Journal d’un scénario

Une pochade - tendre et cruelle - sur les travers du milieu du cinéma
De
Fabrice Caro
Gallimard
Date de publication le 17 août 2023
189 pages
19,5 euros
Notre recommandation
4/5

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Thème

Des Servitudes silencieuses à “de l’eau dans le gaz”. 

Boris est fier de son scénario Les Servitudes silencieuses. Il prévoit que Louis Garrel et Mélanie Thierry tiendront les rôles principaux de cette “année d’amour entre deux accidentés de la vie” qui sera tournée en noir et blanc. “On va faire un beau film” lui promet son producteur Jean Chaboz, qui parvient à embarquer des financiers de M6 dans ce projet. Le Journal d’un scénario est le récit humoristique de l’altération radicale du scénario de Boris avec son consentement actif, passées les phases d’indignation, de révolte puis de renoncement toujours intellectualisé. C’est aussi la chronique tendre mais cruelle de la liaison entre Boris et Aurélie, une brillante professeure en études cinématographiques, associés dans cette maïeutique improbable.

Points forts

Le journal d’un scénario est peuplé de personnages aux aspérités fortes, à la fois agaçants et attachants. Boris est ce travailleur cérébral, obsédé par son projet de cinéma d’auteur. C’est aussi un lâche qui ne “renverse jamais la table, ne solde même pas les comptes” et se complait dans le mensonge. Il veut plaire à tout prix et son comportement est mimétique. Il se cabre certes, mais jamais longtemps, devant les demandes extravagantes des financiers. Rationnel, il trouve toujours dans l’histoire du septième art, qu’il maîtrise parfaitement, les raisons à sa propre capitulation.

Aurélie est toute en contraste avec lui. Passionnée aussi, elle déteste les compromis, elle est franche et prompte à trancher dans le vif. Les personnages des producteurs sont hilarants à force d’être caricaturaux. Motivés par des considérations mercantiles quand Boris verse dans le cinéma d’auteur, ils exhibent leur fatuité et leur vulgarité. Les personnages secondaires sont tous savoureux, que ce soit Yann, dont Boris vampirise le parcours pour les besoins de son film, son fils qui se prend pour un illustrateur ou encore Bernard, un importun qui sollicite Boris pour un atelier cinématographique aux thèmes abscons.

Ce récit en forme de pochade donne aussi à voir (sans exagération ?) les travers du milieu cinématographique, ses codes et son entre-soi qui échappent largement à notre héros débutant. La vacuité des dialogues élaborés par Boris et cités par fragments et hors contexte par l’auteur prêtent aussi à sourire.

Quelques réserves

Le côté un peu jargonnant du propos quand l’auteur semble reprendre un habit sérieux et emploie des mots comme “conscientiser" ou "oraliser" à propos de son héros, constitue notre seule réserve.

Encore un mot...

La chronique drolatique de la défiguration d’une œuvre avec le consentement éclairé de son auteur.

Une phrase

  • « J’aime cette idée que notre relation n’est bâtie qu’autour de l’art. Abandonnons aux autres le travail administratif, ne laissons pas le trivial parasiter le beau ». (p.9)
  • « Il n’y a pas de fatalité, il n’y a que des opportunités. On m’impose Kad Merad ? Eh bien allons-y. C’est un signe. Que serait l’art sans accident ? Sans hasards ? Sans contraintes ? Une vieille dame poudrée dans un tournoi de bridge ». (p.79)
  • «  Pourquoi ne l’ai-je pas retenue ? … Parce que ce n’est pas moi. Les garçons naissent dans les choux, les filles dans les roses, je suis né dans la capitulation ». (p.180)

L'auteur

Fabrice Caro est un auteur prolifique de bandes dessinées. Il est également romancier et musicien.

Il connaît un premier succès avec la BD Zaï zaï zaï zaï, en 2005 et dont Culture Tops a rendu compte de l’adaptation au théâtre en 2022. Il est le scénariste du dernier Astérix, L’iris blanc.  

Son roman, Le Discours, (Gallimard, 2018) a été adapté au cinéma par Laurent Tirard en 2020.

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