Thêatre-Spectacles

Le Canard Sauvage

De Henrik Ibsen
Mise en scène : Stéphane Braunschweig
Avec Susanne Aubert, Christophe Brault, Rodolphe Congé, Claude Duparfait, Luce Mouchel, Charlie Nelson, Thierry Parret, Chloé Réjon.

Et la participation de Jean-Marie Winling. Tous méritent d'être cités tant ils sont remarquables.

Infos & réservation

Théâtre de la Colline
Tél. : 01 44 62 52 52
http://www.colline.fr
Jusqu'au 15 février
Tags :

Lu / Vu par

Jacques Paugam
Publié le 20 jan . 2014

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Voilà un premier grand bonheur théâtral, en ce début d'année.

Thème

Dans la carrière de Henrik Ibsen, "LE CANARD SAUVAGE" est une oeuvre de la maturité. Le grand dramaturge norvégien a 56 ans lorsqu'il publie cette pièce, en 1884, 23 ans après "PEER GYNT", 15 ans après "LA MAISON DE POUPÉE", mais 6 ans encore avant "HEDDA GABLER". 

La pièce raconte les retrouvailles tumultueuses et dramatiques entre deux amis de jeunesse qui disent tous les deux avoir une mission à accomplir dans leur vie et qui, dans leur fanatisme, leur orgueil ou leur hypocrisie, vont être écrasés par leur passé.

Points forts

  • Un ton direct, simple, dans la vie, percutant.
  • Une remarquable construction théâtrale: en dix minutes toutes les données de l'intrigue sont rassemblées avec une charge explosive oppressante. Ensuite, tout se développe avec une logique implacable, celle d'êtres humains prisonniers de leur idéal comme de leur petite turpitude, sans que l'on sache parfois si l'idéal invoqué n'est pas lui-même le paravent d'autres turpitudes.

    C'est un texte décapant sur la pâte humaine. Avec ce constat qu'en dehors de quelques moments d'exception où les êtres ordinaires se hissent au-dessus d'eux-mêmes, leur passé envahit presque toujours leur présent avec son poids accablant de rancoeurs et de haines.

    Les personnages d'Ibsen sont rarement des personnages simples même s'ils paraissent lisses, et on comprend que Freud se soit beaucoup intéressé à lui.

   

  • Plusieurs personnages sont impressionnants. Vous n'oublierez pas de si tôt cette jeune adolescente, seule figure limpide sans doute de cette pièce et qui le paiera de sa vie.
  • La mise en scène est admirable de rigueur et de force continuellement maîtrisée. Normalien converti au théâtre, Stéphane Braunschweig est, de mon point de vue, l'un des dix meilleurs metteurs en scène français de théâtre et d'opéra. Sa rigueur coutumière rencontre ici, fort opportunément, celle d'Ibsen, qu'il connaît bien pour avoir, entre autres, monté "PEER GYNT", en 1996, et "BRAND", en 2005.
  • La distribution, portée par le texte et les qualités de directeur d'acteurs de Braunschweig, est exceptionnelle. S'il ne fallait, injustement, ne retenir qu' un nom, je citerai celui de Suzanne Aubert, époustouflante dans le rôle d'Hedvig, la jeune ado de 14 ans, sacrifiée à la vanité et à l'égoïsme de son père. Pas à un seul moment, on a l'impression qu'elle joue. Du grand art!

Points faibles

  • Pour chercher la petite bête, je parlerai de cette idée de scène en plan de plus en plus incliné, ce qui ne fait que rendre de plus en plus difficile le jeu des acteurs. Mais ils s'en sortent très bien...
  • La pièce pourrait peut-être durer 1/4 heure de moins, grappillé ici et là.

En deux mots ...

  • C'est extraordinaire de penser que cette oeuvre, qui nous parle de nous de façon aussi actuelle qu'universelle, ait été écrite il y a 130 ans...
  • Reste qu'on n'est pas obligé de partager la thèse qui la sous-tend et que développe avec un désabusement hyper-réaliste le personnage très moderne du médecin, quand il dénonce les dangers de la recherche d'une "transparence aiguë" et défend l'idée de laisser les hommes ordinaires survivre grâce au "mensonge vital" qu'ils ont su entretenir en eux-mêmes, non seulement pour faire bonne figure vis à vis des autres mais surtout pour se supporter et supporter leur vie. Sombre, sombre...
     

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