Edouard III
Durée : 3h10 avec entracte
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Thème
W. Shakespeare s’appuie ici sur des événements historiques marquants du règne d’Édouard III, notamment les grandes batailles de la Guerre de Cent Ans, pour retracer la vie d’un souverain victorieux de toutes les guerres qu’il a entreprises (en Écosse, en Bretagne et en France), et qui a eu un règne exceptionnellement long (un demi-siècle).
Au début du premier acte, le jeune Roi Édouard demande des explications sur sa généalogie : en France, à la mort du roi Charles IV (1328), dernier des fils de Philippe Le Bel, la lignée des Capétiens se retrouve sans descendant masculin pour occuper le trône. Pour éviter de transmettre la couronne à Isabelle, la fille de Philippe Le Bel mariée au roi d’Angleterre Edouard II, une ancienne loi du Moyen-Âge datant du Vème siècle est exhumée par les nobles français, la loi salique, interdisant aux femmes de régner en France.
La manoeuvre aboutit au couronnement de Philippe VI, cousin du dernier Roi, et le début de la dynastie des Valois. Or, Isabelle est la mère d’Édouard III, qui serait donc l’héritier légitime de la couronne de France selon les lois successorales habituelles si Isabelle avait pu régner. Dans la pièce, quand le jeune Édouard l’apprend, il décide immédiatement de reprendre possession par la force de ce qu’il considère comme ses terres. C’est le début de la Guerre de Cent Ans.
Avant de partir pour la France, Édouard décide de faire un détour par le Nord de l’Angleterre pour libérer le château de Roxborough encerclé par l’armée écossaise, et dont la Comtesse de Salisbury est prisonnière. Il tombe amoureux d’elle au premier regard mais la comtesse est mariée. Il s’agit d’un amour coupable dont dès le début il comprend qu’il aura du mal à se dépêtrer. Le Roi part ensuite à la guerre, avec une énergie et une soif de conquête immenses, et où les sentiments n’auront plus de place, hormis ceux d’un père pour son fils.
Les Français sont arrogants, sûrs de leur victoire, et représentés comme de bons vivants, le roi Jean préférant terminer son repas plutôt que de s’activer pour se préparer à la guerre. Ainsi, à chacune des batailles, les Anglais l’emportent. La pièce s’achève avec le retour du Prince Édouard. Le Roi est fier de ce fils, mis à l’épreuve à de nombreuses reprises, et de son courage.
Points forts
Le texte complexe et riche dans son contenu et par l’histoire qu’il raconte en pleine Guerre de Cent ans, une belle langue bien dite, bien traduite, et mise en scène avec vigueur.
Comédiens et comédiennes représentent une belle diversité de personnalités et d’origines, la mise en scène est très réussie, les scènes d’amour émouvantes et poignantes, les scènes de guerre se rapprochent souvent de la chorégraphie, l’humour est présent, entre farce et bande dessinée. Au fil de la pièce revient ainsi régulièrement une critique non voilée envers la France et les travers des Français.
Les costumes sont très beaux, mêlant vêtements contemporains simples et costumes d’époque, de beaux gris et noirs et blancs, des matériaux précieux, portés avec élégance.
La pièce elle-même met l’accent sur des valeurs fortes telles que la fidélité, l’honneur, la confiance, le courage, la clémence, qui soulignent l’humanité des personnages.
Quelques réserves
- La deuxième partie est un peu longue, et l’on a parfois du mal à suivre les péripéties des combats rapportés par les différents messagers.
Encore un mot...
Cette belle pièce nous ramène à des réflexions de notre époque sur la paix et la guerre, sur le rôle des femmes, notamment la comtesse de Salisbury qui a le courage de résister aux avances du roi Edouard et de lui dire non malgré son insistance et celle de son propre père. Le personnage de Philippa, l’épouse du roi Edouard, est également exemplaire, qui réussit à faire accepter au roi d’adopter la clémence envers les bourgeois de Calais venus se rendre pour sauver leur ville.
Le sort de Calais illustre aussi la souffrance des « pauvres hères » en vêtements contemporains, dont on comprend la référence aux réfugiés qui vivent dans des camps d’hébergement. Tous ces éléments étant suggérés, au public d’y apporter sa propre compréhension.
Une phrase
« Quel fol amour nous prend ? »
« Que ma faute soit la gloire de ton honneur. »
« C’est une grande affaire d’établir la paix. »
L'auteur
William Shakespeare est un dramaturge, poète et acteur anglais né le 26 avril 1564 à Stratford-upon-Avon, et mort le 23 avril 1616 dans la même ville. Surnommé « le Barde », il est considéré comme l'un des plus grands poètes et dramaturges de langue anglaise. Son œuvre compte 39 pièces, 154 sonnets et quelques poèmes, dont certains ne lui sont pas attribués de manière certaine. Shakespeare rédige la majeure partie de ses pièces entre 1589 et 1613. Les premières sont surtout des comédies et des pièces historiques, puis il se consacre davantage aux tragédies comme Hamlet, Othello, Le Roi Lear et Macbeth. À la fin de sa vie, il rédige des tragi-comédies et collabore avec d'autres dramaturges. De son vivant, bon nombre de ses pièces sont publiées dans des ouvrages bon marché de qualité variable. En 1623, deux de ses amis éditent le « Premier Folio », un recueil qui comprend presque toute son œuvre théâtrale sous une forme définitive. Ses pièces continuent à être mises en scène, adaptées, redécouvertes et réinterprétées au fil des siècles dans des contextes culturels et politiques variés.
Quelques mots au sujet de Cédric Gourmelon, qui met en scène et interprète ce spectacle. Il se forme à l’école du Théâtre national de Bretagne. Il met en scène des textes contemporains, mais aussi issus du répertoire classique (Marlowe, Sénèque...). Passionné par l’œuvre de Genet, il a mis en scène quatre de ses pièces (Le Condamné à mort, Haute Surveillance, Splendid’s et Le Funambule). Son parcours l’a amené à créer des spectacles à l’étranger, notamment Tailleur pour dames de Feydeau en Russie ou encore Le Déterreur d’après Mohammed Khaïr-Eddine au Maroc. Gourmelon a dirigé de nombreux stages de formation de pratique théâtrale et depuis juillet 2021 il dirige la Comédie de Béthune – Centre dramatique national Hauts-de-France. Lors de son premier mandat, il y crée Corde. raide de Debbie Tucker Green et reprend son spectacle Words…words…words… d’après des textes de Léo Ferré, l’augmentant d’une commande faite à Baptiste Amann. Sa dernière création, Édouard III de Shakespeare, est une œuvre inédite du dramaturge anglais.
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