Le Temps et la Chambre

Jouez le jeu, vous ne le regretterez pas
De
Botho Strauss
Mise en scène
Alain Françon
Avec
Georgia Scalliet, Jacques Weber, Wladimir Yordanoff
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Parce qu’elle bouscule les codes de la narration, parce qu’elle ne fait appel à aucune émotion, parce que ses « personnages » peuvent être considérés plus comme des « figures » que comme des êtres de chair et d’esprit, « Le Temps et la Chambre » est une pièce difficile à résumer.

Quand le rideau (imaginaire) se lève, deux êtres de sexe masculin, Julius et Olaf ( Jacques Weber et Gilles Privat)  devisent sur ce qu’ils voient (croient voir) dans le contre-bas de la pièce où ils se trouvent et qui est peut-être une chambre (comme le titre le suggère) ou un hall d’hôtel. Quoiqu’il en soit, ces deux là aperçoivent soudain une femme. A peine l’ont-ils décrite, qu’elle apparaît, comme par magie, dans le chambranle d’une porte… Cette femme (Giorgia Scalliet, de la Comédie Française), nommée Marie Steuber par Botho Strauss, sera, à cet instant de son apparition et jusqu’au baisser de rideau ( toujours imaginaire), le pivot féminin de la pièce. 

Selon les figures masculines qui viendront se croiser dans ce lieu,  on ne sait ni comment ni pourquoi, cette Marie Steuber, sans âge ni biographie définis, apparaîtra tour à tour, comme " une" représentation imaginaire possible de " la" femme: maîtresse, putain, cliente d’hôtel, voyageuse,femme d’affaires, et même, meurtrière  en devenir…

Toute la pièce va se jouer comme si tous ces « personnages » se rencontraient, se heurtaient, se frottaient, s‘évitaient ou se repoussaient de façon totalement aléatoire, un peu comme des particules prises dans un champ magnétique.

Aussi étrange que cela puisse paraître, au milieu de toutes  ces  rencontres  fragmentaires, parfois furtives, et qui arrivent et s’enchainent sans logique apparente, « le Temps et la Chambre » est une pièce  qui, de façon assez inexplicable, va parler avec gravité, mais aussi humour et fantaisie, de  la folie et de la perte de repères du monde d’aujourd’hui.

Points forts

- La pièce en elle même. Elle est à la fois mystérieuse et, si on accepte son étrangeté, accessible.  On ne comprend pas très bien comment Botho Strauss l’a bâtie, mais le fait est qu’elle arrive à montrer, avec une belle acuité et une tendre férocité, ce qu’est devenue la société occidentale aujourd’hui, une société en  perpétuel mouvement, mais qui s’agite de façon désordonnée, qui croit penser et réfléchir, mais ne se comprend pas; une société aussi, dont les manques et les ratages fabriquent parfois de la cocasserie, de l’absurdité, et une drôlerie à mourir.

- La traduction de Michel Vinaver. Elle est tellement fluide, tellement musicale, tellement parfaite, qu’on a l’impression que la pièce a été écrite directement en français.

- La  distribution. Elle est aussi juste qu’excellente. Tous les  comédiens mériteraient d’être cités. A défaut, par manque de place, on se contentera de nommer celle qui ne quitte pratiquement pas le plateau,et joue  sous l’identité de Marie Steuber: la jeune sociétaire de la Comédie Française, Giorgia Scalliet. Son interprétation a une grâce et une vitalité d’un magnétisme rare. Sa performance est d’autant plus admirable que surgissant, pour chacune de ses apparitions, comme de l’imaginaire des figures masculines de la pièce, elle doit jouer avec distanciation, comme en apesanteur, et cela sans perdre une miette de sa force de conviction.     

Quelques réserves

- La pièce. Sans chronologie, sans personnage défini, sans réelle matérialité, elle peut, à tout le moins, déconcerter, au pire, ennuyer.

- Les lumières.  Si elles découpent savamment l’espace, elles laissent trop souvent les comédiens dans l’ombre.

Encore un mot...

Il y avait longtemps qu’Alain Françon désirait monter une pièce de Botho Strauss. S’il a choisi  «  Le Temps et la Chambre », c’est, sans doute  parce que cette pièce était pour lui un formidable matériau de « mise en jeu  et en espace».  Quoi de plus exaltant, pour un metteur en scène, que d’essayer de rendre « lisible », une pièce sans réelle temporalité, qui a pour objectif  de parler de la désorganisation et de la déshumanisation du monde ? Une pièce dont les figures, masculines et féminines, semblent  sortir soudainement du néant et y retourner, tout aussi soudainement, après des confrontations amicales ou hostiles ou indifférentes, et cela en un lieu à la fois circonscrit (une chambre) et impersonnel ? 

Comment faire qu’au milieu de tout ça, le public s’y retrouve et « accroche » ? Alain Françon a réussi son pari. Le soir où nous avons assisté à ce qu’il faut bien appeler une " expérience" théâtrale , un seul spectateur est parti, quelques autres semblaient dormir. La majorité paraissait  subjuguée.

Une phrase

« Le Temps et la Chambre » est une des pièces les plus étranges que je connaisse…C’est une pièce kaléidoscopique. Il semble que Botho Strauss,, ait séparé le temps et l’espace ( la chambre) alors qu’on les considère toujours comme indissociables. On sort ainsi du bâti habituel dans lequel tout doit coïncider et être logique, unifié ». Alain Françon ( metteur en scène).

L'auteur

Né le 2 décembre 1944 à Naumbourg, à la fois dramaturge, romancier, et essayiste, Botho Strauss est aujourd’hui l’un des auteurs allemands les plus joués en Europe.

Il commence par faire des études de germanistique, d’histoire du théâtre et de sociologie à Cologne et à Munich. A 23 ans, il devient critique auprès de la revue « Theater Heute » et à 26, est recruté comme dramaturge par le directeur de la Schaubühne de Berlin, Peter Stein, qu’il n’a jamais quitté. Il commence par traduire et/ou adapter Ibsen, Labiche, Gorki, mais très rapidement, il écrit ses propres pièces, dont notamment, «  La Trilogie du revoir », « Grand et petit » ou encore « Les Sept portes ». La plupart ont pour thème la solitude, l’enfermement ou l’incommunicabilité. Elles sont le reflet de la vie de notre société.

 A ce jour, Botho Strauss est l’auteur de vingt-quatre pièces, d’une trentaine d’ouvrages (à mi-chemin entre roman, philosophie et critique sociale), et de  dizaines d’articles polémiques dans la presse allemande.  

« Le Temps et la Chambre » , mis en scène ici par Alain Françon, a été créé en 1989 par Luc Bondy à la Schaubühne , et en 1991 en France par Patrice Chéreau. En 1992, ce dernier reçut pour sa mise en scène, le Molière  du meilleur spectacle subventionné.

Commentaires

Anne
mar 24/01/2017 - 12:53

Georgia Scalliet est, depuis le 1er janvier, sociétaire et non plus pensionnaire de la Comédie-Française

culture-tops
mar 24/01/2017 - 13:25

Bonjour Anne,

Merci pour votre commentaire.

La modification a été effectuée.

Bonne journée.

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