Vous n'aurez pas ma haine

Ils ne tueront pas l'humanisme, le talent et la beauté.
De
Antoine Leiris
Mise en scène
Benjamin Guillard
Avec
Raphaël Personnaz et au piano Lucrèce Sassella en alternance avec Donia Berriri.
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Théâtre du Rond Point
2 bis, Avenue Franklin D. Roosevelt
75008
Paris
0144959821
Jusqu'au 10 décembre 2017 à 18h30, du mardi au dimanche.

Thème

Antoine Leiris, alors journaliste à France Info, a perdu sa femme au Bataclan le soir des attentats du 13 novembre 2015. Trois jours après, il poste une lettre sur Facebook qui deviendra un livre publié en 2016 chez Fayard, dans lequel il raconte les douze premiers jours de cette nouvelle vie avec son fils de 17 mois. Une expérience intime devenue un récit collectif avec cette phrase désormais connue dans le monde entier : « vous n'aurez pas ma haine ».

Points forts

- Ce texte très personnel et intime est transmis par Raphaël Personnaz avec autant d’élégance que de pudeur. Seul sur scène, accompagné d’une pianiste que l’on devine derrière un voile blanc, et dans une mise en scène épurée, l’acteur porte le récit de cette tragédie avec une justesse et un tact exceptionnels.

- Les émotions insoutenables qui frappent son personnage sont restituées avec intensité sans jamais se départir de la sobriété qui caractérise ce texte.Il est rare qu’un spectacle donne à ce point le premier rôle aux mots, et qu’un texte aussi poignant parvienne  à nous faire également rire par moments.

- La précision du récit, jour par jour et heure par heure, des événements, loin d’une chronologie clinique, bouleverse au contraire par l’irruption soudaine de l’horreur dans un quotidien serein et heureux… Alors que sa femme assiste au concert du Bataclan arrivent les premiers textos qui lui demandent « tout va bien ? vous êtes en sécurité ? », suivis par la stupeur et les faits, les premières informations qui défilent sur l’écran et les commentaires des chaînes d’info sur le carnage du Bataclan…puis le téléphone qui sonne dans le vide, la nuit à courir les hôpitaux et les rues à la recherche du moindre indice qu’il ne trouvera pas. Enfin, le retour à 7h du matin pour le biberon de son fils et l’appel de sa belle-sœur, qui lui délivrera la terrible nouvelle.

Quelques réserves

Je n’en vois pas

Encore un mot...

Le spectacle est d’autant plus bouleversant qu’il révèle à quel point ces événements restent inscrits dans nos mémoires et nos inconscients. Il suffit de quelques secondes pour revivre cette soirée tragique et être touché par les mots simples et intelligents d’Antoine Leiris. On est frappé par la force avec laquelle il accepte cette terrible vérité : sa vie et celle de son enfant doivent reprendre leurs cours, inexorablement, avec eux et malgré eux.

Ce texte est un rempart contre la souffrance, et l’humanité qu’il dégage crée un lien immédiat qui ne se discute pas. Tacitement, le spectacle vient nous rappeler que nous poursuivons collectivement, à travers la culture, ce but supérieur qui s’appelle la civilisation et que nous ne renoncerons pas.

Une phrase

- « Je n’oublie rien, je ne pardonne rien, je ne passe sur rien ».

- « Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde (..) Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus. »

L'auteur

Né en 1981, chroniqueur culturel à France Info et France Bleu, Antoine Leiris a quitté ses activités de journaliste pour écrire ce premier livre, "Vous n’aurez pas ma haine", publié en mars 2016 chez Fayard et récompensé par le prix littéraire du Rotary d’expression française. 

Le 13 novembre 2016, un an après les attentats, France 5 diffuse son documentaire également intitulé "Vous n’aurez pas ma haine", dans lequel il interroge des victimes du 13 novembre ainsi que le psychiatre Boris Cyrulnik, le philosophe Abdenour Bidar, ainsi qu’une victime de l'attentat de la rue de Rennes commis en 1986.

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