Pour un oui ou pour un non

Le théâtre de l’indicible
De
Nathalie Sarraute
Mise en scène
Tristan Le Doze
Avec
Gabriel Le Doze, Bernard Bollet, Anne Plumet, Rémy Jouvin
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

La Manufacture des Abbesses
7 rue Véron
75018
Paris
01 42 33 42 03
Les jeudis, vendredis et samedis à 19h, jusqu’au 14 mai.

Thème

  • Deux amis de longue date, H1 et H2, liés comme des frères, se sont éloignés depuis quelque temps. L’un d’eux prend la décision de s’attaquer à la racine de leur séparation et de parler à l’autre ouvertement.
  • Il va découvrir qu’avec une petite phrase banale et un ton légèrement condescendant, il a profondément blessé son ami.

Points forts

  • C’est le principe de l’iceberg, quelques mots et une intonation particulière révèlent brutalement ce qui peut se cacher entre deux êtres humains qui pourtant s’apprécient : la faille, le gouffre. Ici, on est bien au-delà de la simple vexation. Proustienne dans sa manière d’analyser avec lucidité et acuité un sentiment, Nathalie Sarraute signe un texte passionnant et stimulant sur la parole, devenu aujourd’hui un classique.
  • La pièce est construite avec une évidente symétrie. Les deux personnages appartiennent à des mondes bien différents (l’un a réussi socialement, le second a préféré emprunter des chemins plus personnels), chacun en est conscient, et chacun à sa manière blesse l’autre involontairement. Et pourtant, ils s’aiment. Ce qui prouve que l’amitié, sentiment subtil, n’est jamais monolithique.
  • Dans une absence totale de décor (la pièce a été écrite au départ pour la radio), Gabriel Le Doze et Bernard Bollet avivent toutes les moirures de ce texte où le verbe et ses détours sont le vrai sujet. Comédiens très actifs dans le doublage, ils ont tous deux des voix superbes, magnifiquement domptées.

Quelques réserves

Le metteur en scène Tristan Le Doze a monté la pièce comme une comédie brillante. Ce qu’elle gagne en lustre et en ironie, elle le perd en douleur et en sensibilité. C’est son choix. On peut préférer les versions de Simone Benmussa ou de Jacques Lassalle. Mais les très grandes pièces - et nous sommes indéniablement face à une très grande pièce - sortent toujours grandies en étant présentées de manières différentes : on leur découvre de nouvelles facettes, un nouvel éclat, d’autres perspectives.

Encore un mot...

  • Avec cette courte pièce, Nathalie Sarraute invente un genre théâtral à elle toute seule : un petit détail, une bricole, un battement d’ailes de papillon, et voilà que brusquement se déclenche entre les protagonistes une tornade qui va tout ravager sur le plateau. 
  • Parmi les œuvres les plus célèbres qui reposent sur ce schéma, on citera en tête « Art » de Yasmina Reza, où un tableau abstrait remet en question l’amitié de trois compères, et dans un registre plus léger « Le Prénom », où une petite blague sans importance provoque une cascade de règlements de comptes. On pourrait en évoquer des dizaines d’autres.

Une phrase

H2 : « Tu m’as dit : « C’est bien… ça… Juste avec ce suspens… cet accent… »

L'auteur

• Nathalie Sarraute est née en Russie en 1900 dans une famille d’origine juive. En 1925, elle devient avocate au barreau de Paris. En 1939, elle publie un ensemble de textes courts Tropismes. Avec son essai, L’Ère du soupçon, une critique de la psychologisation des personnages littéraires, elle devient l’un des chefs de file du “Nouveau Roman“. 

• Suivront, entre autres, Le Planétarium, Les Fruits d’or, ainsi que diverses pièces de théâtre : Le Silence, Le Mensonge, Isma, et un récit autobiographique (Enfance). Nathalie Sarraute meurt le 19 octobre 1999.

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