En attendant Godot
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Thème
Vladimir et Estragon, deux vagabonds, attendent un mystérieux Godot, qui ne vient jamais. Au cœur de la pièce se trouve une interrogation sur l’existence, le temps et le sens de la vie.
Dans ce vide, se révèlent les questionnements universels sur l’absurdité, la solitude et l’espoir fragile. Beckett offre une vision où le quotidien se répète, où l’attente devient une fin en soi, et où les dialogues, souvent circulaires et déconcertants, reflètent l’absurdité de l’existence humaine.
Points forts
L’enjeu de la pièce, repose, pour le metteur en scène, sur sa capacité à rendre vivant l’absurde sans sombrer dans l’ennui. Jacques Osinski, qui aura attendu trente ans avant de monter En attendant Godot, choisit pour cela la version de San Quentin, version à laquelle Beckett participa et qu’il valida en 1984.
Les comédiens réussissent à capturer l’humour noir et la poésie des dialogues de Beckett, offrant des moments à la fois drôles et profondément mélancoliques. Les silences sont chargés de tension et la gestuelle subtile ajoute une dimension physique à la pièce, rappelant que l’absurde se vit autant qu’il se dit.
On se souvient du travail d’Osinski avec Denis Lavant sur Fin de partie ici même. La magie agit de nouveau et l’acteur chéri de Léo Carax forme avec Jacques Bonnafé un couple irrésistible. Aurélien Recoing et Peter Bonke se fondent également avec grâce dans l’univers du dramaturge.
La scénographie du Théâtre de l’Atelier joue avec la simplicité du décor : un arbre, un chemin et le vide, symboles parfaits de l’attente et de la vacuité.
Le choix de rythmer la pièce avec un tempo précis permet de maintenir le spectateur dans une oscillation entre rire et réflexion. On ressort de la salle avec la conscience que, derrière l’humour et l’errance des personnages, se cache une méditation sur la condition humaine.
Quelques réserves
- On est souvent chez Becket sur le fil du rasoir … L’humour absurde, subtil et parfois elliptique, nécessite d’être attentif à la nuance et à l’apparente banalité de certains échanges.
Encore un mot...
En attendant Godot reste une expérience théâtrale unique : ce n’est pas l’arrivée de Godot qui importe, mais ce que nous faisons en attendant (qu’il n’arrive pas). La pièce rappelle que le théâtre peut être à la fois drôle, dérangeant et profondément humain.
On sort de ce spectacle avec un mélange de sourire et de vertige, conscients que ce que nous attendons peut ne jamais arriver, mais que l’attente elle-même, lorsqu’elle est aussi bien jouée, mérite d’être vécue. Une pièce qui continue de bousculer, questionner et captiver.
Une phrase
- ESTRAGON : « Il devrait être là.
VLADIMIR : Il n'a pas dit fenne qu'il viendrait.
ESTRAGON : Et s'il ne vient pas ?
VLADIMIR : Nous reviendrons demain.
ESTRAGON : Et puis après-demain.
VLADIMIR : Peut-être.
ESTRAGON : Et ainsi de suite.
VLADIMIR : C'est-à-dire ?
ESTRAGON : Jusqu'à ce qu'il vienne.
VLADIMIR : Tu es impitoyable.
ESTRAGON : Nous sommes déjà venus hier.
VLADIMIR : Ah non, là tu te goures !
ESTRAGON : Qu'est-ce que nous avons fait hier ?
VLADIMIR : Ce que nous avons fait hier ?
ESTRAGON : Oui.
VLADIMIR : Ma foi.... [se fâchant]. Pour jeter le doute, à toi le pompon !
ESTRAGON : Pour moi, nous étions ici. »
L'auteur
Samuel Beckett, né en 1906 à Dublin, est mort à Paris en 1989. Ecrivain (Molloy, Malone meurt, L’innommable …) et poète, c’est pour son œuvre dramaturgique qu’il est le plus connu, avec cette pièce, qui est l’un des sommets du théâtre de l’absurde.
Son œuvre, austère et minimaliste reflète un profond pessimisme face à la condition humaine. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1969 pour « son œuvre, qui à travers un renouvellement des formes du roman et du théâtre, prend son élévation dans la destitution de l’homme moderne. »
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