Roberto Zucco

Sulfureux, vénéneux, mais puissant et beau
De
Bernard Marie Koltes
Mise en scène
Richard Brunel
Avec
Axel Bogousslavsky, Noémie Develay-Ressiguier, Évelyne Didi, Nicolas Hénault, Valérie Larroque, Pio Marmaï, Babacar M’Baye Fall, Laurent Meininger, Luce Mouchel, Tibor Ockenfels, Lamya Regragui, Christian Scelles, Samira Sedira et Thibault Vinçon.
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Centre Dramatique National Orléans
Boulevard Pierre Segelle
45000
Orléans
02.38.81.01.00
Du jeudi 10 mars au samedi 12 mars et à Clermont Ferrand les 17 et 18 mars

Thème

C’est une épopée noire, intense, incandescente, bâtie autour d’un serial killer ayant réellement existé dans les années 80, Roberto Succo. Bernard-Marie Koltes l’avait découvert par hasard, un jour à la télévision, alors que le jeune tueur italien venait d’être arrêté. Sa beauté, son magnétisme, sa violence aussi, qu‘il ne cherchait pas du tout à justifier, avaient subjugué le dramaturge. Son « Roberto Zucco » retrace donc la trajectoire (romancée ? en tous cas, poétisée) de cet assassin hors norme qui ne semblait guidé que par son incapacité à échapper à ses pulsions meurtrières, au nom d’une  passion proclamée pour la liberté d’être et d’agir.

Points forts

- Et d’abord le texte. Il parvient à hisser au rang de mythe un tueur en série, meurtrier de son père, de sa mère, d’un policier et d’un enfant. Est-ce la « beauté fabuleuse » du vrai Roberto Succo qui a soufflé à son auteur cette œuvre aussi puissante que vénéneuse ? Est-ce son parcours erratique de meurtrier sans  raison ni motif ? En tous cas « Roberto Zucco », qui, dans sa forme, flamboie d’un lyrisme très maitrisé, et sur le fond, nous interroge sur notre propre violence, compte parmi les pièces les plus fascinantes de Koltès.

- L’interprétation du rôle-titre par Pio Marmaï. Pour incarner ce personnage, celui qui, en quelques années est devenu un  enfant chéri du cinéma, est revenu à ses premières amours, le théâtre. C’était un pari. Il le gagne haut la main. Animalité, sensibilité, précision, poésie, dangerosité, violence, ambiguïté, lyrisme… Il dégage tout cela. Le résultat est que sa composition du tueur magnétise, époustoufle. Et quelle diction ! Quelle façon de faire sonner la langue à la fois si charnelle et si poétique de Koltès !

- Le travail de la troupe qui contribue à donner à la représentation sa tension exceptionnelle. Ici, tous les comédiens sont non seulement remarquables, mais ils jouent ensemble. L’énergie qu’ils se transmettent à la manière d’un « relais », agit comme une boule de feu. Elle « allume »la représentation, attise le texte, le porte à son incandescence. C’est magnifique.

- La mise en scène. Elle est signée Richard Brunel. Chaque tableau de ce « Roberto Zucco » porte la marque de son exigence quant à la direction d’acteurs et à la compréhension des intentions de Koltès.

- La scénographie. Elle est d’une belle ingéniosité. Avec ses panneaux coulissants et ses échafaudages qui ouvrent, rétrécissent, ferment, ou « labyrinthisent » l’espace -pardon pour ce néologisme !- elle offre à chaque scène une grande lisibilité.

Quelques réserves

Sauf à détester cette pièce, ce qui est possible en raison de son caractère sulfureux, il n’y en a aucun.

Encore un mot...

Sans doute parce qu’il faut trouver le comédien capable de le porter, Il y avait longtemps que « Roberto Zucco » n’avait pas été joué. Remercions Richard Brunel, d’avoir convaincu Pio Marmaï de délaisser pendant quelque mois les sunlights du septième art pour « être » ce Roberto. Remercions le aussi pour cette mise en scène si cohérente, si flamboyante, si inspirée.

L'auteur

Mort du sida en 1989, à l’âge de quarante et un ans, Bernard Marie Koltes a été longtemps l’auteur de théâtre contemporain le plus joué de France. Sans doute parce que ses pièces expriment la tragédie et la solitude de l’être humain, et que de ce fait, elles échappent à l’anecdotique, même si elles sont fondées sur des faits réels.

Né le 9 avril 1948 à Metz, Bernard-Marie Koltes s’enfuit de sa ville natale à vingt ans pour échapper à l’ennui. Strasbourg est la première étape de son existence d’infatigable voyageur. Une étape essentielle puisqu’à la suite d’une représentation deMédée avec Maria Casares, le jeune homme décide de se consacrer au théâtre. Il commence par écrire, jouer et monter ses propres textes. Mais cet admirateur de Rimbaud a besoin d’ailleurs. Ses voyages le porteront  notamment en Amérique latine, et dans plusieurs pays africains. C’est pourtant à Paris, en 1980, qu’il fera une rencontre décisive. Celle de Patrice Chéreau. En montant ses textes, dont « Combat de nègre et de chiens », «  Quai Ouest », « Dans la solitude des champs de coton », ce metteur en scène exceptionnel lui apportera reconnaissance et notoriété.

Fondée sur des évènements réels et tragiques, «Roberto Zucco» est son ultime pièce. Elle sera montée après sa disparition, en 1990, à la Schaubühne de Berlin. Sa création française en 1991 à Villeurbanne fera scandale.

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