Jaune soleil

Un astre bien pâlot où la recherche formelle prend le pas sur l’histoire et l’émotion
De
Eric Chevillard
Les Editions de Minuit
Parution le 5 mars 2026
192 pages
18 €
Notre recommandation
2/5

Infos & réservation

Thème

  • C’était il y a longtemps, au Moyen Âge peut-être ou dans l’enfance, Philéon aimait Godelive, une fille avec le cou très fin et des cheveux jaune soleil. Clodomir aussi était épris d’elle, allait-il falloir se battre ? Aujourd’hui, on se demande surtout ce que monsieur Ristretto, vieil écrivain qui observe le monde avec perplexité depuis la terrasse du café Les Grands Ducs, on se demande bien ce qu’il fait là, au milieu de ces souvenirs.
  • Le récit suit nos deux prétendants, l’un continuellement éconduit et l’autre passablement ignoré dans une fable déroutante et un peu vaine.
  • C’est la deuxième incursion de l’auteur dans l’univers du Moyen-Âge, après Ronce-Rose en 2017.

Points forts

  • Si on lit Chevillard, c’est avant tout pour son style. Il écrit comme personne aujourd’hui : avec une liberté totale. Les phrases surprennent, bifurquent, jouent avec les attentes. Il y a là une vraie jubilation d’écriture communicative.
  • Le lecteur est constamment invité à interpréter - le jaune est-il une métaphore ? une hallucination ? une catastrophe tangible ? Le roman fonctionne ainsi comme une expérience de lecture, presque sensorielle.
  • La brièveté et la densité du texte jouent en sa faveur. En peu de pages, Chevillard parvient à créer un univers singulier, compact, où chaque détail compte.

Quelques réserves

  • Cette liberté débridée peut aussi désorienter. Ici nulle histoire construite, avec un début, un développement et une résolution, pas de narration classique, mais une progression fragmentée.
  • À force de privilégier l’idée et le langage, le texte laisse peu de place à l’émotion ou à l’identification. Le narrateur lui-même reste insaisissable et le propos assez abstrait.
  • Le récit, un conte moyenâgeux, tourne en rond tant on ne se sent pas concerné par l’accumulation des échecs rencontrés par ces prétendants bien ballots assez peu incarnés, quasi abstraits.

Encore un mot...

  • Le livre ne cherche pas à plaire à tout prix. C’est une proposition littéraire exigeante, à contre-courant, qui intrigue, agace souvent, fascine rarement.
  • Jaune soleil s’inscrit pleinement dans l’œuvre de Chevillard : une littérature de l’écart, de la torsion du réel, où le langage devient terrain d’expérimentation. 

Une phrase

  • « Nulle buée pourtant sur la vitre du train, c’est le visage derrière dont la beauté renversante mais tamisée par son nimbe de douceur irradie sans éblouir, sans aveugler, et semble se détacher de sa structure d’os, flotter comme un petit nuage pour embellir tout ce qu’elle effleure. Aussi monsieur Ristretto se résigne-t-il à laisser repartir ce train en rêvant à un monde entièrement touché par la grâce ».

L'auteur

  • Eric Chevillard poursuit – mot choisi à dessein tellement son œuvre se présente comme une quête, de lui-même, de la langue et plus généralement de tout ce qui l’entoure – sous le prisme de la dérision qui l’accompagne, une certaine forme de détachement.
  • Tout juste sait-on qu’il est né en 1964, a fait des études de journalisme avant de rejoindre dès son premier roman Mourir m’enrhume  en 1987 « l’écurie » de Jérôme Lindon aux Éditions de Minuit et qu’il a tenu, de 2011 à 2017, un feuilleton dans les pages du Monde des livres.
  • Pour ceux qui voudraient en savoir plus - comme on les comprend - je peux les renvoyer vers son - bien nommé -  avant-avant-dernier livre, Monotobio.
  • Également sur Culture-Tops :

L’arche Titanic

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