Les Frondeuses

L'histoire vraie de la création du premier journal entièrement conçu et réalisé par des femmes
De
Yoann Iacono
Istya & Cie
Parution en mars 2026
252 pages
20 €
Notre recommandation
3/5

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Thème

En cette fin de XIXème siècle, force est de constater que les femmes n'ont pas beaucoup de droits. Pas le droit de travailler la nuit, pas d'autonomie juridique et financière, pas le droit de fréquenter la Bourse ou l'Assemblée Nationale. Mais si beaucoup de carrières leur sont interdites, comme celle d'avocat, certaines sont journalistes, et Marguerite Durand est de celles-ci. Collaboratrice au Figaro, elle veut couvrir le premier Congrès international des féministes, mais on lui impose d'en faire une relation critique et dégradante pour ses participantes. Elle refuse et démissionne.

Ancienne actrice assez fortunée, elle décide de fonder un journal écrit et produit exclusivement par des femmes. Non pour en faire une plateforme de revendication, mais pour faire sortir toutes les femmes de l'invisibilisation qu'impose la société bourgeoise de la fin des années 1890, d'y faire entendre leur voix et exprimer des opinions qui ne sont pas formatées par les stéréotypes de l'époque. Aventure humaine, financière, commerciale, intellectuelle, Les frondeuses raconte l'histoire vraie (et un peu romancée) de la création du Journal La Fronde, qui vit le jour à Paris le 9 décembre 1897.

Points forts

Découvrir l'histoire de la naissance d'un journal à travers un roman est un premier sujet d'intérêt. 

Ces frondeuses sont vraies, ont existé, comme le journal, né sous les quolibets de la presse de l'époque, dirigée par des hommes, majoritairement condescendants pour "le sexe faible".

Dans ce panorama misogyne, dont le roman rend bien compte, il y a les exceptions de Georges Clémenceau, d'un Emile Zola dépressif, ou du député Viviani, qui fera voter en 1900 la loi qui autorise les femmes à prêter serment et à prendre la robe… d'avocat. Sur ce combat en Italie, ne manquez pas, sur notre site, la série TV  Lidia Poët fait sa loi.

Tous les personnages féminins sont attachants, au premier rang Marguerite Durand dont on suit le combat acharné pour faire vivre le journal malgré tous les obstacles mis sur son chemin … par des hommes ; Jeanne Chauvin (première avocate à prêter serment en 1900), Alexandra David Néel, Hélène Sée (première femme journaliste politique), Andrée Viollis (grand reporter, dont la vie est racontée dans un récent essai : Andrée Viollis, L’aventure du grand reportage de Dorothée Lépine chez Flammarion) et beaucoup d'autres.

Le roman emprunte aussi aux archives des extraits de presse de l'époque, ce qui donne à la fois le ton des débats que la naissance du journal suscita, et de la crédibilité au récit. Les archives du journal et la documentation accumulée au long de sa vie par Marguerite Durand sur le féminisme et l'histoire des femmes sont conservées à la Bibliothèque Marguerite Durand à Paris dans le XIIIème arrondissement.

Quelques réserves

Le roman m'a paru, dans son premier tiers, dans un esprit Belle Époque un peu désuet. Mais cette impression s'estompe au fur et à mesure que le défi de la création de La Fronde se complexifie, au profit d'un récit à la plume légère et vivante.

Encore un mot...

Voici en quelques mots ce que dit Yoann Iacono de son roman: " Les Frondeuses raconte une création d’entreprise pas comme les autres : l’histoire vraie, au temps de la Belle Époque, du premier journal exclusivement fondé, composé, administré, géré et imprimé par des femmes. Une première française et mondiale ! [..] Les Frondeuses raconte des femmes qui ont trouvé le temps d’entreprendre, d’écrire, de publier, de prendre la parole alors même que tout, dans la société, leur expliquait qu’elles ne l’avaient pas."

Selon les mots du premier éditorial de Marguerite Durand, "Si La Fronde déclare la guerre, ce n'est pas à l'antagonisme masculin, mais aux tyrans qui s'appellent : abus, préjugés, codes caducs, lois arbitraires". Ce roman, sous l'habillage élégant de sa fondatrice qui fut actrice, journaliste et plus tard femme politique, révèle les conditions de vie des femmes au tournant des années 1900. Et l'on se prend à se dire …" ah oui, c'était comme cela !". La Fronde fut en France un des premiers témoignages d'un combat féministe qui n'haïssait pas les hommes, mais revendiquait l'égalité des droits. Belle aventure qui fut victime de sa modernité, et de la difficulté de trouver un lectorat prêt à renverser les conformismes de l'époque. Un roman "témoignage" qui fait plus que réveiller les mémoires, et aide à comprendre les racines d'un féminisme républicain.  

Une phrase

Le premier éditorial de La Fronde :

"Avant tout un mot d'explication sur le titre, ce titre offensif dont on rétrécit la portée en le faisant descendre du combat abstrait des idées à une sorte d'agression burlesque. Il n'est pas l'étiquette d'une inutile guerre de duchesses, ni d'un amusement aux dangereux projectiles, soit pierre, soit égratignante épigramme, mais d'un blâme pacifique, d'une subversion patiente et quotidienne de l'état social actuel, qui infériorise au triple point de vue, humain, civil, économique, une moitié de la cité. Si La Fronde déclare la guerre, ce n'est pas à l'antagonisme masculin mais aux tyrans qui s'appellent abus, préjugés, codes caducs, lois arbitraires et non adéquates aux exigences nouvelles. Elle ne cherche pour la femme aucun triomphe sur l'homme, ni le pouvoir despotique par la ruse (pouvoir d'hypocrisie que tout homme lui accorde de bonne grâce, comme à un enfant gâté, charmant dans le flagrant délit de mensonge), ni ce qu'on reproche de mauvaise foi aux féministes, l'identité des sexes. Elle réclame l'égalité des droits, le développement sans entraves des facultés de la femme, la responsabilité consciente de ses actes, une place de créature libre dans la société. Parce qu'un atavisme séculaire a universalisé le mal, faudrait-il reculer devant la tâche de notre rénovation? Si notre journal est une tribune de combat, il est aussi et surtout une propagande par le fait. Nous parlerons de nous puisque nous parlerons de tout." P. 225

L'auteur

Yoann Iacono, né en 1980, est un haut fonctionnaire et conseiller politique français. Il est aussi écrivain, Les Frondeuses est son troisième roman. Il s'est attaché, dans Le Stradivarius de Goebbels (Slatkine Et Cie, 2021) et Les vies secrètes de Vladimir Maïakovski (Slatkine Et Cie, 2023), à dessiner les portraits de personnalités étonnantes à la vie romanesque et énigmatique.

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