par Frédéric Leidgens, vient ponctuer le face-à-face avec soi-même. 

Quelques réserves

  • Cette œuvre ne cherche évidemment pas la facilité. 4.48 Psychose peut dérouter, voire éprouver. L’absence d'intrigue classique, de personnages clairement définis et de repères narratifs impose au spectateur d'accepter de se perdre.
  • L’intensité du texte devient alors une forme de monotonie et certains peuvent fragments paraissent hermétiques. Tout dépend de la capacité du spectateur à ressentir cette tension dramatique là où Sarah Kane a volontairement fait éclater les codes traditionnels du théâtre.

Encore un mot...

  • Il serait réducteur de considérer 4.48 Psychose comme le testament d’une jeune autrice morte prématurément. Jacques Osinski veut justement replacer Kane dans le répertoire théâtral. Et c’est sans doute là l’enjeu essentiel de cette reprise : ne pas chercher à expliquer Sarah Kane, mais écouter ce que son écriture nous dit encore aujourd’hui. Une parole qui ne demande pas nécessairement à être comprise, mais à être entendue.

Une phrase

  • « 4.48 Psychose est le récit d’une personne qui lutte pour exister, un combat pour la vie. » — Jacques Osinski. 

L'auteur

  • Née en 1971 à Brentwood, Sarah Kane s’impose dès Anéantis, créé au Royal Court de Londres en 1995, et qui provoqua un immense scandale Elle devient l’une des figures majeures du New British Theatre.
  • Elle a écrit cinq pièces : Anéantis, L’Amour de Phèdre, Purifiés, Manque et 4.48 Psychose.
  • Elle se suicide en 1999, à 28 ans. 

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