Lost and found
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Thème
Charles Berling poursuit, au théâtre de l’Atelier, son compagnonnage avec l'univers de Lars Norén en montant Lost and Found, huis clos familial aussi grinçant que douloureux. L'auteur suédois, maître incontesté des déchirements intimes, dissèque ici une cellule familiale au bord de l'implosion.
Un dimanche comme un autre. Dans le salon d'Erik et Marie, le temps semble suspendu, tant le couple s'enlise dans l'ennui, les reproches et les silences. Lorsque leurs deux enfants, Peter et Anna, entrent dans l'arène familiale, les tensions se multiplient et révèlent un mal-être profond. Chacun cherche à fuir ce foyer devenu étouffant.
- Écrite dans le cadre des « Pièces de mort », cycle composé par Norén entre 1989 et 1995, Lost and Found explore les thèmes qui traversent toute son œuvre : la désagrégation du couple, l'échec de la transmission familiale, la solitude et la difficulté d'aimer. Derrière les affrontements verbaux, c'est une réflexion sur le temps qui passe et sur la mort des sentiments qui se dessine.
Points forts
Norén possède cet art rare de faire surgir la violence à partir du quotidien le plus banal. Les dialogues sont d'une précision chirurgicale et chaque réplique semble révéler une blessure cachée qui ne demande qu’à se rouvrir.
La mise en scène de Charles Berling privilégie l'épure et laisse toute la place au texte. Le spectateur (une dizaine d’entre eux sont installés sur scène, de chaque côté du plateau) devient presque un intrus dans l'intimité de cette famille qui se délite sous ses yeux. L'humour noir, omniprésent, évite au spectacle de sombrer dans le pathos. On rit parfois, mais d'un rire inquiet.
Enfin, la distribution sert admirablement cette partition exigeante. Les comédiens évoluent sur une ligne de crête où la tendresse affleure sans jamais parvenir à sauver les personnages de leur naufrage affectif.
Quelques réserves
Cette radicalité constitue aussi la principale limite du spectacle. En poussant très loin l'accumulation des frustrations et des névroses familiales, Norén provoque un sentiment d’étouffement qui amplifie avec le déroulement de l’histoire.
Le réalisme psychologique de l'auteur nous confronte constamment à la brutalité du réel, sans aucun échappatoire ni espoir.
Encore un mot...
Lost and Found est une plongée dans les failles de la famille contemporaine, un miroir parfois cruel tendu à nos propres contradictions. Charles Berling restitue avec justesse la lucidité impitoyable de Norén et nous propose une expérience théâtrale exigeante.
Jusqu’au 1er juillet, se joue, également à l’Atelier et montée par Charles Berling, une autre pièce de Lars Norén, C’est si simple l’amour.
Une phrase
- Marie : « Pourquoi rien ne se passe entre nous ?
- Erik : Je ressens une espèce de joie de vivre dépressive. »- Peter : « Vous n’allez pas divorcer ?
- Erik :Non.
- Peter : On dirait…
- Erik : Non non, nous discutons seulement. »
L'auteur
Né à Stockholm, Lars Norén (1944-2011) devient l’un des auteurs majeurs du théâtre européen contemporain. D’abord poète puis romancier, il se tourne vers le théâtre à la fin des années 1970.
Son œuvre, composée de plus d’une centaine de pièces, explore les déchirures familiales, les névroses bourgeoises, puis les fractures sociales de la Suède contemporaine. Parmi ses textes les plus célèbres figurent Démons, Automne et hiver, Bobby Fischer vit à Pasadena, ou encore Catégorie 3:1.
Entre 1989 et 1995, il écrit le cycle des « Pièces de mort » auquel appartient C’est si simple l’amour. Son écriture, à la fois réaliste et poétique, ausculte les violences invisibles de l’intime.
Directeur du Riksteatern puis du Folksteatern de Göteborg, Lars Norén est admiré autant pour son exigence artistique que pour son regard sans concession sur l’être humain.
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