Histoire totale de la Seconde Guerre mondiale

Une synthèse détaillée et équilibrée, avec des angles nouveaux
De
Olivier Wieviorka
Perrin, Ministère des Armées
Parution le 24 août 2023
1072 pages
29 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

L’auteur met en valeur des éléments souvent ignorés ou considérés comme secondaires. Ainsi l’importance de l’embargo sur le pétrole à destination du Japon par les Etats-Unis est déterminant dans l’attaque japonaise. Le Japon proposa 10 jours avant Pearl Harbour de se retirer d’Indochine et de s’abstenir de toute action offensive en Asie en échange de la fin de l’embargo. Les Etats-Unis mirent comme condition le retrait du Japon de la Chine, évidemment irréaliste. La guerre en Asie est particulièrement développée.

Le livre souligne l’importance du contrôle des matières premières dans les politiques agressives de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon. L’échec de l’armée allemande devant Moscou est dû bien davantage à ses insuffisances logistiques qu’à l’offensive de l’hiver. Le débarquement américain de 1942 en Afrique du Nord est une opération politique destinée à montrer une activité militaire offensive à l’opinion publique américaine avant les élections à mi-mandat de novembre 1942 et non une opération stratégique. Le débarquement des Alliés en Sicile puis en Italie a été un-demi échec coûteux dû à Churchill, obsédé par la Méditerranée, alors que les Etats-Unis privilégiaient déjà le Nord-Ouest de L’Europe.

L’importance des batailles de Koursk, immense bataille de chars après Stalingrad, de l’offensive soviétique Bagration qui mit l’armée allemande à genoux et de l’offensive japonaise Ichi-Go qui infligea une énorme défaite aux nationalistes chinois de Tchang Kaï-chek au printemps 1944, est mise en évidence. La déclaration de guerre de l’URSS au Japon au lendemain de l’attaque nucléaire en août 1945 apparaît sous un cynisme absolu, afin d’opérer des gains territoriaux sans avoir participé à l’effort de guerre contre le Japon. Les Alliés de leur côté avaient ralenti leur avance en Europe pour permettre aux troupes soviétiques de pénétrer les premières dans Berlin.

Points forts

  • La grande force du livre est de donner une vision d’ensemble cohérente de la Seconde Guerre mondiale, dans ses aspects militaires, stratégiques et économiques. La guerre n’est devenue mondiale qu’au lendemain de Pearl-Harbour en décembre 1941, après que l’Allemagne et l’Italie commirent l’énorme erreur, nullement inéluctable, de déclarer la guerre aux Etats-Unis.
  • L’auteur met à mal des légendes : Churchill fit des fautes stratégiques importantes ; Rommel n’était nullement un stratège, au mieux un tacticien, incompétent en logistique ; Montgomery, le vainqueur de Rommel à El Alamein, commit des erreurs stratégiques majeures en Normandie et aux Pays-Bas qu’il tenta de masquer par son ego démesuré ; l’administration de la France par un gouvernement militaire allié, l’AMGOT, n’a jamais été sérieusement envisagée.

Quelques réserves

L’auteur, comme beaucoup d’historiens occidentaux, fait preuve d’une étrange mansuétude à l’égard de Staline, sans pour autant cacher sa cruauté, son cynisme, et son peu de cas de la vie de ses soldats et de ses citoyens. Ainsi la légende du pacte germano-soviétique, soi-disant dû aux atermoiements de la France et de l’Angleterre, demeure une vérité révélée, peu crédible après le superbe livre récent de Jean-Jacques Marie sur La collaboration Staline-Hitler. Le protocole secret, l’invasion de l’Est de la Pologne, le massacre de Katyn et l’annexion des pays baltes sont à peine mentionnés. La gigantesque défaite de l’armée soviétique à Kharkov en mai 1942, juste avant Stalingrad, avec 270.000 pertes, dues à la nullité stratégique de Staline et de Timochenko, est presque passée sous silence. L’auteur trouve également des excuses politiques et militaires à la scandaleuse passivité de l’Armée Rouge face aux massacres de l’insurrection de Varsovie par les nazis.

Encore un mot...

Au lieu de la description classique de la succession de batailles, l’auteur privilégie les enchainements stratégiques, même si ceux-ci obéissent parfois à une logique contestable, voire folle s’agissant de Hitler. C’est un travail exemplaire et un livre majeur, à l’exception des quelques réserves du paragraphe précédent.

Une phrase

  • « Les combats militaires proprement dits restèrent confinés au début ou à la fin du conflit. » page 13
  • « …si la carte ne bougea pas, les peuples, eux, se déplacèrent par millions, ce qui rendit les pays ethniquement homogènes, à la différence de l’ordre instauré en 1919 » page 15
  • « La Seconde Guerre mondiale, en d’autres termes, plus que de répondre à un programme, suivit une dynamique dont Adolf Hitler fixa le cap, mais qui emprunta bien des méandres jusqu’à finir par lui échapper. » page 43
  • « Ni le Japon, ni l’Allemagne, et encore moins l’Italie, ne pouvaient l’emporter au vu de leurs ressources démographiques et économiques. » page 892
  • « L’économie, le politique et la diplomatie jouèrent un rôle éminent, mais à bien des égards paradoxal. Car les stratégies déployées eurent le plus souvent un effet contraire aux objectifs qu’elles poursuivaient… Ces calculs erronés confirment que les grands dirigeants comprirent rarement la rationalité de leurs adversaires… » pages 892-893
  • « Le conflit bouscula les normes éthiques et éleva le seuil de la barbarie à des niveaux inédits dans l’histoire de l’humanité. » page 894

L'auteur

Olivier Wieviorka, diplômé de l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud, agrégé d’histoire, est un spécialiste de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, sur laquelle il a écrit une vingtaine de livres, seul ou en collaboration. Il a effectué sa thèse sur l’organisation de résistance Défense de la France. Il est membre du comité de rédaction de la revue L’Histoire.

Sur Culture-Tops, Les mythes de la Seconde Guerre mondiale, un ouvrage de 21 historiens sous la direction de Jean Lopez et Olivier Wieviorka.

 

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