Les crimes de la maison bleue
Traduit du japonais par Patrick Honoré
Parution en mai 2026, EO 1987
384 pages
20,9 €
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Thème
Dans la Maison bleue, sur une île probablement en face de Kyushu au sud du Japon, quatre crimes ont été commis, et le coupable n'a pas été formellement identifié. Un an plus tard, membres d'un Club de passionnés de romans policiers, sept étudiants décident de s'y rendre pour un séjour d'une semaine et tenter de résoudre l'énigme de ces crimes. Ils logent dans un étrange bâtiment de forme décagonale construit par l'architecte qui a été assassiné.
Alors que le bateau ne reviendra les chercher que dans une semaine, ils trouvent sur place une étrange menace, 7 étiquettes dont 5 portent la mention "victime" et les deux autres "l'enquêteur" et "l'assassin". Très vite, le premier d'entre eux est retrouvé mort dans sa chambre fermée de l'intérieur. Et très vite, la paranoïa s'empare du groupe, car l'île est déserte. Sur le continent, d'autres membres du Club, qui ne sont pas venus, reçoivent un message qui pourrait signifier que, sur l'île, leurs amis sont en danger. Deux enquêtes en parallèle, et, nécessairement, un épilogue auquel on ne s'attend pas !
Points forts
Impossible de décrire l'intrigue, évidemment. Mais on soulignera l'écriture "spontanée" et simple, dont on trouve l'expression dans les mangas, la mise en place méticuleuse des protagonistes, comme les fils d'une toile d'araignée finement tissée, l'endossement successif du point de vue des différents personnages et la tension progressive de ce huis-clos mortel, dont il est quasi impossible de deviner le metteur en scène.
Quand le décor est planté, le récit, parallèle des événements sur l'île et sur le continent, vous tient incontestablement en haleine.
Quelques réserves
Mais l'intrigue est très longue à se mettre en place, et il faudra attendre, ou tenir, jusqu'au milieu du roman pour que les événements s'accélèrent. La seconde réserve concerne la trame même de l'intrigue, dont Une histoire qui finit mal d'Evelyn Clarke semble très inspirée. Je vous renvoie à la chronique pour en juger - l'antériorité de l'idée d'une maison piège sur une île isolée revient clairement à Yukito Ayatsuji.
Encore un mot...
Roman fondateur de l'œuvre de Yukito Ayatsuji Les crimes de la maison bleu est un roman paradoxal. Très lent au départ, il déconcertera aussi les lecteurs peu familiers des noms propres japonais qui peineront, comme moi, à associer spontanément les péripéties du récit aux différents personnages. Le style, dans la relative lenteur de la mise en place, ne brille pas non plus, évoquant parfois cette littérature pour ados ou jeunes adultes, celles des romans young adults et Whodunit de l'univers anglo-saxon. Il faut donc "tenir" pour découvrir une histoire très intrigante et un dénouement qui ne l'est pas moins.
Sans rien révéler de la fin, prêtez attention à une petite bouteille jetée à la mer dans le prologue. Ce roman, paru en 1987 et publié pour la première fois en français en mai 2026, est le plus connu de Yukito Ayatsuji, qui initia le mouvement Shin Honkaku, qui remit à l'honneur, au Japon, les énigmes à la manière d'Agatha Christie. Le Crime de la maison bleue est le 8ème des 100 romans policiers les plus lus au Japon.
Une phrase
" La mer, à minuit, quand tout est silence.
Il rumine son plan, le regard perdu dans l'obscurité, sans la moindre étoile, pas même la lumière d'un bateau qui passe au loin.
Les préparatifs touchent à leur fin. Très bientôt, ils vont venir se jeter dans son piège. Les criminels. Ses proies. Son piège à dix côtés les attend. Dix angles. Dix côtés égaux.
Ils viendront, sans se douter de rien. Ils se précipiteront tête la première sans soupçonner quoi que ce soit, sans la moindre crainte, dans le piège à dix côtés égaux qui les capturera et les jugera.
Le verdict qui les attend ? La mort, bien sûr. La même peine pour tous, sans exception. C'est la moindre des choses.
Mais pas une mort rapide par surprise. Ce serait pourtant plus simple.
Un bon explosif, qui les exécuterait tous d'un seul coup ? Oh, ça non jamais de la vie." P 11
L'auteur
Yukito Ayatsuji, le nom de plume de Naoyuki Uchida, est l'un des auteurs les plus influents du roman à énigme japonais contemporain. Né à Kyoto en 1960, il publie son premier ouvrage en 1987 : Les Crimes de la maison bleue (The Decagon House Murders en anglais). Il est également l'un des fondateurs du Honkaku Mystery Writers Club of Japan, un club dédié à l’écriture de romans policiers inspirés des grands noms de l’âge d’or du genre, Maurice Leblanc, Gaston Leroux, Conan Doyle, Edgar Allan Poe, Agatha Christie…
Sa production littéraire peut être résumée en deux "tendances" : les romans policiers à énigme de la série des « Maisons » (Yakata Series) - toutes les intrigues se passent dans des maisons - et les romans d'horreur et de fantastique, dont la série Another.
Il a reçu en 1992 le Mystery Writers of Japan Award pour The Clock House Murders, un roman de la série des neuf maisons dans lesquelles il ne vaut mieux pas séjourner !
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