Sept jours 17-23 juin 1789 la France entre en révolution

Un récit historique des plus érudits qui ne se prive nullement d’humour. Des jours tragiques et pourtant… une lecture qui réjouit !
De
Emmanuel de Waresquiel
Tallandier - 462 pages - 22,90 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

Voilà un récit très simple : entre le 17 et le 23 Juin 1789, bien avant la prise de la Bastille, le Royaume de France s’engouffre dans la révolution. Ces sept jours sont décisifs, irréversibles et imparables. On ne pourra revenir en arrière. Tout est joué, à la fois pour la mourante Royauté, et ceux qui la déboulonnent. Peu importe ce qui suivra. La démarche, aussi simple que violente, met en marche notre histoire moderne.

Cette semaine-là est prévisible depuis longtemps si l’on en croit Chateaubriand cité en avant propos (De la Vendée, 1819 « La révolution était achevée lorsqu’elle éclata : c’est une erreur de croire qu’elle a renversé la monarchie ; elle n‘a fait qu’en disperser les ruines »

De petits chapitres nerveux, comme des tableaux ou des champs-contre champs de cinéma (jamais plus de 3 à 6 pages) nous brossent en trois  parties, la situation en 89, l’idée absurde d’Etats généraux, les protagonistes, les différents partis, les ténors et les mollassons, les nantis, les profiteurs, les affamés, les anecdotiques, les traîtres et les vautours. Les intitulés des chapitres souvent savoureux, nous renvoient à notre turbulente actualité : N°4 Elections, piège à cons, N°7 Paris n’est pas le royaume,  N° 27  En France les mots précèdent l’action. Dans la 2ème partie : N°8 Le fou du roi (pour évoquer Necker) N° 17 un coup d’état de papier, etc.

Points forts

La rigoureuse exactitude du récit n'exclut pas l’humour, l’ironie, et même la pure et simple vachardise. On s’amuse beaucoup. On plaint le roi, la mort du dauphin début juin, le «jour» de Siéyès (le 17), celui de Mirabeau (le 23). On est là dans l’inaudible salle des Menus Plaisirs. L’auteur ressuscite des oubliés tels l’entrepreneur Réveillon ou le soit disant traître Martin-Dauch. Et puis, il y a le roi. Une énigme : taiseux, accablé, arrogant, dépassé. C’est celui qui ne voulait pas être roi, plutôt explorateur ou botaniste. On le plaint et on l’absout tout en le trouvant inconséquent et maladroit.

 Bref, c’est bien tourné. Enjoleur. Facile à lire. On se trouve intelligent. De Waresquiel a ressorti toutes ses fiches, en a fait une aimable composition. Un royaume aux caisses vides, où se succèdent plus de 10 ministres des finances, un roi indécis que sa fonction assomme, préfère la chasse, supporte mal les tensions de la cour, les affreux Polignac, les manigances de la branche Orléans, et puis tous ces bourgeois et parlementaires qui trépignent aux portes d’une parcelle de pouvoir...Voilà qui va faire une semaine bien remplie dont nous ne sommes toujours pas remis !

Quelques réserves

Un léger bémol, sans gravité :  la table des matières et ses courts 82 chapitres auraient été mieux venus au début de l’ouvrage. (y penser pour la prochaine édition)

Une phrase

p.5 A chaque fois qu’ils ont peur, les Français renoncent à leurs libertés avec une facilité déconcertante. On se gargarise de libertés constitutionnelles et on s’arrange très bien de lois liberticides.

...p.267 Le 17 juin le Tiers-Etat s’était mué en Assemblée nationale. Le 20, l’Assemblée se proclame cette fois Constituante, permanente, unanime et indivisible. Encore trois jours et elle sera inviolable. Elle s’est investie, note Talleyrand toujours perspicace, «du droit de détruire tout ce qui existe et de lui substituer tout ce qui lui plaira». Un nouveau pas, immense, est franchi : on a largué les amarres. 

L'auteur

Depuis deux décennies, Emmanuel de Waresquiel nous abreuve à l’eau claire, joyeuse et limpide de sa connaissance de la Révolution, de l’Empire et autres péripéties de  cette histoire. Son Talleyrand, le prince immobile (2006 Fayard) est éblouissant ; son Fouché,  le silence de la pieuvre inestimable ; ses Cent  Jours, la tentative de l’impossible une infaillible mise au point. Et tous les autres titres...Non seulement de l’érudition –beaucoup en sont capables– mais surtout une plume allègre, un bonheur dans le récit, l’ironie, la drôlerie, la compassion parfois, le sens du drame…Un peu de Dumas, du Shakespeare, du Chateaubriand (qu’il aime beaucoup).

On peut lire également sur Culture Tops la chronique de Jean-Pierre Tirouflet : Fouché, dossiers secrets.

Le clin d'œil d'un libraire

LIBRAIRIE LE PASSAGE A LYON. L' EPIDEMIE N’Y PASSE PAS, LA CULTURE SI !

Passer le message, passer les idées, passer la culture, c’est à dire transmettre,  c’est le concept premier de cette librairie bien connue du cœur du Lyon historique, dans la presqu’ile. Mais cette institution de la capitale des Gaules c‘est aussi un passage très fréquenté entre deux rues du 2e arrondissement, que les Lyonnais appellent " Passage de l'Argue". 

La librairie est donc un lieu d’échanges privilégié qui a su résister à la pandémie grâce à une clientèle fidèle et qui n’a cessé de s’agrandir depuis 20 ans. Le clic et collect a permis d’éponger une partie de la chute des ventes, mais une partie seulement (-40% sur le mois de novembre) grâce au dévouement des 9 libraires de l’équipe.                                                                                                                                                                   « Les gens se sont habitués à commander ou à réserver les ouvrages. Avec 23 000 références surtout littérature et sciences humaines, on est centré sur la littérature de création proposée par des éditeurs indépendants comme les Editions de Minuit ou P.O.L. On a toujours voulu défricher les nouvelles voies de la pensée… » confie Mathieu Baussart, co-directeur (de pensée !) de cette librairie dans la force de l’âge (fondée il y a 20 ans !) .          

 Une recommandation dans cet esprit par exemple ? Histoire de la nuit de Laurent Mauvignier, un thriller délirant, mais le Yoga de Carrère est très demandé, L’anomalie d'Hervé Le Tellier aussi, précise Mathieu à C-T… en passant ! Ca tombe bien  ! Ces trois ouvrages ont été chroniqués par Culture-Tops.

Bonnes lectures, nous repasserons vous voir dès l’ouverture des petits « bouchons », c’est écrit.

Librairie Le Passage, 11 rue de Brest 62002 Lyon tel 04 72 56 34 84. www.librairiepassage.fr

Texte et interview par Rodolphe de Saint-Hilaire pour la rédaction de Culture Tops.

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