Le guide du parfait gentleman assassin

Meurtre, raffinement et humour très british : une délicieuse leçon de savoir-vivre … avec quelques cadavres en prime
De
Robert L. Freeman & Steven Lutvak
Durée : 2h20 (avec un entracte de 15 minutes)
Mise en scène
Virginie Lemoine
Avec
Gaétan Borg, Benoît Cauden, Camille Nicolas, Emma Brazeilles, Sandrine Montcoudiol, Carole Deffit, Anne-Laure Triebel, Rachel Pignot, Guillaume Beaujolais, Jeremy Petit, Hervé Lewandowski
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre du Palais-Royal
38, rue de Montpensier
75001
Paris
01 42 97 40 00
Du 21 août au 20 décembre 2026, du mardi au samedi à 20h30

Thème

  • Londres, 1906. Monty Navarro est jeune, séduisant, désargenté, et surtout très loin des privilèges de l’aristocratie dont il pourrait pourtant se réclamer. Un jour, il apprend qu’il est le huitième héritier d’une immense fortune et d’un titre de comte : excellente nouvelle… à ceci près que huit personnes le précèdent dans l’ordre de succession.

  • Monty va donc entreprendre de raccourcir cette liste. Méthodiquement, élégamment, presque courtoisement. Les membres de la famille D’Ysquith vont disparaître les uns après les autres, victimes de morts aussi improbables que soigneusement organisées. Et comme si cette entreprise criminelle ne suffisait pas, Monty doit composer avec deux femmes : Sibella, sa maîtresse ambitieuse, et Phoebe D’Ysquith, jeune aristocrate beaucoup plus convenable.

  • Mais derrière cette mécanique de vaudeville macabre, c’est surtout la satire sociale qui fait mouche : dans cette Angleterre corsetée, l’argent, la naissance et les apparences valent parfois davantage que la morale. Pour monter dans l’échelle sociale, Monty n’a finalement qu’un problème : quelques héritiers encore vivants.

Points forts

  • Le spectacle est littéralement porté par une  troupe exceptionnelle. Gaétan Borg donne à Monty un mélange réjouissant de charme, d’innocence et de cynisme. Mais la performance la plus spectaculaire revient à Benoît Cauden, qui interprète à lui seul les différents membres de la famille D’Ysquith. Un véritable marathon théâtral et vestimentaire, qui constitue l’un des grands plaisirs du spectacle.

  • La mise en scène de Virginie Lemoine est tout aussi remarquable, qui joue à fond la carte de l’élégance britannique tout en laissant entrer la folie par la fenêtre. Les changements de décor, les projections et les mouvements chorégraphiques s’enchaînent avec une fluidité impressionnante. Le dossier de presse revendique d’ailleurs un univers situé quelque part entre Jules Verne, Edgar Poe et Groucho Marx : une promesse tenue.

  • La musique de Steven Lutvak est interprétée live par trois musiciens. Les comédiens-chanteurs doivent affronter une partition exigeante, mêlant musique classique et comédie musicale. Le résultat est d’une belle finesse, loin du musical tonitruant.

  • Enfin, on se régale de l’humour noir, absurde, so british et délicieusement immoral. On rit précisément parce que les personnages prennent leurs crimes avec un sérieux absolument désarmant.

Quelques réserves

  • Il faut bien chercher pour en trouver tout au long des 2h20 que dure le spectacle. 

Encore un mot...

  • Adapté du musical américain A Gentleman’s Guide to Love & Murder, créé à Broadway en 2013, le spectacle est lui-même inspiré du roman de Roy Horniman. 

  • Il faut surtout saluer le pari : faire découvrir au public français une comédie musicale de Broadway qui n’est ni une énorme machine à effets, ni la simple transposition d’un succès américain. Stéphane Laporte signe une adaptation française particulièrement soignée, tandis que Virginie Lemoine lui apporte ce supplément de folie qui permet à l’œuvre de trouver son ton sur la scène du Palais-Royal.

Une phrase

  • Pour donner le ton de cette étrange philosophie de vie, Monty résume assez bien son état d’esprit lorsqu’il se retrouve avec du poison dans sa poche : « I am sitting here with poison in my pocket. »… Une phrase qui, dans une autre bouche, serait inquiétante. Chez Monty, elle devient presque une règle de savoir-vivre.

L'auteur

  • Robert L. Freedman, né à Los Angeles, est dramaturge, scénariste et auteur de comédies musicales. Formé à UCLA puis à la Tisch School of the Arts de l’Université de New York, il y rencontre notamment Steven Lutvak, avec lequel il va entreprendre une longue collaboration. Pour A Gentleman’s Guide to Love & Murder, Freedman signe le livret et cosigne les paroles avec Lutvak. Son travail lui vaut notamment le Tony Award de la meilleure comédie musicale et du meilleur livret en 2014, ainsi que les Drama Desk et Outer Critics Circle Awards dans la première catégorie.

  • Né dans le Bronx à New York en 1959, Steven Lutvak était compositeur, auteur-compositeur, pianiste et interprète. Après des études de musique à l’université de Binghamton, il intègre en 1981 le tout premier cursus d’écriture de comédie musicale de la Tisch School of the Arts de l’Université de New York, où il rencontre Robert L. Freedman, son futur complice. Lutvak compose plusieurs comédies musicales, mais c'est avec A Gentleman’s Guide to Love and Murder, créé à Broadway en 2013 avec un livret de Robert L. Freedman, qu'il connaît la consécration. Il en compose la musique et coécrit les paroles. Il reçoit notamment le Drama Desk Award des meilleures paroles et est nommé au Tony Award de la meilleure partition originale.

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