Vipère au poing
Texte lu par Thibault de Montalembert
Durée 6 h 18
22,90 Euros ; 20,95 Euros en téléchargement
(Edition brochée, première parution en 1948 chez Grasset 265 pages)
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Thème
Vipère au poing retrace l’enfance et l’adolescence de Jean Rezeau, dit Brasse-Bouillon, affrontant une mère despotique rebaptisée Folcoche. Le roman dévoile une famille où l’autorité vire à la tyrannie, où le foyer, censé offrir refuge, devient un champ de bataille. On y suit la lutte du narrateur pour tenter d’arracher une part de liberté au milieu de cette domination implacable.
Points forts
- Un style acide : pour ressaisir cette enfance fracassée, Hervé Bazin choisit une voix mordante. Il mêle la violence brute à un humour au vitriol, jongle entre formules ciselées et mots du quotidien. Cette langue nerveuse, tantôt élégante, tantôt râpeuse, traduit à la fois la rage du narrateur et sa façon de tenir à distance l’horreur en la racontant.
- Des archétypes : il fait surgir deux figures désormais universelles : la mère qui refuse d’aimer et l’enfant qui se cabre. L’une incarne la sévérité froide, l’autre la révolte brûlante. Ensemble, elles forment les deux faces d’une même obsession, poussée jusqu’au bout, nourrie par une haine qui scelle leur affrontement autant qu’elle les unit malgré eux. Ce huis clos familial, aussi ancien soit-il, continue d’éclairer nos propres inquiétudes. Écouter Bazin aujourd’hui, c’est prendre conscience de la nécessité de construire une politique efficace de la protection de l’enfance pour aider les Brasse-Bouillon contemporains.
- Un document sociologique sur la bourgeoisie de l’entre-deux-guerres : le roman expose ses raideurs, ses illusions de respectabilité, son obéissance aveugle aux dogmes de la religion catholique, tout ce vernis qui craque dès que l’on franchit le seuil des maisons. Bazin en révèle les faux-semblants avec une précision presque clinique.
Quelques réserves
- Des propos qui peuvent choquer comme par exemple cette citation : « Est-ce qu’on retient ses glaires, lorsqu’on a envie de cracher ? L’hygiène publique a inventé les crachoirs comme Dieu a inventé les femmes. La pureté n’exige pas la rétention, mais l’exutoire. » Cette crudité peut déstabiliser. Elle fait partie de l’efficacité du roman, mais peut aussi brusquer les lecteurs les plus sensibles. Une jeune chroniqueuse partage ici sa déception :
Critique Avis Vipère au poing de Hervé Bazin | Poche Culture-Tops
Encore un mot...
Rappelons deux adaptations cinématographiques. La première, réalisée en 1971 par Pierre Cardinal, offre à Alice Sapritch une Folcoche inoubliable, toute en dureté tranchante. La seconde, signée Philippe de Broca en 2004, avec Jacques Villeret et Catherine Frot, adoucit quelque peu l’acidité du roman et cherche à éclairer les racines du comportement de Folcoche, là où le livre se contente souvent de le laisser éclater. Le livre intitulé Folcoche de la journaliste Émilie Laniez, publié en 2025 aux éditions Grasset, ira plus loin en proposant une réhabilitation de cette mère.
Une phrase
“Dès qu’elle ouvre la bouche, j’ai l’impression de recevoir un coup de pied au cul. C’est pas étonnant avec ce menton en galoche.”
L'auteur
Hervé Bazin, né en 1911 et disparu en 1996, est l’une des voix marquantes des lettres françaises. Son premier roman, Vipère au poing, s’est imposé comme un phénomène, écoulé à cinq millions d’exemplaires et traduit dans une trentaine de pays. Il a aussi façonné la vie littéraire en présidant pendant vingt ans l’Académie Goncourt, à laquelle il a donné une nouvelle ampleur et un véritable éclat, consolidant le prestige du prix qui en dépend.
Le lecteur :
Né en 1962, Thibault de Montalembert est comédien et metteur en scène de théâtre. Sa voix grave et solennelle épouse à merveille l’ironie féroce d’Hervé Bazin, donnant au texte une intensité qui amplifie le récit et en fait une lecture réellement habitée.
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