Moi, Caravage

Dans l'intimité tragique d'un grand créateur, provocateur et flamboyant
De
Cesare Capitani
Mise en scène
Stanislas Grassian
Avec
Cesare Capitani, Laetitia Favart ou Manon Leroy
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Le Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs
75006
Paris
0145445734
Jusqu'au 12 mars: du mardi au samedi à 18 h 30; dimanche à 16 h. Tous les mardis en italien

Thème

Michelangelo Merisi s'est surnommé lui-même Caravage, du nom de son village natal en Lombardie. L'artiste rebelle (1571-1610) scandalise ses contemporains, tant par ses moeurs (il adore la bagarre et les garçons, les mauvais de préférence), que par son talent, innovant en peinture au point de provoquer le scandale (choisir une prostituée pour représenter la Vierge !), refusant les clichés et les compromis, projetant sur ses sujets une nouvelle façon de positionner la lumière, imposant un réalisme cru quasi érotique. Bien qu'il ait atteint la notoriété à Rome, il répugne à "faire carrière". Condamné à mort pour avoir tué un homme, traqué, obligé de fuir à Naples puis à Malte, il est retrouvé sans vie sur une plage en Toscane. Il avait 38 ans.

Points forts

·        Cesare Capitani incarne du ton le plus juste, avec une belle énergie, le caractère  provocateur et flamboyant du génial artiste, assoiffé d'absolu et désespérément solitaire.

·        La fièvre, l'impatience, l'insoumission, la passion sont suggérées par la mine de l'acteur, échevelé, mal vêtu; et sa pointe d'accent italien rend le personnage encore plus crédible.

·        L'ambiance culturelle de l'époque est assez bien suggérée : interdiction de sortir de sujets religieux imposés, surveillance du Saint Office,  compétition des grandes familles mécènes pour s'attacher les meilleurs artistes...

·        Loin d'un monologue, le choix d'une forme de dialogue avec un personnage ni homme ni femme (son double ?) qui fredonne a capella des airs composés à la même époque est surprenant : belle trouvaille !

·        Un décor sobre, limité à l'essentiel, tout est, comme pour Caravage, dans le jeu des lumières. Magnifique.

·        A peine sortis du théâtre, on a envie de se précipiter aux musées (Louvre, Bordeaux, Rennes, Rouen...) pour revoir les tableaux, mais d'un œil neuf.

Quelques réserves

·        En une heure quinze, il était bien sûr impossible de reprendre la totalité de l'éblouissant roman de Dominique Fernandez, foisonnant d'informations historiques, d'impressions personnelles sur les lieux, de portraits de grands personnages. Il manque surtout le regard aigu de Fernandez sur les tableaux. Ici ne pouvaient donc être présentées qu'une esquisse des principaux événements de la vie de Caravage, et une évocation (un peu rapide) de quelques unes des œuvres majeures du peintre.

·        On peut regretter qu'une projection des tableaux ne soit pas proposée en fond de scène. Les spectateurs ne sont pas tous censés les connaître de mémoire. 

Encore un mot...

Un conseil : Ne vous privez pas du plaisir de lire l'ouvrage de Dominique Fernandez mais ...seulement après la pièce, pas avant, tant le livre est beaucoup plus riche qu'une simple biographie. 

Mais ne vous privez pas non plus de ce spectacle enrichissant.

Une phrase

"Je dois peindre Judith et Holopherne. Pour Judith, je prends comme modèle une de mes amies prostituées, pour Holopherne, le forgeron du voisinage. Je ne veux pas faire comme les autres peintres : représenter la scène une fois l'acte accompli. Moi, je veux saisir l'instant précis où Judith décapite l'homme... Elle le tient par les cheveux et lui enfonce le poignard dans le cou. Lui, il a les yeux révulsés, un cri d'épouvante lui tord la touche et le sang jaillit de sa gorge tranchée. Extraordinaire ! " (extrait de "Moi, Caravage")

L'auteur

Cesare Capitani, comédien et auteur, bon connaisseur de l'oeuvre et de la technique du Caravage, a voulu en savoir plus sur sa vie méconnue. Il s'est inspiré du roman de Dominique Fernandez, de l'Académie française : "La course à l'abîme". 

Ce spectacle, créé en 2010, rencontra un tel  succès -plus de 430 représentations-, qu'il fait aujourd'hui l'objet non pas d'une simple reprise mais d'une re-création car Cesare Capitani a revu et relu le roman pour en extraire ce "portrait en clair-obscur du peintre maudit" (sous-titre de la pièce). 

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