Anaïs Nin au miroir

Une œuvre labyrinthique
De
Agnès Desarthe d’après L’intemporalité perdue et autres nouvelles d’Anaïs Nin
Mise en scène
Elise Vigier
Avec
Ludmilla Dabo, William Edimo, Nicolas Giret-Famin, Louise Hakim, Dea liane, Makita Samba, Nanténé Traoré, Elise Vigier et le musicien Marc Sens
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Théâtre de La Tempête, la Cartoucherie
Route du Champs-de-manœuvre
75012
Paris
01 43 28 36 36
Jusqu’au 11 Décembre 2022. Du mardi au Samedi 20H; Dimanche 16H

Thème

  • Dans les loges d’un théâtre, des comédiens se préparent avant la représentation d’un spectacle autour des textes d’Anaïs Nin, célèbre égérie des Années folles. Ils répètent les scènes, se prennent au jeu, en invoquant son fantôme et deviennent tour à tour Anaïs Nin. • Certes, certains entendent sa voix et d’autres parviennent même à la voir, mais seule la femme de ménage du théâtre semble avoir réellement “accès“ à elle. Un échange s’instaure entre la jeune écrivaine évanescente des années vingt et la femme contemporaine bien ancrée dans le réel.
  • La relation évolue au fil des différents tableaux, entre rêveries sensuelles filmées en noir et blanc et projetées sur un écran au fond du plateau, et ménage contemporain, grands balais en main, dans le joyeux bazar que les comédiens ne cessent de provoquer en répétant leurs scènes.

Points forts

  • Certains numéros de cabaret sont formidables, et une certaine magie opère à plusieurs reprises. 
  • Les comédiens sont tour à tour drôles, sensuels, érotiques et habités par les fantômes d’Anaïs. La comédienne Ludmilla Dabo arrive à nous captiver et nous emporter dans un “ailleurs“ fantaisiste à chacune de ses apparitions, jusqu’à son interprétation chantée d’un des poèmes érotiques de Nin, qui constitue un véritable moment de grâce.

Quelques réserves

  • La mise en scène en forme de mise en abyme - on passe du théâtre au cinéma, au cabaret, aux numéros d’illusionniste, au flamenco - pour rendre compte de la dimension kaléidoscopique et insaisissable de l’écrivaine, peut en perdre certains. Les temporalités s’échangent, se confondent, se superposent, et chacun joue à être Anaïs. 
  • Soit on se laisse glisser dans ce labyrinthe et l’on arrive peut-être à s’en émouvoir, soit on se perd et l’on peine à saisir l’essentiel du propos. Bien sûr on se raccroche à la fantaisie que mettent les comédiens dans leurs différents numéros, mais quelque chose ne prend pas. On reste spectateur d’un joyeux tourbillon aux multiples facettes et couleurs, sans pour autant être emporté.

Encore un mot...

  • L’écriture d’Anaïs Nin peine à nous parvenir, mais on retiendra certains numéros de cabaret portés par des comédiens habités et impliqués, comme de vrais moments de théâtre.

Une phrase

  • Anaïs Nin : « Ma tête est vide, mais elle est immense. A l’extérieur, elle ne paraît pas si grande, pourtant à l’intérieur…Tout peut y entrer. Tout y entre. Les beautés, les brutalités, les élégances, les ignominies, les frustrations, les saintetés, la douleur, la jalousie, la candeur. »
  • La femme de ménage : « Avoir de l’imagination, c’est s’asseoir dans le métro en face d’un homme qui porte un chapeau gris, regarder le chapeau gris, et que ce gris vous rappelle le gris des rochers de Majorque et celui de l’écorce des vieux oliviers et donc, avoir de l’imagination, c’est voyager tout autour du monde parce que l’homme assis en face de vous dans le métro porte un chapeau gris. Ne pas avoir d’imagination c’est regarder le chapeau gris pendant vingt minutes et remarquer qu’il est tâché, et que bientôt vous allez arriver à la Dixième Rue. »

L'auteur

  • Agnès Desarthe est une autrice de nombreux livres jeunesse et de romans aux éditions de l’Olivier, distingués par de multiples prix. 
  • Elle publia également des essais consacrés à Virginia Woolf, en collaboration avec Geneviève Brissac, et traduisit de l’anglais plus d’une trentaine d’ouvrages dont les nouvelles d’Alice Munro.
  • Elle écrit par ailleurs des chansons pour Michel Lascault et se tourne parfois vers le théâtre.

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