Les apparitions

Un OVNI littéraire …
De
Jean-Jacques Schuhl
Gallimard
Parution le 3 février 2022
94 pages
12 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

Jean-Jacques Schuhl raconte qu’un soir de novembre 2020, il a été victime d’une hypoxie, violente hémorragie interne entraînant une perte d’oxygène dans le cerveau. Il côtoie la mort dans ce couloir où remontent à la surface « des blocs de réalité autonome étrangers à moi mais dont je faisais partie, très élaborés, comme mis en scène ».

Ce sont ces épisodes qu’il raconte, comme ils viennent, désordonnés, surprenants, magnifiques. Et qui finissent par constituer un ensemble cohérent, dans la veine de son œuvre.

Points forts

  • Jean-Jacques Schuhl se définit lui-même comme un « romancier pop confidentiel ». Son art du récit consiste à faire ressurgir des époques, des personnages, des souvenirs, des phantasmes, des apparitions … qu’il nous fait partager.
  • Jean-Jacques Schuhl n’aime rien tant qu’à puiser dans sa vie – d’une richesse incroyable – des morceaux de bravoure vécus pour les restituer avec leur aura de mystère et de fantastique. Cet accident accentue encore son rapport aux événements passés qu’il ressuscite.
  • Le livre semble s’écrire tout seul, comme un fil que l’auteur tire et déroule nonchalamment. Comme un pécheur patient, il guette ses prises et les fait remonter à la surface.
  • Jean-Jacques Schuhl maîtrise à merveille l’art du collage cher au pop art et s’efface derrière Les apparitions, comme dans tous les livres (en réalité seulement six en cinquante ans d’écriture) tel un auteur – passeur qui chercherait plus à transmettre qu’à créer.
  • A 80 ans, l’auteur trouve l’occasion parfaite pour dérouler sa « méthode », son « usine imaginaire » en l’ancrant dans le réel d’un accident qui le place en situation de revivre des éléments de sa vie, qui ressurgissent comme par enchantement.

Quelques réserves

Un court livre tous les dix ans en moyenne, évidemment on reste toujours sur notre faim …

Encore un mot...

  • Comment trier dans tous les souvenirs d’une vie digne d’un des Esseintes le héros de JK Huysmans. Jean-Jacques Schuhl, peu connu du grand public mais icône pour ses admirateurs, est une sorte d’anti héros. Il a fait de sa vie une œuvre d’art et a vécu 1000 fois plus et 1000 fois mieux que tous les influenceurs qui tentent de partager leur quotidien sur les réseaux sociaux.
  • Il nous livre sa vie avec parcimonie et élégance, comme un dandy qui sait qu’une forme de distanciation (oui je sais le mot n’est pas très joyeux en ce moment mais qu’importe !) est la meilleure façon de ne pas se répandre et finir par s’étaler.

Une phrase

- « Votre cerveau avait perdu le contrôle et aussi le contact avec la réalité.
- J’avais plutôt l’impression qu’il était en contact avec une autre réalité, plus proche de l’univers des formes, et moi dedans, victime et témoin, dans un monde d’horreurs qui m’étaient présentées, mais par qui ?
- Vous pouvez me les décrire un peu plus ?
- C’était muet, hormis avec des voix détimbrées, quelques rares mots pour un appel au secours, une interpellation, un ordre. Et sans couleur, hormis pour le liquide, dans les verres, le rouge. Et sans couleur, aussitôt suivi du blanc des draps.
- C’est une hypoxie, liée aussi à votre peur … vous étiez dans les parages de la mort ». (page 76)

L'auteur

Jean-Jacques Schuhl est né en 1941 à Marseille. Sa vie n’est pas publique mais gagnerait à être connue ! A quand une biographie ?

Ce sont peut-être les autres qui en parlent le mieux, ces artistes flamboyants qu’il a côtoyés tout au long d’une vie flamboyante. Vous le côtoierez notamment dans les romans de Simon Liberati.

Seule et involontaire concession à la notoriété, il a obtenu le prix Goncourt en 2000 pour Ingrid Caven (Gallimard), consacrée à sa compagne, une actrice et chanteuse allemande.

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