Les galets au tilleul sont plus petits qu’au Havre

Le spectacle qui fait le plein de vide …
Conception et mise en scène : Claire Laureau et Nicolas Chaigneau
Durée : 1h
Avec
Julien Athonady, Nicolas Chaigneau, Claire Laureau (ou Capucine Baroni), Marie Rual
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre de l’Atelier
1, place Charles Dulin
75018
Paris
01 46 06 49 24
Du 19 septembre au 14 novembre (voir les jours et les horaires sur le site)

Thème

  • Les Galets constitue le premier volet du diptyque Le Vide, dont le second volet est Derrière, consacré cette fois à l’échec. 

  • Nicolas Chaigneau, Claire Laureau et leurs complices s’amusent d’une chose que nous connaissons tous : ces conversations qui n’aboutissent à rien, ces débats qui tournent en rond, ces moments de flottement où l’on ne sait plus très bien pourquoi l’on est là. Avec Les Galets, le vide devient matière théâtrale, chorégraphique, et surtout comique.

  • Car il n’y a pas véritablement d’histoire dans Les Galets au Tilleul sont plus petits qu’au Havre (ce qui rend la baignade bien plus agréable) : c’est là précisément que se situe le sujet.

  • Quatre interprètes se retrouvent dans une succession de situations apparemment banales : discussions interminables, débats sans enjeu, échanges de banalités, petits emballements et moments d’attente. Rien, ou presque, ne semble devoir arriver. Et pourtant, quelque chose se passe.

  • La pièce explore cette fameuse “vacuité“ qui constitue une bonne partie de nos existences sociales : parler pour ne rien dire, argumenter sans véritable objet, s’écouter sans vraiment se comprendre. 

  • Mais le propos n’est jamais désespéré ; au contraire. Nicolas Chaigneau et Claire Laureau cherchent à extraire du banal une part de poésie, de sensibilité et d’absurde. Les mots ne sont d’ailleurs qu’une partie du spectacle : les corps racontent eux aussi, parfois davantage que les dialogues.

Points forts

  • On retrouve comme Derrière, l’humour décalé qui est la marque de fabrique du duo. Il faut accepter de regarder ce que le théâtre laisse habituellement de côté : l’attente, l’inutile, le raté, la répétition. Et c’est là que le spectacle trouve son originalité et sa puissance.

  • Dans ce spectacle, l’on retrouve également le mélange du théâtre et de la danse (et donc de la musique). Les quatre interprètes improvisent avec les mots et composent avec leurs corps. Le mouvement devient parfois une réponse au dialogue, parfois son prolongement, parfois son contrepoint. Le spectacle ne raconte donc pas seulement ce qui se dit : il observe ce qui se passe entre les êtres.

  • Enfin, il y a cette capacité à faire durer l’ordinaire… jusqu’à le rendre extraordinaire. Le projet de Le Vide est justement de ralentir, d’étirer le temps et de jouer avec l’inintérêt pour en révéler les dimensions sensible, absurde et poétique. 

  • Les quatre comédien-ne-s , en parfaite osmose, prêtent leur corps tout entier à cette expérience rare dans le spectacle contemporain, avec un travail sur l’expression orale et corporelle. Ils composent des tableaux et réussissent à donner pleinement vie à des situations à priori sans intérêt.

Quelques réserves

  • Certaines scènes peuvent donner l’impression de piétiner avant que leur mécanique comique n’apparaisse (je pense à celle du slow sur la chanson de Jacques Dutronc). Il faut accepter ce rythme particulier et entrer dans le jeu proposé par les artistes.

  • Mais l’on ne peut s’empêcher de mettre le spectacle en perspective de Derrière et le trouver un tout petit peu moins percutant.

Encore un mot...

  • Cette pièce étonnante nous rappelle, avec une certaine cruauté joyeuse, que l’absurde n’est pas toujours ailleurs : il est souvent assis juste à côté de nous, en train de parler depuis vingt minutes sans avoir encore rien dit.

Une phrase

  • « Débats vains, discours creux, emballements absurdes... »

L'auteur

  • Formés tous deux à la danse contemporaine, Nicolas Chaigneau et Claire Laureau se rencontrent en 2013 au sein de la compagnie havraise La BaZooKa. Leur complicité et leur goût commun pour l’humour les conduisent à créer la compagnie Pjpp en 2015. 

  • Nicolas Chaigneau, formé notamment aux Beaux-Arts de Rouen, puis auprès de Peter Goss, Philippe Tréhet, et au studio Cunningham à New York, développe parallèlement un travail de chorégraphe et d’interprète.

  • Claire Laureau, formée aux conservatoires de Caen et Lyon puis au CNSMD de Paris, a travaillé avec de nombreux chorégraphes avant de codiriger Pjpp avec Nicolas. 

  • Ensemble, ils ont créé notamment Les Déclinaisons de la NavarreLes Galets au Tilleul (...)Les Visites Mal Guidées et Derrière. Depuis 2026, Nicolas dirige seul la compagnie, tandis que Claire poursuit son parcours d’interprète ainsi que ses recherches personnelles.

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