La cuisse du steward

Scènes de ménage dans la Cordillère des Andes
De
Jean-Michel Ribes
Mise en scène
Joséphine de Meaux et Mériam Korichi
Avec
Bastien Ehouzan, Robert Hatisti, Joséphine de Meaux, Martin Tronquart, Jean-Luc Vincent.
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre du Rond-Point
01 44 95 98 21
Du 13 septembre au 9 octobre à 20h30, sauf les lundi, les 18 septembre et 1er octobre ; les dimanche à 15h30.

Thème

  • Nous sommes dans les sommets de la Cordillère des Andes, où Lionel Barnette, universitaire spécialiste du vivant, et sa femme Yvonne, pâtissière en Indre-et-Loire, paraissent abandonnés à leur triste et glacial sort... Les autres passagers ont, semble-t-il, péri, ce qui, ajouté aux innombrables quart de bouteilles de Champagne, leur fournit une nourriture qui change un peu des 1600 sachets de cacahuètes salées récupérés par les deux rescapés...
  • Comme Lionel manque résolument de « moelleux » envers sa femme, les motifs de dispute au sein du couple se multiplient. Mais voici qu’émergent des sommets brumeux et enneigés deux autres survivants : le révolutionnaire exalté Jack Toups, qui, malgré son allergie à la langue espagnole, se rêve en libérateur du Putschicador ; il est accompagné par Bob Chicanetto, un chanteur de troisième zone, qui entend composer et interpréter l’hymne du futur régime, une fois la République bananière renversée.

Points forts

  • D’abord et évidemment, il y a le sujet et les dialogues, pétris d’un humour noir, macabre, sans aucune limite ou presque, à quoi vient s’ajouter un parfum d’absurde qui plane sur toute la pièce. On identifie sans peine des militaires sud-américains, ersatz de général Tapioca ou Alcazar, avec leurs variantes plus sinistres encore (Pinochet ou Videla), et des idéalistes révolutionnaires à la Régis Debray, égarés dans la jungle de contrées qui ne correspondent pas plus à l’idée qu’ils s’en font qu’à leurs convictions aussi généreuses que radicales.
  • Ensuite le jeu des comédiens, qui donnent tout et toute la mesure de leur potentiel comique. Le plus remarquable est qu’ils le font non seulement lorsqu’ils s’expriment, mais aussi et surtout quand ils se taisent et ne tiennent pas le devant de la scène. De ce point de vue, les performances des trois principaux rôles masculins - Bastien Ehouzan, Robert Hatisti, Jean-Luc Vincent - et notamment celle du dernier doivent être saluées : les regarder jouer en silence alors qu’ils évoluent à l’arrière-plan est un pur régal comique. 

Quelques réserves

  • Les circonstances, en l’occurrence l’abondance de fumigènes, qui ont déclenché une alerte incident puis l’évacuation de la salle à deux reprises. 
  • Le spectacle était tellement “barré“ que nombre de spectateurs - dont votre serviteur - ont cru qu’il s’agissait d’une fin en queue de poisson concoctée par les metteuses en scène pour clore la représentation ! En même temps, avec ce diable de Ribes, allez savoir !

Encore un mot...

  • Jean-Michel Ribes a parfaitement saisi que, même au risque de se planter, le comique peut et doit tout s’autoriser. En effet, la pièce se réfère à un épisode des plus scabreux, en l’occurrence les cas d’anthropophagie suite à l’écrasement du vol Fuerza Aera Uruguaya 571 le 13 (était-ce un vendredi ?) octobre 1972 dans la cordillère des Andes, alors que l’avion tentait de joindre Santiago du Chili en partant de Montevideo.
  • Mais quand le talent est là, même l’horrible peut devenir du risible..

Une phrase

Yvonne : « Regarde dans la glacière, il reste pas du footballeur ?
Lionel [implorant] : Donne-moi un bout, un tout p’tit bout de la cuisse du steward... »
Yvonne [catégorique] : Non ! Je la garde pour Noël... »

L'auteur

  • Faut-il présenter le dramaturge (une vingtaine de pièces), metteur en scène, cinéaste et réalisateur télé d’émissions cultes comme Palace ou Merci Bernard), pour ne rien dire de l’(ex-) directeur théâtral qu’est Jean-Michel Ribes ? 
  • Contentons-nous de rappeler que cet extraordinaire créateur s’est toujours intéressé de très près au rire, ayant publié Le Rire de résistance en deux volumes, imposant et indispensable ouvrage pour qui veut comprendre les ressorts et les fonctions du comique depuis ses premières manifestations.
  • Dans ces conditions, sa Cuisse du steward est une mise en oeuvre, qui a été donnée pour la première fois sous sa direction en septembre 1990, avant de devenir un “classique“ mis en scène par d’autres.

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