Brèves de comptoir : tournée générale !

« Cons comme la Lune, et jamais une éclipse ! »
De
Jean-Marie Gourio
Mise en scène
Jean-Michel Ribes
Avec
Philippe Duquesne, Nanou Garcia, Gilles Gaston-Dreyfus, Philippe Magnan, Marie-Christine Orry, Philippe Vieux.
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Théâtre de l’Atelier
1, place Charles Dullin
75018
Paris
01 46 06 49 24
Jusqu'au 12 décembre, tous les jours 21 h, le dimanche 15 h

Thème

 • Au Comptoir, six habitué-e-s tuent le temps en s’imbibant consciencieusement. Ils agrémentent le tout de sentences définitives, d’aphorismes de premier cru, et s’expriment sur toutes sortes de sujets : la vie, la mort, la religion, la politique bien sûr, Catherine Deneuve ou le Loto.... sans oublier la peinture (« Si Rembrandt il peignait des deux mains, c’était pour finir plus vite... »)...

• Jean-Marie Gourio nous fait donc déguster sa nouvelle cuvée, il y mêle toutes sortes de cépages, issus de ses récoltes fructueuses au coin des zincs de Paname ou d’ailleurs...

Points forts

 • Les comédiens choisis pour la pièce ont tou-te-s des trognes, des intonations, des mimiques qui cadrent parfaitement avec ces piliers de bistro dont Gourio a su recueillir (et sans doute aussi embellir) les confidences. Chaque personnage possède sa singularité, mis en valeur par le jeu des comédiens et par les brèves qui lui sont attribuées. 

• Les acteurs donnent un surplus comique à des brèves qui n’en ont pas toujours besoin : ainsi quand l’une, craignant de prendre l’avion, affirme que si elle doit monter à bord, elle ira « dans la boîte noire »... Leur talent est utile pour gérer les inévitables « baisses de régime », car certaines formules débitées sont moins drôles que d’autres, mais cela est assez rare. 

• Le travail de l’auteur n’a pas seulement consisté en une sélection – plutôt réussie - de brèves : il s’est appliqué à les agencer les unes aux autres, ce qui donne une certaine linéarité au spectacle. Ce n’est donc ni une litanie ni une mosaïque de bons mots qui s’enchaînent sans logique. 

• Jean-Michel Ribes, de son côté, assure une mise en scène qui souligne l’immobilisme des “laissés-pour-comptoir“ Ces individus  se condamnent à regarder la vie passer, sans embarquer la leur dans les wagons. Des breaks tout à fait bienvenus scandent ainsi la pièce, pour le rappeler et casser la monotonie et la morosité que dégagent ces encalminés de l’existence.

Quelques réserves

• Si les formules sont bien trouvées et bien agencées, il n’en reste pas moins qu’elles ne peuvent faire intrigue. La dynamique de la pièce n’est ici produite que par la variété et la succession des thèmes abordés, de sorte qu’il n’y a aucune relation entre les personnages, quoique fort typés, en dehors des apostrophes qu’ils s’envoient, mais qu’ils auraient pu tout aussi bien adresser à n’importe qui. 

• On peut donc se lasser paradoxalement des brèves successives, et regretter qu’il n’y ait pas plus de « liant » entre elles, et entre les personnages. Le procédé des Brèves de comptoir trouve ici sa limite, et si l’on est bien conscient qu’il respecte la règle du jeu fixée, on peut regretter les restrictions que le spectacle s’impose et nous impose. 

Encore un mot...

Les brèves de comptoir constituent un observatoire d’une population enfermée dans la banalité, l’ennui et surtout paralysée par la peur de sortir (du café), voire par la peur tout court. La protection et la sécurité du Comptoir, tout à la fois contenant où se noue une sociabilité (avec ses rôles et ses surnoms), et contenu (par la quantité d’alcool ingurgitée) leur est plus précieuse que tout. Ce que résume bien Cyclope en déclarant « Le Beaujolais nouveau est tellement arrivé que ma femme est partie... »). 

• L’intérêt de ces brèves touche aussi aux formes variées du comiques qu’elles développent : on passe de l’ignorance crasse (« Au Japon, c’est des mœurs orientales, les femmes restent au harem.. ») à une cruelle lucidité (« Ils habitent du côté de la Cité des Sciences... mais ça se voir pas »), ou à une perception littérale de formules (voir leur analyse désopilante du « cancer du chômage »). Du reste, certains paradoxes mériteraient même un examen plus attentif (« C’est quand on y pense pas qu’on réfléchit le plus »), quand d’autres touchent à la métaphysique (« Si Dieu meurt, c’est Jésus qui hérite de tout »), et même à la poésie. On voit bien comment fonctionne le comique, par la surprise provoquée chez l’auditeur, soudain interpellé sur « le coût du chemin de Saint-Jacques de Compostelle... en taxi » !

Une phrase

“Cyclope“ [à la cantonade] : « La prison, des fois ça passe vite, des fois ça passe lentement : c’est ça la justice à deux vitesses... »

L'auteur

• Jean-Marie Gourio (né en 1956) intègre à vingt ans l’équipe d’Hara Kiri, puis il travaille avec diverses figures de proue du comique français, comme Luis Rego, ou Jean-Yves Lafesse (récemment décédé... à Vannes). Gourio prête son talent à des émissions télévisées devenues cultes (Les guignols de l’Info, Merci Bernard, Palace, où il croise Jean-Michel Ribes). Il s’est également acoquiné avec le dessinateur Vuillemin pour produire l’une des bandes dessinées les plus scandaleuses de son temps (Hitler = SS), par l’absence de limites qu’elle s’autorise. 

• L’originalité des ses Brèves de comptoir (prix de l’humour noir en 1994 puis 1998) est saluée par un grand succès éditorial, et une publication dans la collection “Bouquins“ chez Laffont.

• Gourio cesse sa collecte de brèves après l’attentat contre Charlie Hebdo, et se consacre désormais plus spécifiquement à l’écriture de romans, travail entamé depuis Autopsie d’un nain en 1987.

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