Bovary madame
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Thème
Bovary Madame est porté par l’ambition de Christophe Honoré : revisiter l’un des mythes les plus persistants de la littérature : Emma Bovary. Loin d’une adaptation classique, la pièce propose une relecture contemporaine du roman de Flaubert, où le destin d’Emma devient le prisme d’une réflexion sur le désir, l’ennui et les illusions modernes.
Ce parti pris très fort s’exprime dès les premiers instants : la scène est une piste de cirque, et c’est au spectacle que nous sommes conviés par une tonitruante Madame Loyal.
Points forts
Cette relecture s’accompagne d’un mise en scène très contemporaine, avec son ardeur et sa créativité coutumières. La figure d’Emma Bovary se détache comme une incarnation intemporelle du mal-être existentiel. Ici, elle n’est plus seulement l’héroïne provinciale du XIXe siècle, mais une femme terriblement actuelle, enfermée dans une quête insatiable de sens et d’intensité.
La pièce explore avec acuité le décalage entre les aspirations nourries par les récits — qu’ils soient romantiques ou contemporains — et la réalité souvent décevante du quotidien. Le thème de l’illusion, central chez Flaubert, trouve ici un écho puissant dans notre époque saturée d’images et de promesses.
Christophe Honoré a réalisé un remarquable travail sur le texte, qui mêle habilement extraits de Flaubert et réécritures contemporaines. Cette hybridation crée une langue vivante, parfois incisive, qui renforce la proximité avec le public. Enfin, la scénographie, à la fois sobre et terriblement évocatrice, accompagne avec finesse les états d’âme de l’héroïne.
La grande réussite de Bovary Madame réside dans sa capacité à actualiser le propos sans trahir son essence. La mise en scène, particulièrement inspirée, avec parfois quelques excès - on ne se refait pas – joue sur les ruptures de ton et les dispositifs scéniques pour plonger le spectateur dans l’intériorité d’Emma.
Ludivine Sanier livre une performance remarquable, oscillant entre fragilité et détermination, donnant à son personnage une profondeur vibrante. Elle est magnifiquement accompagnée par six comédiennes et comédiens qui manient à la perfection l’art oratoire, et quelques autres …
Quelques réserves
Malgré ses qualités, la pièce souffre par moments d’un certain déséquilibre :
certaines séquences, trop conceptuelles, peuvent perdre une partie du public, notamment lorsqu’elles privilégient la forme au détriment de l’émotion ;
de même, le rythme apparaît inégal : des passages d’une grande intensité succèdent à des moments plus étirés, qui diluent la tension dramatique.
Certains passage n’apportent rien à l’affaire et la toute fin du spectacle s’étire en longueur, après plus de deux heures …
Encore un mot...
Bovary Madame n’est pas une adaptation de plus, mais une lecture et une représentation audacieuses qui interroge notre rapport au désir et à la fiction. En faisant d’Emma Bovary une femme d’aujourd’hui, la pièce nous renvoie à nos propres discordances.
Cette expérience théâtrale exigeante, parfois déroutante, mais indéniablement stimulante est à l’image de son héroïne.
Une phrase
Ouverture. Nous sommes dans un chapiteau de cirque. Emma entre sur la piste suivie de la troupe. Elle vient se placer devant le public. Elle écoute une chanson en anglais. C’est une chanson qui parle d’une femme mariée qui n’a pas eu la vie dont elle rêvait.
- Madame Loyale : « Emma Rouault, nom d’épouse : Bovary. Fauve bien plus dangereux que ceux qui rugissent dans notre ménagerie, un monstre aux yeux d’ange... Sexe et argent, province et déchéance ! Emma Rouault, nom d’épouse : Bovary, ici et maintenant sous notre chapiteau. Oui, Mesdames et Messieurs, c’est elle, vous devez me croire, c’est elle en chair et en os! J’entends déjà les doutes de certains, les doutes de ceux qui ont lu et aussi des autres qui n’ont jamais lu grand-chose dans leur vie... Parce que même quand on ne sait rien d’elle, on sait au moins ça : Madame Charles Bovary s’est suicidée avec de l’arsenic. Alors peut-être devrions-nous commencer par là : qu’avez-vous à répondre à ceux qui vous croient morte, Emma ?
- Emma : Je ne suis pas morte.. »
L'auteur
Christophe Honoré est un cinéaste français né en 1970 à Carhaix. Après avoir été tour à tour critique, scénariste, écrivain, et réalisateur, il se fait remarquer en 2002 avec la sortie de son premier film, 17 Fois Cécile Cassard. Il écrit ensuite Ma mère (2004) et Dans Paris (2006). À travers Les Chansons d’amour (2007), il revendique l’héritage de Jacques Demy. Suivront La Belle Personne (2008), Non ma fille tu n’iras pas danser (2009), L’Homme au bain (2010), Les Bien-Aimés (2011) et Métamorphoses (2014).
- Au théâtre, il est d’abord auteur avec Les Débutantes (1998), Le Pire du troupeau (2001), Beautiful Guys (2004) et Dionysos impuissant, présenté en 2005 dans le cadre de la Vingt-cinquième heure au Festival d’Avignon. Il y revient en 2009 pour mettre en scène le drame romantique de Victor Hugo : Angelo, tyran de Padoue, puis en 2012, pour y créer Nouveau Roman. En 2015, il écrit et met en scène Fin de l’Histoire d’après Witold Gombrowicz. À partir de 2013, il se tourne également vers la mise en scène lyrique avec les Dialogues des Carmélites et Pelléas et Mélisande à l’Opéra de Lyon, et Cosi fan tutte en 2016 au Festival d’Aix-en-Provence. En septembre 2016, il fonde sa compagnie, Comité dans Paris.
Commentaires
Rien à redire au commentaire initial précédent. Dire simplement qu'Honoré s'est inspiré directement du début de la construction de deux oeuvres célèbres : la pièce Loulou de Frank Wedekind où le prologue montre un bonimenteur de foire devant le rideau qui invite le public à entrer dans sa baraque pour contempler l'animal qui s'y exhibe chaque soir : Loulou / et la seconde est le film de Max Ophuls "Lola Montès" où l'héroine engagée dans un cirque est invitée chaque soir à rejouer les moments importants de sa vie qui la conduiront au suicide. Cette double perspective en miroir est très intéressante dans ces références pour la pièce conçue par Honoré
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