Rêver, rire, passer
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Thème
Toute la vie de Jacques Weber a été imprégnée par Cyrano de Bergerac. Il a interprété cette pièce à trente ans, a côtoyé ceux qui l’ont interprété avant et après lui.
Avec son assistant, ils revisitent ensemble encore et toujours les multiples facettes de ce personnage hors normes.
Points forts
Ce spectacle démarre sur les chapeaux de roue : Jacques Weber et son assistant rejouent les moments mémorables de Cyrano et, par bribes, nous réinventent la fameuse tirade du nez. C’est éminemment jouissif.
Le sentiment de liberté de l’acteur est communicatif. Il nous offre là des confidences. Il y a dans cet instant un sentiment de pêle-mêle très gai, savoureux, qui vous donne envie de revoir le spectacle initial, même si on l’a déjà vu deux fois !
La “tirade du nez“ est inimitable. On ne se lasse pas de l’humour de Rostand pour décrire cet « appendice », agrémenté d’un somptueux vocabulaire précis et varié.
La mise en scène, fort élégante, est très réussie. Ces paysages composés d’arbres, de nuages et d’oiseaux vivants sont du plus bel effet. Le décor est sobre, ce qui fait ressortir ce comédien hors du commun qu’est Jacques Weber.
Le second rôle, tenu par le metteur en scène José-Antonio Pereira, est merveilleusement joué, avec beaucoup de finesse et d’esprit.
Quelques réserves
A mon sens, le spectacle aurait dû être écourté d’un bon quart d’heure. Les disgressions de la fin font perdre de la puissance à l’ensemble de la représentation. C’est dommage.
Encore un mot...
- Ce spectacle est un hymne à Jacques Weber, magnifique comédien, au talent incontestable, qui peut tout interpréter avec un égal bonheur. Il y a une telle complicité entre l’acteur et son personnage de Cyrano qu’on ne sait plus ce qui appartient à l’un ou à l’autre.
Une phrase
• Cyrano : “Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme…
En variant le ton, – par exemple, tenez :
Agressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! »
Amical : « Mais il doit tremper dans votre tasse
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! »
Descriptif : « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! »
Curieux : « De quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? »
Gracieux : « Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? »
Truculent : « Ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? »
Prévenant : « Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! »
Tendre : « Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! »
Pédant : « L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane
Appelle Hippocampéléphantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! »
Cavalier : « Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! »
Emphatique : « Aucun vent ne peut, nez magistral,
T’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! »
Dramatique : « C’est la Mer Rouge quand il saigne ! »
Admiratif : « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! »
Lyrique : « Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? »
Naïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? »
Respectueux : « Souffrez, monsieur, qu’on vous salue,
C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! »
Campagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain !
C’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! »
Militaire : « Pointez contre cavalerie ! »
Pratique : « Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! »
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :
« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! »
– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n’en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d’une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.“
L'auteur
Edmond Rostand (1868 – 1918) est né à Marseille dans une famille bourgeoise et cultivée. Il y fait des études littéraires, puis part à Paris au collège Stanislas, où il commence à écrire et créer ses premiers vers car il s’oriente vers la poésie. En 1887, il présente à l’Académie de Marseille Deux romanciers littéraires de Provence, Honoré d’Urfé et Emile Zola. Il obtient le premier prix. En 1901, il est élu à l’Académie française.
Trois pièces vont l’immortaliser : Cyrano de Bergerac, L’Aiglon et Chantecler. Cyrano de Bergerac est une pièce en alexandrins, interprétée par cinquante personnages, une avancée pour l’époque, et devient rapidement un triomphe mondial. L’auteur meurt jeune, à cinquante ans, emporté par la grippe espagnole et a droit à des obsèques grandioses dans sa ville natale.
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