Thêatre-Spectacles

L'Ile des esclaves

De Marivaux
Mise en scène : Benjamin Jungers
Avec Catherine Sauval, Stéphane Varupenne, Nâzim Boudjenah, Jérémy Lopez et Jennifer Decker.

Infos & réservation

La Comédie-Française Studio-Théâtre
Galerie du Carroussel du Louvre 99 rue de Rivoli
75001 Paris
Tél. : 0144589858
http://www.comedie-francaise.fr
jusqu'au 13 avril

Lu / Vu par

Jacques Paugam
Publié le 15 mar . 2014

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Arrivant, à la suite d'un naufrage, sur une île grecque, un homme et une femme bien nés, Iphicrate et Euphrosine, ainsi que le valet de l'un, Arlequin, et la servante de l'autre, Cléanthis, sont contraints par la loi du lieu d'échanger momentanément leurs conditions, pour apprendre à se connaître vraiment et à se respecter les uns les autres.

Points forts

1 Le texte de cette pièce, jouée pour la première fois en 1725, et qui valut à Marivaux son plus grand succès de son vivant, n'a pas pris une ride.

2 Un texte, non seulement d'une grande acuité de fond, mais aussi d'une exceptionnelle élégance de forme. 

3 On reste ébahi devant l'audace qu'a eue Marivaux de mettre ainsi en valeur, à travers cette fable, le fait que nos comportements, nos réactions soient très largement tributaires de nos positions sociales et de dénoncer au passage l'absence de coeur et de considération de beaucoup de gens établis à l'égard de leurs serviteurs, dont il souligne la lucidité et le bon sens: "Ce sont de pauvres gens pour nous", dit ainsi Cléanthis. Lucidité également lorsque ces serviteurs se rendent compte que, revêtissant les habits de leurs maîtres, ils ne se comportent pas mieux qu'eux :" Nous sommes aussi bouffons que nos patrons"...

4 La mise en scène : c'est vraiment étonnant qu'un garçon aussi jeune que Benjamin Jungers fasse preuve d'une telle maîtrise , associée à une telle sobriété et une telle humilité devant le texte.

5 La distribution, exceptionnelle:
- Nazîm Boudjenah joue admirablement, au second degré, le rôle de Trivelin, maître de cérémonie aussi ferme qu'attentif.
-Stéphane Varupenne est très justement sobre dans le rôle du maître, Iphicrate, qui a la malchance, si l'on peut dire, d'avoir un valet, Arlequin, ayant sans doute plus d'envergure que lui.
- Jérémy Lopez, malicieux et effronté, est très attachant dans ce rôle d'Arlequin, dont il exploite toutes les nuances.
- Catherine Sauval est impressionnante de dignité blessée dans le rôle d'Euphrosine, qui a bien du mal à se remettre de la mise en cause de sa supériorité de caste.
- Et puis, il y a Jennifer Decker, époustouflante de naturel, de modernité dans le rôle de Cléanthis, la servante intelligente qui, pour parler français, en a gros sur la patate. Il faut la voir imiter sa maîtresse devant son miroir. Un moment privilégié de théâtre. Elle et Georgia Scalliet sont, à mon avis, les deux plus grands espoirs féminins de la Comédie-Française.

En deux mots ...

1 Quand je pense à tous ces spectacles Marivaux vus depuis cinq ans, "Le Jeu de l'amour et du hasard", "la Dispute", "le Préjugé vaincu", "Les Serments indiscrets", j'en arrive à la conclusion  que Marivaux -cette grâce et cet humour au service de l'intelligence-  est bien le plus grand auteur français de théâtre du XVIII° siècle.

2 Le hasard a fait que trois jours après avoir donc vu "L'Ile des esclaves", j'ai revu "Les Femmes du 6°". Comme quoi, l'une des sources essentielles des difficultés de relation entre les êtres est sans doute la méconnaissance de la vie réelle des autres...

3 Plaisir de passionné, quand je fais un rapide tour d'horizon des salles de théâtre parisiennes, en observant les programmes proposés depuis la rentrée de septembre 2012, il me semble, personnellement, que la salle ayant le plus offert, en pourcentage, de spectacles de très grande qualité est bien cet écrin du Studio-théâtre de la Comédie-Française, au coude à coude avec "La Pépinière Opéra".

Et lorsque après une représentation vous faîtes, juste au-dessus, le tour de la Pyramide du Louvre, merveille universelle de l'architecture contemporaine, vous vous dîtes, avec humour et respect bien sûr, qu'il y a des moments ou Dieu a de quoi être fier des hommes...

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