La Ménagerie de verre

Une famille dans tous ses éclats
De
Tennessee Williams
Traduction française Isabelle Famchon
Durée : 2h10
Mise en scène
Ivo van Hove
Avec
Isabelle Huppert, Justine Bachelet, Cyril Gueï, Antoine Reinartz
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Odéon Théâtre de l’Europe
Place de l'Odéon
75006
Paris
01 44 85 40 40
Jusqu’au 22 décembre

Thème

  • Tom se souvient de ses débuts dans la vie : ouvrier dans une fabrique de chaussures, il ne rêvait que d’ailleurs, d’aventures, de rencontres, de cinéma. Son maigre salaire faisait vivre sa mère Amanda, femme fantasque mais réaliste, et sa sœur Laura, une jeune fille différente, recluse, en admiration devant sa collection de petits animaux en verroterie. 
  • Un soir, Tom a invité à dîner Jim, un collègue. Amanda s’est alors prise à rêver : et si Jim tombait amoureux de Laura ...

Points forts

  • Le décor, grand parallélépipède maronnasse, sur les murs duquel apparaissent des ébauches de visages, irréels comme des souvenirs, est totalement dépourvu de mobilier. L’effet est saisissant. • Durant toute la représentation, on a la sensation de regarder un vivarium couleur de terre dans lequel s’agitent non pas une ménagerie de verre, mais des petits animaux de chair et de sang, pétris de rêve et de réalité, tiraillés entre leur désir d’absolu et leurs petites misères humaines, leur volonté de vivre pleinement et leurs peines à survivre, leur besoin éperdu d’être aimé et leur facilité à faire souffrir les autres. L’image que propose Ivo van Hove est passionnante.
  • Marmoréenne, Isabelle Huppert ? Pas cette fois, en tout cas ! Elle s’agite comme un pantin désarticulé avec la force que donne le désespoir, traverse le plateau de cour à jardin, de jardin à cour, à petits pas, à toute vitesse, s’étourdit de paroles, de mots, de phrases, de souvenirs, de rêves… Mère courage au bout du rouleau, elle câline ses petits ou les rudoie, pousse sa fille à sortir de son cocon et tente de retenir son fils à l’âme fugueuse. Elle livre, en fait, son dernier combat. Et, lorsqu’avant le rideau final elle perd tout espoir, rattrapée qu’elle est par l’échec de sa vie, le masque tombe brutalement. Finie la comédie de l’existence ! Le cri qu’elle pousse alors est celui d’une bête. Une composition magistrale.
  • Avec sa voix bien timbrée et sa sensibilité singulière, Justine Bachelet apporte à Laura une étrangeté que le personnage exige. Et dans le rôle difficile de son frère, présent sur le plateau mais déjà tellement absent, Antoine Reinartz donne à voir tous les contours du paradoxe. Narrateur de la pièce qui se joue dans sa boîte crânienne, Tom est en fait le seul être réel, les autres n’étant que des fantômes qu’il convoque.
  • À première vue, faire jouer Jim à Cyril Gueï - au demeurant excellent comédien tant il fait ressortir la gentillesse profonde et la grande bienveillance de son personnage - peut sembler un contre-sens. Mais désormais, au théâtre, certains metteurs en scène ne parlent plus d’emploi, ni même de contre-emploi ; ils ignorent superbement toutes ces notions. Et pourquoi pas ?

Quelques réserves

• Le soir ou nous avons vu la pièce (le mardi 29 novembre), les dialogues étaient en grande partie inaudibles, même au onzième rang de l’orchestre, à l’exception de la magnifique scène entre Jim et Laura. Problème technique rencontré par le régisseur son ? Décor trop fermé, trop absorbant, qui empêche les voix des comédiens de passer la rampe ? Parti pris volontaire de la mise en scène ? On ne sait. À l’issue de la représentation, les spectateurs étaient nombreux à s’interroger sur le parvis du théâtre, désarçonnés. On le serait à moins…

Encore un mot...

Très autobiographique, La Ménagerie de verre contient déjà tous les grands thèmes qui hanteront le  théâtre de Tennessee Williams.

Une phrase

Laura : « Maman a peur que je reste vieille fille… »

L'auteur

  • Né en 1911 dans le Mississipi et mort à New York en 1983, Tennessee Williams est l’un des plus grands dramaturges américains du XXe siècle. Ses pièces aux titres magiques - Un tramway nommé désir, La Chatte sur un toit brûlant, Doux oiseau de la jeunesse, Soudain l’été dernier - écrites dans un style à la fois poétique et réaliste, mettent en scène des hommes trop tendres ou trop brutaux, et des femmes mûres, vieillissantes, tous écartelés entre leurs aspirations extrêmes, entre le ciel et la terre.
  • Première de ses pièces, La Ménagerie de verre, créée à Chicago en 1944, apportera à Tennessee Williams son premier triomphe international d’auteur dramatique. Désormais un classique, la pièce est jouée dans le monde entier, et montée très régulièrement en France.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Toujours à l'affiche

Théâtre
Je pars sans moi
De
Johanna Korthals Altes et Isabelle Lafon (inspiré des œuvres du psychiatre Gaetan de Clérambault et des écrits de Fernand Deligny)